La CNIL dit non au repérage automatique de pirates

le 25 octobre 2005 à 15h49 , mis à jour le 25 octobre 2005 à 18h34

Alors que l'industrie du cinéma et les fournisseurs d'accès mettaient la touche finale à leur projet de "riposte graduée" au piratage, la CNIL a posé son veto à tout système qui permettrait de repérer automatiquement les pirates.

cnil © INTERNE

C'était l'un des objectifs affichés lors de la signature de la charte anti-piratage : mettre en place une réponse gradué au piratage de contenus protégés par le droit d'auteur sur les réseaux peer-to-peer. En d'autres termes, ne plus attaquer en justice sans avoir prévenu et mis en garde.

Pour les industries de la musique et du cinéma, cet assouplissement devait s'accompagner d'un ratissage plus large, d'une plus grande efficacité dans la traque des "pirates", et donc par la mise en place de systèmes qui leur permettrait de les repérer automatiquement.

La CNIL rejette la traque automatisée

Lundi soir, l'industrie du cinéma envoyait au ministère de la Culture le plan de riposte gradué qu'il avait rédigé avec les fournisseurs d'accès pour qu'il soit examiné. Seulement, au même moment, la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) examinait la possibilité d'avoir recours à des systèmes de repérage automatiques.... et a dit non.

Mardi matin, elle a affirmé avoir rejeté la demande formulée en ce sens par 4 sociétés de d'auteurs et de producteurs (1). Pas de repérage automatique, ni d'envoi de message de prévention grâce à l'aide des fournisseurs d'accès qui leur auraient permis d'identifier les internautes.

Qui détermine le "seuil" ?

La Cnil rappelle une décision du Conseil constitutionnel selon laquelle on ne peut collecter les données personnelles d'un "présumé pirate" qu'en présence d'une autorité judiciaire. Selon elle,  les dispositifs de détection proposés ne sont "pas proportionnés à la finalité poursuivie", notamment car ils "peuvent aboutir à une collecte massive de données à caractère personnel" et permettent "la surveillance exhaustive et continue des réseaux d'échanges de fichiers p2p".

De plus, toujours selon la Commission, ce sont ces sociétés d'auteur qui déterminent le seuil du nombre de fichiers mis à disposition sur les réseaux P2P à partir desquels les internautes peuvent être poursuivis.

La SCPP continuera de poursuivre

Pour les associations de défense des internautes, c'est une excellente nouvelle. Les Audionautes estiment ainsi que l'on évite "l'inacceptable instrumentalisation de la justice pénale". La ligue ODEBI en profite quant à elle pour demander au gouvernement "de bien mesurer l'importance qu'attachent les internautes à leurs libertés numériques, à la protection des données qui les concernent, et au respect de leur vie privée".

De l'autre côté, la Société civile des producteurs phonographiques a déploré la décision de la CNIL, arguant que les systèmes de traque avaient uniquement pour but de prendre des "mesures de prévention". Elle ne se décourage pas pour autant et rappelle que "la décision de la Cnil ne prive pas la SCPP, et encore moins les pouvoirs publics, de moyen d'actions pour lutter contre la piraterie musicale, puisque plus de 160 actions judiciaires ont été menées par la SCPP sans recourir à des traitements automatisés, qui s'ajoutent à celles initiées par les forces de police et de gendarmerie".

L'UFC-Que Choisir estime enfin que cette "bonne nouvelle" doit être "suivie de l'arrêt des poursuites". "Il faut que les patrons des majors, en particulier Pascal Nègre qui se dit proche des jeunes, arrêtent désormais de poursuivre ces mêmes jeunes en justice, de violer l'anonymat et la vie privée pour protéger une position dominante".

(1) La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), la Société pour l'administration du droit de reproduction mécanique (SDRM), la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP) et la Société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF). Elles avaient déposé leur demande en avril.


le 25 octobre 2005 à 15:49
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15 Commentaires

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  • J-Yves, le 26/10/2005 à 18h42

    Super! Enfin! Voler est donc un droit et c'est legal... Si les places de cine ou les CD sont trop chers, j'ai donc le droit de pirater et on n'a pas le droit de me poursuivre en justice. Je dois changer de voiture. Je peux donc aussi aller chez le concessionnaire, en voler une et puis basta... Pareil pour la bouffe dans un supermarcher, vu que voler, c'est legal... Pour ceux qui trouve que tout est cher, ils peuvent retourner au gros rouge qui tache et a la petanque... Les vignobles se plaignent de la baisse de consommation. Donnez leur un coup de main.

