
Il est 11 heures du matin dans les laboratoires de F-Secure, à Helsinki. Un chercheur, les épaules voûtées, des lunettes noires sur le visage, passe la porte vitrée. Les lunettes sont là pour masquer les cernes : il s'est couché à trois heures et demie du matin à cause d'Oussama ben Laden.
Dans la nuit, une alerte avait été lancée concernant un nouveau cheval de Troie qui se cachait derrière un email annonçant la capture du leader d'Al Qaïda. Le chercheur était l'un des quatre ingénieurs d'astreinte, prêts à venir au labo dès la découverte d'un virus. Il a été réveillé à deux heures du matin pour analyser le fichier Trojan-Downloader.Win32.Small.axr, puis mettre à jour l'antivirus de la société. A 3h30, il est rentré chez lui. Un délai raisonnable : il faut en moyenne deux heures et demie pour réagir à un virus.
Esbroufe
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| Une carte montre l'actvité récente des virus dans le monde |
Installée en bord de mer dans la capitale finlandaise, la société de sécurité informatique a réservé un étage entier de son immeuble à son laboratoire. On y prend les virus, les vers, les attaques DDos, le phishing et toutes les menaces très au sérieux, quitte à en faire un peu trop : les chercheurs portent des blouses blanches, chaque entrée dans le laboratoire est listée sur un écran à côté de la porte; sur un autre écran plat, une carte mondiale reproduit l'activité récente des virus, et sur un dernier, une modélisation 3D de Bagle tourne en continu. Pour parfaire le tout, les vitres qui séparent les bureaux sont ornées du code de I Love You.
Au delà du décorum et de l'esbroufe, il ressort tout de même de cette atmosphère une solide conviction, celle que la sécurité informatique est une cause à ne pas prendre à la légère. Pour s'en convaincre, il suffit d'entendre Mikko Hypponen évoquer l'évolution des menaces, dont il parle comme on écrirait un roman d'espionnage. "Nous n'avons plus affaire à de jeunes codeurs qui font ça pour le fun, mais à des business de types divers. Les virus servent aujourd'hui des fins politiques, commerciales, idéologiques..." Et le directeur du laboratoire de citer ces attaques DDos (qui visent à saturer un serveur) contre des sites de propagande tchétchène ou menées par un vendeur américain d'antennes satellites contre ses concurrents, ces mafieux russes qui écrivent des virus pour le phishing, ces milliardaires de Miami aux villas abritant des rangées de serveurs pour envoyer des spams par millions.
Nouvelles menaces
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| Les chercheurs surveillent aussi les virus sur mobiles |
Si une telle importance est donnée à l'aspect du laboratoire, qui ressemble à s'y méprendre aux locaux de la 'CTU' dans 24h Chrono, c'est peut être pour compenser le caractère peu spectaculaire de cette lutte. Même les ordinateurs sont rares : "nous travaillons surtout avec des machines virtuelles. Il n'est plus utile aujourd'hui d'avoir dix PC pour faire tourner dix systèmes", explique Mikko Hypponen. Mais la motivation est là : au milieu des équipes commerciales, des services marketing, un immeuble d'Helsinki abrite une équipe prête à se lever au milieu de la nuit, à s'enfermer dans des cages de métal pour analyser et défaire des virus. Paranos, volontaires, prêts à tout : de vrais petits Jack Bauer des réseaux.
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