Fronde contre la licence légale

Par Christophe ABRIC, le 10 décembre 2004 à 10h45 , mis à jour le 10 décembre 2004 à 10h57

Lors d'une rencontre au Sénat, politiques et professionnels de la musique ont évoqué les menaces qui planent selon eux sur la création musicale. En bonne place, internet et le téléchargement ont été voués aux gémonies.

Partition musique © INTERNE

Jeudi, l'industrie du disque, les sociétés d'auteurs et les sénateurs recevaient pour évoquer les multiples dangers qui menacent aujourd'hui, selon eux, la création musicale. Dans les vastes salons du Sénat, musiciens (Enrico Macias, Jean Ferrat…), anciens ministres (dont Catherine Tasca ou Hervé de Charrette), représentants des maisons de disques se relayaient pour se demander si "la création musicale était encore possible en 2005".

Sous cet intitulé un brin alarmiste, se cachent selon eux de nombreuses sources d'angoisses pour une "diversité culturelle" en péril : mondialisation galopante, puissance grandissante des industriels dans la culture, les raisons de s'énerver étaient nombreuses. Parmi celles-ci, bien évidemment, internet figurait en bonne place.

"Condamner l'utilisation de la machine, plutôt que la machine"

En introduction de la rencontre, le sénateur André Vallet (Union Centriste) évoquait "la piraterie sur internet, plus pernicieuse encore que la piraterie traditionnelle". Juste après, le député Jean-Claude Lefort (PCF) défendait les politiques et professionnels de la musique d'être des "canuts" : "nous ne nous en prenons pas à la machine, mais à son utilisation".

Mais il lançait ensuite la première salve contre l'idée qui serait pilonnée tout au long du déjeuner, la licence légale. "Alors qu'internet pourrait être un fabuleux moyen de développer et de faire connaître la musique française, on entre dans un système de pire en pire (sic) qui voudrait une licence légale, soit une rémunération globale, sans accord de l'auteur. Ce qui signifie que l'argent irait toujours dans les mêmes poches : c'est une menace pour la diversité culturelle, la culture n'est pas une marchandise !".

L'ADAMI pour cible

"En matière de création, internet est synonyme de mort"

Laurent Petitgirard, président du conseil d'administration de la SACEM

Un peu plus tard, la Sacem (société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique) reprenait le flambeau. Laurent Petitgirard, président du Conseil d'administration, annonçait d'emblée la couleur : "en matière de création, internet est synonyme de mort. (…) Les premières victimes du téléchargement sont les artistes qui ne sont pas téléchargés". "Dans la chaîne musicale, il y a toujours quelqu'un qui paie, et si ce n'est ni le consommateur, ni le producteur parce qu'il n'en a plus les moyens, ce seront les industriels, qui se serviront de la musique comme d'un simple produit d'appel", mettait-il en garde.

La cible de cette fronde était à n'en pas douter l'ADAMI, société civile pour l'administration des droits des interprètes. Se démarquant du discours du reste de l'industrie, elle a lancé il y a un peu plus d'un an l'idée de la licence légale, qui consisterait en un prélèvement sur les abonnements internet, permettant de compenser les téléchargements. Ses représentants étaient rares à la rencontre du Sénat, l'ADAMI organisant dans le même temps des journées de réflexion sur la position des artistes face aux avancées numériques. Mais mise au courant de ces attaques, elle a promis de faire à son tour entendre sa voix…

Par Christophe ABRIC le 10 décembre 2004 à 10:45
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