  • Mojorisin, le 26/10/2005 à 16h11

    Serait-il "possible" d'imaginer que ce sont ces mêmes majors qui innondent depuis peu le p2p de fichiers zippés et vérolés avec une bande passante maxi hsitoire d'en faire une large diffusion?! Au risque de rendre encore plus vulnérables qu'elles ne le sont déjà plusieurs millions de machines ds le monde!!! Personnellement, je ne télécharge que quelques titres musicaux, le plus souvent anciens (1960 à 1990), 3 par mois en moyenne -pas davantage- mais pas un seul film au demeurant car j'estime que le cinéma est un secteur qu'il est urgent de protéger. Pour le partage de fichiers musicaux, il est trop tard, rien ne l'arrêtera plus maintenant, procédures judicaires ou pas. De plus, les chiffres montrent que les téléchargeurs achètent toujours autant de CD, ce qui d'ailleurs est mon cas. Néanmoins, voir que des titres sortis ds les bacs depuis une petite semaine (voir en pré-sortie)sont déjà en partage, ça me défrise un peu. Petite anecdote : j'ai un ami sur Toulouse qui est ds une zone d'activité arisanale et qui avait un FAI pro pour sa connection internet (câble). Artisan ayant 55 ans (comme quoi il n'y pas que les djeun's qui sont ds l'illégalité!), amateurs de films, celui-ci a vu son FAI débarquer chez lui pour lui faire signer une décharge suite au constat d'occupation de sa bande passante (10 films en 1 mois). Depuis il ne télécharge plus un seul film. Néanmoins le p2p lui a fait découvrir de nouveaux horizons musicaux et a booster ses achats de cd, comme quoi... Autre exemple, un de mes voisin, 42 ans, 4000? net de revenu par mois, télécharge lui + de 20 films récents par mois alors qu'il a largement les moyens de s'offrir un dvd à la vente ou à la location. Les films sont ensuite gravés et tournent des le cercle de ses relations privées et professionnelles. Perso, je trouve cela inadmissible! C'est tout ce que j'avais à dire sur le sujet.

  • Ronfladonf, le 26/10/2005 à 13h31

    Je suis bien d'accord avec tous les avis que je vois la... merci la CNIL. Pour ma part j'avoue qu'il m'arrive de télécharger des jeux, et des musiques pour plusieurs raisons: - Depuis que j'ai acheté Magic BattleGrounds, je n'achète plus un jeu SANS LE TESTER. 60 ? pour 30 min de jeu(le temps qu'il m'a fallu pour explorer toutes les possibilités du jeu) c'est du vol caractérisé! - Depuis que la Star Ac' et autres pop star existent, je n'achete plus d'album sans l'avoir ecuoté. or dans les douches des magasins il n'y a que des hits preformatés! Pour moi le P2P est surtout un moyen de ne plus me faire avoir !

  • Chris, le 26/10/2005 à 10h45

    Bravo la CNIL !!! Il y a une question que je me pose si les places de ciné étaient un peu moins onereuses, je pense que beaucoup de jeunes seraient tentés par y aller. Ici à Taiwan les salles sont remplies avec des films non doublés et sous titrés en Chinois, avec des prix abordables. Ah !! La France et ses taxes....

  • Gilles, le 26/10/2005 à 09h08

    Je sais que l'exemple que je vais donner n'est pas génial, mais est ce que Microsoft pourrait localiser les utilisateurs utilisant Linux car c'est un manque à gagner pour son portefeuille ? La réponse est bien évidemment non. Je sais qu'il y en a qui abusent vraiment, mais par contre les maisons de disques et de films se font un fric monstrueux et ils peuvent encore etre heureux qu'il m'arrive régulierement comme beaucoup d'autre d'aller au ciné et d'acheter un DVD ou un CD. S'ils avaient comme objectif de gagner plus, tampis pour eux moi aussi j'esperer gagner plus ce mois et pourtant je ne regette pas mon sors sur tout le monde.

  • Juju, le 26/10/2005 à 08h36

    Je me balladais a la fnac ce week end et en passant devant certains jeunes qui regardais les derniers arrivages, je les ai entendu dire bien haut "faudra que je pense a le telecharger". Y'a peut etre un probleme quelquepart malgré tout ! J'en connais qui n'ont pas acheté de CD et de DVD depuis 4 ans et qui par contre ont des disques durs pleins a craquer de fichiers meme inutiles mais gratuit a se procurer...

  • Jacques, le 26/10/2005 à 06h34

    Malheureusement, la CNIL n'est plus rien du tout ...

  • Laurent, le 26/10/2005 à 05h37

    Merci la CNIL ! La SACEM et consorts se prennent pour la police, il était temps qu'on les calme. ce n'est pas parce que quelques crétins téléchargent des milliers de disques que l'internaute moyen doit subir le poids d'une surveillance ILLEGALE. Eh oui, messieurs de la SACEM, rongez votre frein ! On ne met pas un policier derrière chaque citoyen pour empêcher tout délit, alors pourquoi tolérerions nous cela dans le domaine de l'internet ?

  • Gabs, le 26/10/2005 à 02h17

    Ainsi est fait la vie en france... Faut bien cramer la vache a lait qui engraisse tout ce peti monde.. Quel pays de m... PS : Et pendant ce temps la,en espagne on l'autorise...

  • David, le 26/10/2005 à 00h12

    Bon, c'était un minimum de toute façon.

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