© INTERNEAprès les fournisseurs d'accès, après les internautes, les journalistes ? La semaine dernière, l'industrie du disque s'est créé de nouveaux ennemis, en annonçant l'arrêt prochain de l'envoi de disques aux journalistes culturels dont la profession est de les critiquer. A la place, le syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), compte mettre en place un système d'écoute centralisé sur internet : Internet Music Center.
Les journalistes concernés ont été avertis de la décision par un communiqué lapidaire (à lire ici), signé par cinq dirigeants de majors. La lettre explique que "cet outil ne remplacera pas le travail des attachés de presse mais l'envoi massif et automatique dont nous avons évalué à 70% le taux d'inutile". Les journalistes y trouveront notices, photos, et pourront y écouter les disques en streaming. Il devrait être lancé le 4 avril prochain, et remplacer définitivement l'envoi de disques au 30 juin prochain.
Liberté d'exercice du métier
La nouvelle a aussitôt fait bondir les principaux intéressés, qui se sont empressés de réagir. Véronique Mortaigne, journaliste musicale au Monde, a rédigé une pétition, signée par la majorité de la presse musicale, qui sera remise lundi au SNEP.
La journaliste y explique au SNEP que cette décision "met en danger notre liberté d'exercice de ce métier et le devenir de vos artistes" : "Nous consacrons tous depuis longtemps une part énorme de notre temps à l'écoute de disques, temps qui déborde très largement nos horaires de présence fixe devant un ordinateur en marche. (…) Croyez-vous sérieusement que ce soit sur un ordinateur, devant son bureau et pendant les horaires de travail, que l'on découvre un nouvel artiste, son audace et sa singularité ?", poursuit-elle.
La lettre a été signée par des journalistes de Télérama, du Monde, de Libération, Trax, Rock'n'Folk, le Journal du Dimanche, les Inrockuptibles, le Parisien, le Figaro, le Nouvel Observateur…
Contre le "piratage" ?
Certaines personnes, dans le milieu du disque, estiment que la chasse au gaspi n'est pas la seule raison à cette décision. Avec la montée en puissance du peer-to-peer, les maisons de disques se méfient de plus en plus des personnes qui ont accès aux disques avant le public.
Les signes de cette méfiance envers les journalistes sont nombreux : l'écoute de certains albums ne peut se faire que dans les locaux des maisons de disques, et de plus en plus d'albums sont envoyés en version "watermarkée" : ils portent le nom de l'artiste, permettant de tracer la diffusion éventuelle de copie. Les journalistes musicaux seraient ainsi punis par précaution, alors qu'aucun n'a jamais été condamné pour des fuites.
"Tant que les artistes souhaiteront enregistrer des albums, nous écouterons et défendrons des albums dans les journaux qui nous emploient", ajoutent-ils, en concluant: "Non, nous n'écouterons pas vos fichiers. Nous n'écoutons que des disques", affirme la pétition.
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