© INTERNEDepuis mardi 18 heures, une centaine de logements du quartier Saragosse de Pau bénéficient d'un accès à Internet qui renvoie l'ADSL à la préhistoire : pour 30 euros, ils vont pouvoir surfer à 10 Mbits/s, soit un débit de dix à vingt fois supérieur à ce que les fournisseurs d'accès traditionnels proposent pour le même prix. Ce, grâce à leur maire André Labarrère qui a entrepris, voilà deux ans, d'équiper cette agglomération des Pyrénnées Atlantiques d'un réseau en fibres optiques.
"Imaginer après-demain"
Le projet, baptisé Pau Broadband Country, est des plus ambitieux. A terme, la ville entend raccorder 55.000 adresses à ce réseau de fibres optiques, à raison de 1.000 nouvelles prises chaque mois. "La population nous suit", explique Jean-Pierre Jambes, qui a piloté le projet pour l'agglomération : "sans opération commerciale, nous avons déjà recueilli plus de 4.000 demandes d'abonnements".
Mais l'ambition de Pau va bien au delà des chiffres : avec ce projet, l'agglomération espère devenir un modèle, la ville qui "invente chaque jour l'internet et la téléphonie d'après-demain", affirme Jean-Pierre Jambes : "il est impossible de se passer, aujourd'hui, de l'accès au réseau. Comme les routes ou l'électricité, c'est devenu un service public. A Pau, nous ne voulions pas attendre la fin de la foire d'empoigne autour de l'ADSL pour imaginer ce qu'il se passerait après".
Inventer de nouveaux services
Jean-Michel Billaud, président d'honneur de l'Atelier (cellule de veille technologique de BNP Paribas) a participé au projet. "Ce qu'on essaye de faire, explique-t-il, c'est de tester une nouvelle façon de vivre, de ne pas se contenter de reprendre ce qui existe déjà sur Internet pour inventer de nouveaux services".
Alors que jusqu'ici, on se contentait d'adapter Internet aux services et aux besoins existants, Pau a décidé d'inverser le processus : équiper ses habitants et ses entreprises d'un débit suffisamment important pour que de nouveaux services puissent s'inventer autour des réseaux, que les initiatives, la vie de l'agglomération s'axent sur le très haut débit.
Pour Jean-Pierre Jambes comme pour Jean-Michel Billaud, en effet, un débit important est nécessaire pour qu'Internet cesse de "bafouiller" : "avec un débit allant de 10 à 100 Mbits/s, nous allons pouvoir offrir la téléphonie gratuite, des services de vidéo qualité DVD sur demande, une visiophonie performante, mais aussi de la 3D interactive, qui servira aussi bien le commerce que l'éducation ou des services de grid computing, dans lesquels les abonnés loueront la puissance de leur machine pour des calculs complexes".
Modèle européen
La plupart de ces services sont déjà accessibles ou en développement. D'autres, plus ambitieux encore, seront lancés par la suite. Une ville test sera par exemple créée autour d'Internet. Ecologique, elle sera entièrement gérée par les réseaux. La ville sera également pionnière en matière de télévision Haute Définition.
Par son ambition, par la pluralité et la richesse des services associés aux débits, le projet sert déjà de modèle. "Nous avons reçu de nombreuses délégations européennes et senti une sincère curiosité", se réjouit Jean-Pierre Jambes, qui insiste sur l'investissement de la collectivité dans le projet. "Mon but, c'est de développer ça dans tout le pays", déclare Jean-Michel Billaud, qui explique que le pays Vendômois, la Lozère, les villes de Chartres, Auxerre, Nice ont déjà fait appel à lui.
"Paris est largué, ironise-t-il". Or, pour lui, il est important de se mobiliser pour propager le modèle de Pau : il réclame un New Deal de l'Internet, un financement public du fibrage. "Pau va être un modèle. Il serait dommage que la France soit à la traîne".
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