"Nous ne sommes pas criminels... juste des tricheurs"

Par Christophe ABRIC, le 30 avril 2004 à 16h12 , mis à jour le 30 avril 2004 à 22h17

Un retraité de 61 ans a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Vannes à trois mois de prison avec sursis et 4000€ de dommages et intérêts pour utilisation frauduleuse de logiciels de peer-to-peer. Il raconte à tf1.fr sa version des faits et réagit au jugement.

Capture écran échange DivX © INTERNE

Richard*, retraité de 61 ans, estime avoir été condamné "pour l'exemple". Pour s'être inscrit, il y a deux ans, sur une liste d'échange de Divx, pour avoir utilisé des logiciels de peer-to-peer afin de télécharger des films, sans en faire commerce ou monter un réseau, il a été condamné jeudi à trois mois de prison avec sursis et à payer 4.000€ de dommages et intérêts. Soucieux de revenir sur une affaire qui fait grand bruit, il a accepté de répondre à nos questions.

tf1.fr : Pourquoi avez-vous été condamné ? Comment les gendarmes sont-ils arrivés jusqu'à vous ?
Je ne connaissais pas les autres personnes poursuivies, je n'avais pas de contact avec eux. Seulement, il y a deux ans, je n'avais pas l'ADSL. Je m'étais alors inscrit sur un site (aujourd'hui fermé) d'échange de DivX par voie postale. J'y avais publié ma liste de disques. Entre temps, l'ADSL s'est démocratisé, je m'y suis abonné, et je n'ai donc plus eu d'activité sur ce site : je préfère télécharger par le peer-to-peer. Seulement, j'avais à l'époque commis la maladresse de fournir une adresse hotmail pour laquelle j'avais donné ma véritable identité. Lorsque les gendarmes ont enquêté sur ce réseau, ils ont recueilli les adresses mail, ont cherché à obtenir les identités derrières ces adresses, et m'ont trouvé.

tf1.fr : On dit que vous avez été pris en flagrant délit…
Plus ou moins… Là aussi, j'ai commis une maladresse. J'avais reçu une convocation de la gendarmerie de Vannes, dont je ne dépend pas. Je me suis douté qu'il s'agissait d'Internet. Mais lorsqu'il sont venus perquisitionner, je n'ai pas pensé à éteindre mon ordinateur. Il s'est alors passé quelques chose d'étrange : mon ordinateur était branché sur Direct Connect (logiciel de peer-to-peer avancé, plus perfectionné et complexe que Kaaza, NDLR). Les gendarmes ont dit qu'ils ne voulaient pas voir ça. Ils l'ont donc fermé avant de faire la capture d'écran, préférant laisser apparaître Kaaza, qui faisait "plus lambda". La capture est en elle-même amusante : on y voit un Taxi 3 entrain de se télécharger, alors que deux autre Taxi 3 sont déjà téléchargés… Je suis convaincu que c'est moins la quantité que la capture d'écran qui a été prise en compte dans ma condamnation.

tf1.fr : Vous téléchargiez beaucoup ?
Oui. Contrairement à ce que j'ai pu lire, je n'avais pas que trois films sur mon disque dur. J'avais trois films sur le disque dur que les gendarmes ont inspecté. J'en avais en revanche près de 400 sur les autres installés sur mon ordinateur… Je télécharge beaucoup, oui. Mais contrairement à ce qu'affirment beaucoup de sites, je ne revendais pas les films, je n'en ai jamais fait un commerce, aucun des autres condamnés non plus, d'ailleurs.

tf1.fr : Aviez-vous conscience de faire quelque chose d'illégal ?
J'étais tangeant. Je n'avais pas l'impression de faire quelque chose d'illégal au sens plein du terme. J'ai le satellite, je peux enregistrer ce que je veux. Je téléchargeais surtout des vieux films, qui sont passés cent fois à la télé, que j'avais enregistré sur VHS. Simplement, 100 films sur disque dur, ça prend beaucoup moins de place que 100 VHS dans une armoire…C'était aussi un moyen d'obtenir des films difficile à trouver. Il y avait un plaisir de collectionneur.

Et puis, ça occupait ma retraite. Je me suis bien marré, je ne m'y serais sans doute pas mis si je travaillais. Mais là, je préfère faire ça que traîner au bistrot du coin…

tf1.fr : Trouvez vous la condamnation sévère ?
Nous avons été condamnés pour l'exemple. Le procureur avait juste demandé des peines de sursis, n'avait pas exigé de dommages et intérêts. De même, les avocats des parties civiles ont été bien embarrassés lorsque les notres ont demandé comment ils évaluaient leur préjudice. Le jugement est lourd : nous ne sommes pas des criminels, tout au plus des petits tricheurs… un état d'esprit bien français, non ?

tf1.fr : Comptez-vous arrêter de télécharger ?
Question piège… Ils ont raison de lutter contre ça, le piratage, le peer-to-peer illégal. Mais plutôt que de condamner des internautes, ils feraient mieux de mettre plus de garde-fous, afin de décourager les gens de se jeter à corps perdu dans l'ADSL.

* Par respect pour son anonymat, son prénom a été modifié.

Par Christophe ABRIC le 30 avril 2004 à 16:12
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