
La semaine dernière, lors d'une conférence sur les nouvelles technologies, un homme a clamé son exaspération. Craig Barrett, dirigeant d'Intel, a fustigé les deux candidats à la présidentielle américaine. "Les Etats-Unis perdent leur compétitivité en matière d'éducation, d'infrastructure technologique, de recherche et déveleppement, et les candidats n'y prêtent pas attention", a-t-il dénoncé. Les pays émergents "ont des ingénieurs qualifiés, et vont être en compétition directe avec les Etats-Unis. Mais au lieu de nous en inquiéter, nous débattons sur la meilleure façon de protéger les employés du textile. Le futur du pays ne repose pas sur la production de taies d'oreillers".
Questionnaire
Cette intervention
n'est qu'un exemple du sentiment d'abandon qui saisit le secteur des nouvelles technologies à l'approche des élections du 2 novembre : dominé par l'Irak, la sécurité et le social, le débat présidentiel ne s'intéresse que peu à un secteur qui tire pourtant l'économie des Etats-Unis, et se trouve au cœur de nombreux sujets de société.Un consortium, le Comptia, a donc entrepris d'interpeller les candidats sur ces sujets : il a posé plusieurs questions à George W. Bush et à John Kerry, et affiché leurs réponses sur son site. Sur certains sujets, les candidats ont effectivement l'air dépassé. A propos de la téléphonie sur Internet, John Kerry se contente de répondre qu'il est "ouvert à l'examen des meilleures méthodes pour le développement de nouvelles technologies qui soient à la fois bonnes pour le consommateur et compétitives". Une réponse passe-partout, alors que Bush lie le développement de la téléphonie sur internet à l'extension des réseaux haut-débits, promis pour tous en 2007.
Sur un spectre libre qui permettrait un meilleur déploiement du Wi-Fi, Bush répond en revanche à côté du sujet, alors que Kerry plaide en faveur d'une telle décision, qui permettrait entre autres de "réduire les coûts d'accès au haut débit dans les campagnes".
Divergence sur la copie privée
Le candidat démocrate et le républicain se déclarent tous les deux préoccupés par la violation de la propriété intellectuelle, qu'ils condamnent tous deux en prenant bien soin de ne pas blâmer la technologie. Mais alors que Bush insiste sur la nécessité de punir les contrevenants, Kerry se déclare surtout inquiet de préserver la liberté de faire des copies privées, qui ne doit pas être entravée par la lutte contre la contrefaçon.
Au final, Bush comme Kerry déclarent tous deux que les nouvelles technologies sont essentielles au développement de l'économie américaine. Il n'est cependant pas certain que ces discours suffisent à consoler une industrie qui se sent délaissée, et constate que les Etats-Unis investissent aujourd'hui cinq fois plus dans les subventions à l'agriculture que dans la recherche.
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