SNEP : un doigt qui passe mal

Par Christophe ABRIC, le 12 mai 2004 à 18h02 , mis à jour le 12 mai 2004 à 09h45

La campagne contre le piratage lancée la semaine dernière par l'industrie française du disque est mal vue. Jugée insultante par des internautes, trop vulgaire par certains médias, son caractère outrancier marque plus que son slogan.

Campagne publicitaire SNEP © INTERNE

"Les internautes ont une attitude et un discours très violents envers notre industrie. Il suffit d'aller consulter les forums pour voir que non seulement ils piratent nos titres, mais qu'ils le font en sachant qu'ils nous font du tort : ils nous font un bras d'honneur. Mieux, un doigt d'honneur". Par ces phrases, Hervé Rony, directeur du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), justifiait la semaine dernière la radicalité de sa dernière campagne contre l'échange illégal de fichiers sur Internet. Celle-ci montre un majeur tendu, signe d'insulte censé représenter l'attitude des internautes, mis derrière les barreaux (voir notre article).

Répliques sur le web

Le message se voulait direct : prévénir ceux qui utilisent les réseaux peer-to-peer pour s'échanger des fichiers de ce qu'ils risquent en le faisant. Mais la campagne souffre de ce ton trop direct et menaçant.

Les internautes n'ont en effet pas tardé à réagir. Quelques jours après l'annonce de la campagne, une parodie toute aussi franche était publiée sur un site. Montrant un autre signe insultant (index et auriculaire levés), elle répond point par point au SNEP : à la place de l'en-tête www.partager.mp3, on trouve www.vaches-à-lait.snep. Et le texte menaçant est remplacé par une diatiribe contre les majors. "L'industrie du disque est un dinosaure appelé à disparaître si elle continue de traiter les consommateurs comme elle le fait, c'est-à-dire en l'agressant à coup d'affiches vulgaires et en les menaçant ouvertement", peut-on y lire.

Un weblog, sans parodier la campagne, donne pour sa part 7 raisons pour lesquelles les ventes de disques baissent. Le titre de son billet est on ne peut plus explicite : "Téléchargement illicite, croûte légale"

Gêne de la presse

Outre la vive réaction des internautes, celle de la presse est tout aussi gênante pour le Snep. Le quotidien Libération, dans lequel le syndicat avait prévu de diffuser sa campagne, a décidé de ne pas servir de support à ces affiches.

D'autres journaux, moins regardants sur le fond, n'en ont pas moins été très scrupuleux sur la forme. La Voix du Nord et Ouest-France ont ainsi demandé au Snep de changer leur affiche, ne voulant pas publier une publicité montrant un doigt d'honneur. Le Snep s'est incliné, a plié le majeur et relevé l'index. Le premier message se voulait radical, il passait surtout très mal. Dénaturé, le nouveau tombe un peu à l'eau.

Par Christophe ABRIC le 12 mai 2004 à 18:02
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles High-Tech
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience