"Les spams vont être de moins en moins nombreux"

Par C.A., le 10 novembre 2003 à 17h42 , mis à jour le 07 novembre 2003 à 17h52

tf1.fr a interrogé Shimon Gruper, directeur des technologies Internet d'Aladdin Knowledge Systems sur les courriers indésirables. Selon lui, les lois ne peuvent rien contre cette nuisance, qui est cependant amenée à perdre de l'importance.

Spam courrier indésirable junk mail © INTERNE

tf1.fr : Le 31 octobre dernier, une directive européenne interdisant le "spam" est entrée en vigueur. Quel effet un tel texte peut-il avoir sur la prolifération des courriels indésirables ?

Shimon Gruper : Bien peu d'effets, malheureusement. Pas un texte de loi ne pourra faire quelque chose pour arrêter les spams. Un courriel indésirable a souvent été envoyé depuis l'étranger, et même s'il est envoyé depuis la France, il a très bien pu transiter par un serveur situé dans un autre pays. Je pense que la seule motivation de tels textes de lois est de pouvoir dire "on a fait quelque chose contre cette nuisance".

tf1.fr : N'y a-t-il pas moyen d'arrêter les spammers ?

Il est de plus en plus difficile de les trouver. Ils ne sont pas organisés, ce sont la plupart du temps des particuliers, et ils sont de plus en plus malins. Ils passent désormais par des chemins plus tortueux pour envoyer leurs spams, empruntent différents routeurs, utilisent même des virus pour pouvoir ensuite se servir d'ordinateurs comme de relais. De même, ils contrent les solutions anti-spam. L'une d'elles, le Real Time Blacklist, consistait à stocker sur un serveur toutes les informations possibles sur les spams afin de mieux les bloquer. L'un de ces serveurs a été récemment attaqué par un Denial of Service, et rendu inopérant.

tf1.fr : Comment, dès lors, lutter contre le spam ?

En rendant cette pratique de moins en moins profitable. Les spammers ne s'y consacrent pas par plaisir, mais parce que c'est encore un business très rentable. Enormément de petites sociétés sont intéressées par ce moyen de prospection, qui leur permet de toucher des centaines de milliers d'acheteurs potentiels pour un coût très très raisonnable.

Les spams sont envoyés à un nombre si important de personnes que si 1% des courriels envoyés donnent lieu à un achat, l'opération est encore rentable. Mais si on réussit à faire baisser ce chiffre, il y aura de moins en moins d'intérêt à spammer. Cela passe par les filtres anti-spam, certes, mais aussi par l'information des internautes.

tf1.fr : Quelle évolution les spams vont-ils connaître dans les années à venir ?

Ils seront certes de plus en plus sophistiqués, mais ils seront surtout beaucoup moins nombreux. En quelques mois, le spam est devenu l'un des fléaux numéro un de l'Internet : le marché des outils anti-spam est en pleine expansion. Les entreprises et les particuliers s'équipent et sont de plus en plus méfiants. Ainsi, il sera plus coûteux d'envoyer des spams et surtout, le taux de retour sera de plus en plus faible. Cette activité prendra plus de temps, coûtera plus cher, rapportera moins. Elle va perdre de l'importance.

Par C.A. le 10 novembre 2003 à 17:42
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