Un mardi gris pour télécharger

Par C.A., le 24 février 2004 à 15h19 , mis à jour le 25 février 2004 à 09h51

Mardi, plusieurs centaines de sites ont proposé de télécharger le "Grey Album", interdit par EMI parce que remixant les Beatles sans autorisation. La maison de disques n'apprécie guère cette opération de "désobéissance civile".

Grey album © INTERNE

Le DJ Danger Mouse a engendré un disque qui le dépasse aujourd'hui complètement. Son Grey album, produit modestement, est devenu un symbole de la lutte contre les majors du disque, et a été distribué gratuitement pendant la journée de mardi par des centaines de sites "bénévoles". L'opération, baptisée "Grey Tuesday", a grandement agacé la maison de disques EMI et déborde l'auteur de l'album à l'origine du mouvement.

Téléchargements offerts

A l'origine, le Grey Album de Danger Mouse n'était qu'un des nombreux disques profitant de samples offerts par le rappeur Jay-Z. En le mixant avec le White Album des Beatles, il entendait seulement se faire un peu connaître : il en avait d'ailleurs limité le pressage à 3.000 exemplaires.

Mais le Grey Album est devenu le symbole de la lutte contre les majors et leur monopole sur les droits de disques qu'elles surveillent jalousement. D'abord encensé par de nombreux critiques, il fut acheté et téléchargé en masse, avant d'être interdit par EMI (voir notre article).

Le site DownhillBattle, militant très actif de la lutte contre les majors, a alors entrepris de lancer une grande opération de "désobéissance civile" : baptisée "Grey Tuesday", elle consistait à inviter de nombreux sites à s'habiller de gris et/ou de proposer le Grey Album gratuitement au téléchargement.

EMI veut la liste 

L'opération est un "succès" : plusieurs centaines de sites ont proposé ce mardi de télécharger l'album, tous référencé sur le site créé pour l'occasion. Un succès tel qu'il n'a pas échappé à EMI, détenteur des droits des Beatles : les avocats de la maison de disque ont envoyé une lettre à plusieurs des sites participants, exigeant qu'ils arrêtent cette offre, mais pas seulement.

EMI demande également aux propriétaires des sites de fournir les coordonnées des personnes qui leur ont permis de se procurer des copies de l'album, de lister le nombre de téléchargements qui ont été faits depuis leurs sites (y compris les diffusions en streaming), et de contacter les avocats pour discuter le plus rapidement possible d'un règlement.

Danger Mouse vs Danger Mouse

Ironiquement, dans sa bataille contre le Grey Tuesday, EMI se sert de déclarations faites par Danger Mouse lui-même à l'agence Reuters. Elle le cite ainsi quand il explique que "ceci n'était pas censé arriver (…), j'ai juste envoyé quelques morceaux, et maintenant tout le monde le télécharge de partout".

La lettre des avocats affirme donc que le DJ a répondu positivement aux demandes de la maison de disques et que par conséquent, les sites qui proposent son album au téléchargement "interfèrent également avec la volonté de ce même artiste dont vous prétendez défendre les droits".

Mercredi, les organisateurs de l'opération déclaraient que le Grey Tuesday avait été un succès, "malgré les menaces d'EMI".

Par C.A. le 24 février 2004 à 15:19
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