
L'association Innocence en danger a été créée sous l'égide de l'UNESCO. Elle lutte au niveau international contre les maltraitances de toutes sortes imposées aux enfants. Ces dernières années, elle s'est particulièrement consacrée aux dangers d'internet, et lance cette semaine une nouvelle campagne de prévention. Censée prévenir les parents des approches sexuelles faites sur les chats, elle encourage les parents à télécharger un logiciel de surveillance. Homayra Sellier, présidente de l'association, a répondu à nos questions.
tf1.fr : Une étude européenne estime qu'un enfant sur trois est approché sexuellement sur internet. Connaît-on les chiffres pour la France ?
Homayra Sellier : L'étude en question a été réalisée au niveau européen. Une étude similaire menée aux Etats-Unis et au Canada estime qu'un enfant sur cinq est approché sexuellement sur les chats. En France, nous n'avons pas encore de chiffres précis, car c'est un phénomène assez nouveau et en perpétuel mouvement : les pouvoirs publics ont en outre mis du temps à prendre mesure de son ampleur. Mais les chiffres doivent correspondre : très rares sont les enfants qui m'ont affirmé n'avoir jamais été approché.
Vous proposez aux parents de télécharger un logiciel de surveillance. Est-ce la seule réponse possible ?
Aujourd'hui, il n'y a plus de distance, plus de résistance entre l'enfant et son agresseur potentiel : l'écran de l'ordinateur est dans la chambre de l'enfant. En outre, face à l'arrivée massive d'internet, les parents n'ont pas eu le temps de faire un travail d'éducation suffisant. Et les agresseurs sont malins : ils sont conscients des mises en garde des parents, ils les contournent. J'ai rencontré une enfant britannique qui avait bien obéi à ses parents, n'avait donné ni son adresse, ni son téléphone. Mais son agresseur a réussi à savoir où elle jouait au basket… Même un enfant bien éduqué et informé peut se faire avoir.
Que peuvent faire les pouvoirs publics, les prestataires de services ?
Même si cela coûte cher, il faut de plus en plus de modération sur les services de chat. Et l'effort doit se faire à tous les niveaux : les parents prennent conscience des dangers, cela s'accompagne d'une angoisse certaine, ce n'est donc pas le moment de les lâcher. Il faut beaucoup d'information, lancer une campagne nationale. Les pouvoirs publics font beaucoup, mais de leur côté. Les efforts sont aujourd'hui nombreux, mais isolés. Il y a encore un certain esprit de compétition alors que le fléau est géant. Il faudrait unir les forces pour lutter.
Photo d'ouverture: Homayra Sellier - DR
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