Le lecteur DVD qui censure les films

Par AFP, le 12 mai 2004 à 18h05 , mis à jour le 12 mai 2004 à 18h14

ClearPlay, sorti il y a peu aux Etats-Unis, permet aux parents de censurer les passages de leur choix dans les films hollywoodiens. Les professionnels du cinéma, irrités, estiment que cela dénature leurs films.

kill bill 80 et 190 © INTERNE

"Le Gladiateur" sans hémoglobine, "Quand Harry rencontre Sally" asexué, "Matrix" lavé de ses gros mots: ce sont les miracles du "ClearPlay", un nouveau copieur de DVD qui supprime les scènes violentes, érotiques et les expressions vulgaires selon le bon vouloir des consommateurs.

Le sein de Janet

Peu après "l'affaire du sein dénudé de Janet Jackson", le géant du commerce de détail Wal-Mart a lancé "ClearPlay". Pour 79 dollars, il propose des filtres éliminant les scènes critiques dans plus d'une centaine de films. Pour le grand bonheur des "moralistes" et au grand dam des cinéastes, la société offre, pour un abonnement mensuel de près de cinq dollars, des filtres supplémentaires pour près de 500 films.

Matt Jarman et son frère Lee ont créé ClearPlay à Salt Lake City, la "cité des mormons". Se défendant d'avoir été animé par un motif religieux, Matt Jarman explique qu'il voulait "avec sa femme et ses trois filles pouvoir regarder les films ensemble".

Pour Dave Arland, de la société Thomson qui commercialise le copieur sous la marque RCA, "c'est un bon outil pour permettre aux parents de contrôler ce que regardent leurs enfants sans passer à côté d'un bon film".

"Violation de la loi"

Un point de vue que ne partage pas le Syndicat des réalisateurs américains, tel que Steven Spielberg, soutenu par les studios Disney, MGM, Warner Bros., Sony, DreamWorks, Universal, Fox et Paramount.

"Ces logiciels éditent des films pour les conformer à la vision de ClearPlay d'un film, plutôt que de laisser le public regarder et juger par lui-même ce que les scénaristes ont écrit, ce que les acteurs ont dit et ce que les réalisateurs ont filmé", selon le syndicat. "C'est une violation de la loi et il est incorrect de faire de l'argent en vendant des logiciels qui transforment l'objectif des films que vous n'avez pas créés et qui ne vous appartiennent pas", ajoute-t-il.

La force de l'imagination

Ce n'est pas ClearPlay qui "modifie" les films, réfute la société. "Ce sont les parents qui décident, nous leur donnons les options", fait-elle valoir. Les options sont multiples et variées: trois grandes catégories (violence, nudité, langage) se subdivisent en 14 sous-catégories que les parents peuvent activer individuellement ou toutes ensembles.

"Trop souvent, les coupures font un bruit sourd, supprimant des bouts de phrases" laissant la place à "un espace vide" ou à des bips, critique le quotidien populaire USA Today. Les coupures sont "tellement évidentes qu'elles peuvent piquer la curiosité des jeunes esprits. Parfois une imagination fertile peut être pire que la réalité", conclut-il.

Photo prétexte

Par AFP le 12 mai 2004 à 18:05
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