La prévention pour protéger les enfants

Par Pauline POLGAR, le 08 février 2005 à 17h33 , mis à jour le 09 février 2005 à 16h59

Le rapport sur la pédo-pornographie et la pédophilie du Forum des droits sur l'internet, remis récemment au ministre de la Famille, devrait servir de base à la future conférence sur la Famille prévue en avril prochain. Mathieu Lerondeau, rapporteur de ces travaux, explique à tf1.fr comment sécuriser les enfants "surfeurs".

ordinateur enfant ado © INTERNE

Tf1.fr : Peut-on mesurer l'ampleur de la menace planant sur les enfants "surfeurs" ?

Matthieu Lerondeau : Préalablement, il faut bien distinguer la pédo-pornographie de la pédophilie sur internet. La première consiste à regarder des images à caractère pédophile. La seconde c'est de se servir d'internet afin d'abuser des mineurs. On peut se faire une idée de l'ampleur de ces phénomènes mais pas une mesure précise.
Pour ce qui est de la pédo-pornographie, si on croise plusieurs sources, on trouve plusieurs centaines de milliers d'images pornographiques de mineurs sur internet. Mais il faut tempérer tout de suite ce constat quand on sait qu'une partie de ces images, dites "images de stock", ont été saisies et capturées dans les années 70 ou dans des pays où la tolérance n'est pas la même qu'en France. On ne connaît pas la part de production récente.

tf1.fr : Est-ce qu'internet a recréé un marché de pornographie enfantine ?

M.L. : Il en renforce la demande et la production. Mais la source de photos pornographiques s'est beaucoup tarie après le renforcement du système pénal. Un seul service central de la police judiciaire regroupe les signalements, notamment en provenance d'Interpol. Il a recensé 3000 cas de Français ayant consulté des images pédophiles. En France il n'y a pas de serveur, mais la clientèle pour ces sites existe.

Tf1.fr : Et pour la pédophilie ?

M.L. : Une mesure objective est encore plus difficile à faire. Savoir qui recherche des contacts à des fins pédophiles paraît une tâche impossible. Il est fréquent que les mineurs de 13-14 ans se contactent entre eux sur un mode sexualisé sur un chat qui leur est destiné. Il existe des adultes pédophiles sur Internet, c'est indéniable. On connaissait déjà ces phénomènes avec le minitel. Mais aujourd'hui, Internet peut les renforcer. L'anonymat, même relatif —puisque l'on peut retrouver la traçabilité d'une adresse IP— peut inciter des personnes à se laisser aller.

Tf1.fr : Quel est le système actuellement en place ? Les dispositifs comme les contrôles parentaux, sont-ils insuffisants ?

M.L. : La législation est très complète. Pour la pédophilie, c'est l'acte qui est réprimé, la sollicitation et l'abus, mais pas la façon d'y arriver. En revanche, en France, rien n'empêche la diffusion de serveurs de pédo-pornographie étrangers, comme ceux nombreux qui viennent des Etats-Unis. Sur les contrôles parentaux, des efforts restent encore à réaliser. Même s'il existe des choses intéressantes.

Tf1.fr : Quelles sont les recommandations que vous avez transmises au ministre de la Famille, Philippe Douste Blazy ? 

M.L. : Pour ce qui est de la pornographie enfantine, il est important que soit envisagé la façon de renforcer les pouvoirs de enquêteurs, en sécurisant leur action juridiquement et en leur donnant plus de moyens, sachant qu'ils doivent accéder à des sites payants. Il s'avère également nécessaire d'améliorer la coopération entre les intermédiaires techniques —type fournisseurs d'accès— et les autorités.

Tf1.fr : Et pour lutter contre la pédophilie ?

M.L. : Il faut faire en sorte que les parents préviennent ce genre de comportements et fassent des recommandations claires à leurs enfants. La plupart du temps, les parents se sentent impuissants car, disent-ils, leurs enfants savent mieux utiliser le réseau Internet qu'eux-mêmes. Peut-être, mais il faut leur dire que c'est eux qui ont la maturité : ils savent reconnaître un contenu fiable ou non. Nous sollicitons ainsi les pouvoirs publics afin qu'ils produisent une grande campagne de sensibilisation qui leur soit destinée mais aussi à leurs enfants. L'éducation aux médias doit également être importante au sein des écoles. Il existe de plus en plus une formation technique à l'outil Internet mais pas à la sécurité lors de son utilisation.

Tf1.fr : Que doivent faire les intervenants techniques ?

M.L. : Il faut qu'ils entrent dans cette campagne de sensibilisation. Simplement en indiquant à l'enfant sur le site du chat par exemple que quand il remplit son profil sur le net, ce dernier est susceptible d'être répandu, ou encore par la présence d'un adulte référent sur les espaces interactifs pour adolescents. Ce dernier pourrait répondre aux questions du mineur quand il ressent un malaise face à une sollicitation.

(Photo : archives)

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Par Pauline POLGAR le 08 février 2005 à 17:33
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