"Il est impossible de surveiller les sites en permanence"

Par Christophe ABRIC, le 13 janvier 2004 à 17h56 , mis à jour le 13 janvier 2004 à 19h00

Alexis Braud, fondateur de l'hébergeur Ouvaton, fut l'un des premiers à s'inquiéter de certains articles de la loi sur l'économie numérique. Il se réjouit de la réaction des FAI, qui menacent de fermer les sites persos.

Ouvaton © INTERNE

tf1.fr : Les fournisseurs d'accès à Internet menacent de fermer l'ensemble des pages persos qu'ils hébergeaient si la loi de confiance en l'économie numérique était adoptée en l'état. Que vous inspire cette annonce ?
Alexis Braud - Elle me réjouit : je suis satisfait de constater que ce problème, que nous évoquons depuis quelques temps déjà, n'était pas une vue de l'esprit, puisque nos collègues plus importants y réagissent également. Je ne vais pas bouder la force que nous représentons !Comme nous, ils s'inquiètent des conséquences économiques désastreuses que pourrait avoir ce texte. Et ils n'ont pas non plus envie de devenir des juges. C'est un positionnement moral dans lequel nous les suivons : ce n'est pas notre métier.

tf1.fr : Pensez-vous que la menace brandie par les FAI soit une réponse sensée à ce texte ?
Ce n'est pas une menace ! C'est quelque chose que nous allons de toute façon devoir faire si jamais la LEN était adoptée en l'état ! Expliquer que l'on va fermer les pages perso ne me semble pas délirant, c'est simplement la seule réponse possible à ce que l'on veut nous imposer... Il est impossible de surveiller en permanence le contenu des sites que nous hébergeons, aussi bien techniquement qu'économiquement...

tf1.fr : Les FAI évoquent une surveillance générale a priori des contenus web. Pourtant, ce n'est pas explicitement inscrit dans le texte…
C'est pourtant ce que l'on nous impose. D'un côté, la loi n'exige pas que nous surveillions en permanence tous les sites que nous hébergeons, mais elle demande de l'autre que nous mettions tout en œuvre pour empêcher la diffusion de contenus illicites. Elle joue sur des termes flous, si bien que sans nous préciser exactement ce qu'il faut faire, on exige de nous que ce soit fait. Et tout cela, alors que ce que demande ce texte relève de l'aberration économique !

tf1.fr : A l'Assemblée, on a beaucoup insisté sur la nécessité d'un texte pour lutter contre des dérives telles que la pornographie infantile ou le négationnisme...
Il s'agit de prétextes, d'arguments "poudre aux yeux", émotionnels, une réponse illégitime pour une préoccupation pourtant légitime. La loi telle qu'elle existe permet de lutter très efficacement contre ces fléaux. Soit les députés n'ont rien compris, soit ils ont été plus ou moins guidés par certains lobbys.

tf1.fr : Suite à l'annonce des FAI, êtes vous optimiste ?
Oui, mais je n'ai jamais perdu espoir. Le texte doit encore être approuvé en seconde lecture par le Sénat, et nous pouvons encore faire pencher la balance. Il faut rester optimiste tant que l'on pense que le bon sens et le droit sont de notre côté, et je pense sincèrement qu'ils le sont.

Par Christophe ABRIC le 13 janvier 2004 à 17:56
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