Qui sont les auteurs de virus ?

Par Christophe ABRIC, le 29 juin 2005 à 15h27 , mis à jour le 29 juin 2005 à 17h22

Fini l'ado féru de code et de sensations fortes. En se professionnalisant, les auteurs de virus sont de plus en plus nombreux à créer des programmes pour les vendre à des spammeurs ou à la délinquance et au crime.

Jay Echouafni, recherché pour virus

Jay Echouafni était à la tête d'un business très rentable : cet investisseur américain avait monté Orbit, une société de vente d'antennes satellites par internet. Les affaires marchaient bien, si bien que lorsque deux concurrents sont apparus, Jay a décidé de prendre les choses en main. "Il a embauché trois pirates adolescents", explique François Paget, chercheur chez Networks Associates. "Ils ont écrit des virus et employé des robots pour lancer des attaques DDos (qui saturent les serveurs de requêtes) sur les sites des concurrents d'Orbit". Jay Echouafni est aujourd'hui en fuite, recherché par le FBI pour "intrusion informatique".

Faire des virus pour l'argent

Bienvenue dans le business de l'informatique malveillante. On y trouve des entrepreneurs qui cherchent à nuire à leurs concurrents, d'autres qui veulent blanchir des fonds, des spammeurs qui envoient des millions de pubs pour le viagra depuis de somptueuses villas en Floride, des mafieux, des extorqueurs… autant de gens qui ont aujourd'hui besoin des virus pour nuire et prospérer.

"Avant, nous avions des ados qui le faisaient pour le fun. Aujourd'hui, les auteurs de virus s'apparentent de plus en plus à des criminels qui veulent gagner de l'argent avec leurs programmes", constate Mikko Hypponen chez F-Secure. François Paget confirme : "aujourd'hui, 10% des créateurs de virus le font pour le jeu, 60% pour de la petite malveillance, 30% au service de la criminalité organisée". Pour lui, "on va progressivement retrouver toutes les branches de la criminalité sur internet, profitant des virus et des robots".

Une nouvelle criminalité

Et certains ne manquent pas d'imagination : "on assiste à l'apparition de programmes qui, une fois installés sur l'ordinateur, reconnaissent l'adresse d'une banque et vous redirigent à votre insu vers un site de phishing", explique par exemple Mikko Hypponen. Chez Trend Micro, David Kopp confirme en expliquant qu'il est "aujourd'hui possible d'acheter sans trop de difficultés, des listings entiers de numéros de Carte Bleue".

La lutte contre les virus aujourd'hui est donc aussi une affaire de police. Or, "les vides juridiques sont encore nombreux, même s'ils se comblent peu à peu", regrette François Paget. La coopération internationale, très active au niveau virus, doit être renforcée du côté policier. Car cette nouvelle délinquance est internationale. Et difficile à cerner : "la frontière entre une personne malhonnête et une société commerciale peut être très poreuse", explique François Paget. Mikko Hypponen confirme : "si vous achetez une pilule qui vous a été proposée par spam, elle arrivera, vous serez débité du montant affiché, et votre numéro de carte ne sera pas repris par la suite. Un business tout à fait honnête, qui est arrivé vers vous de façon malhonnête".

Image : Jay Echouafni avant sa fuite

Par Christophe ABRIC le 29 juin 2005 à 15:27
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