
C'était l'un des événements les plus "événementiels" d'Apple : un mystère resté complet jusqu'au tout dernier moment, des rumeurs plus confuses les unes que les autres, et un buzz qui enflait de jour en jour, encouragé par l'ampleur de la chose : des centaines de journalistes et personnalités invités au San Jose Theatre, en Californie, et près de 300 journalistes venus de toute l'Europe pour assister à Londres à une retransmission satellite de l'événement. On ne pouvait pas, raisonnablement, s'attendre à peu. Pas avec un tel... investissement. On n'allait pas être déçu.
Enfin, un iMac Media Center
Steve Jobs a entamé sa conférence comme toutes les autres, par un "we've got amazing stuff to show you", qui devient presque routinier. Mais là, il annonce trois actes. Et sans plus attendre, un nouvel iMac est donc annoncé. Plus fin, avec caméra intégrée, un logiciel de photos d'identité amusant et totalement inutile, et Front Row, une "télécommande dans le style d'Apple".
Elle ressemble à un iPod Shuffle et transforme (enfin) votre Mac en centre multimédia... comme les Media Center sur les PC, une fonction que l'on attendait depuis fort longtemps sur les ordinateurs d'Apple. Accès direct par télécommande à votre musique, vos vidéos, vos photos à travers une interface animée et conviviale, soit une fonction qui, sans être révolutionnaire, est plus que bienvenue, tant elle commençait à manquer aux Macs. Mais Steve Jobs est un malin, et pour détourner cette critique, il se gausse aussitôt des télécommandes PC énormes et peu commodes face à la sienne, qui s'aimante sur le bord de l'ordinateur.
L'iPod vidéo
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| L'iPod change d'ère - © Christophe Abric |
Acte deuxième, entre l'iPod. Quelques bonnes nouvelles pour la marque : elle détient 75% du marché des lecteurs mp3, et les Nano sont déjà en rupture de stock, il s'en est vendu un million en 17 jours. Steve Jobs poursuit en expliquant qu'il "est temps de remplacer l'ancien iPod... voici le nouveau.... et oui, il fait de la vidéo". Applaudissements dans la salle.
Un iPod très fin (31% plus fin que son prédécesseur), avec un grand écran, capable de décoder en temps réel le codec haute définition H264, avec des capacités de 30 et 60 Gb, et à un prix très raisonnable : 349 euros pour le 30 Go, 469 euros pour le 60 Go. La concurrence est, au minimum, à 50 euros de plus.
Est-ce tout ? Après la présentation d'une nouvelle pub "silhouette" dans laquelle apparaît Eminem, arrive l'attendu nouvel iTunes.
L'achat de clips, une fausse bonne nouvelle
Depuis la sortie du couple iPod / iTunes, Steve Jobs est connu pour ne jamais sortir un produit s'il n'a pas de quoi fournir le média censé le remplir. Donc, voici iTunes 6. Outre quelques nouveautés conviviales, l'annonce qui fait grand bruit est l'arrivée de la vidéo. Mais c'est une déception qui suit : ce ne seront pas des films, mais des clips, que l'on pourra acheter, 220,000 d'entre eux.
A ce moment, on est déçu, car cela est une double mauvaise nouvelle. Tout d'abord, Apple n'a pas encore réussi à faire sur le cinéma ce qu'il avait fait pour la musique, soit créer un modèle économique qui s'impose à tous. Ensuite, il entend réussir à vendre ce qui jusqu'ici était offert. Depuis des années, les vidéos clip étaient destinés à promouvoir la musique, et donc gratuits. Sur internet, ce modèle s'était généralisé. On ne pouvait pas télécharger le nouveau tube de Beck, mais sa vidéo oui, car elle était censée faire connaître le morceau. Steve Jobs a, en somme, réussi la prouesse de vendre un objet promotionnel. Dans les mois à venir, on peut s'attendre à voir de moins en moins de vidéos disponibles gratuitement sur internet, car on n'offre plus ce qu'on a décidé de vendre.
Le sursaut des séries TV
Mais Steve Jobs a de la ressource, et il se rattrape juste après, en poussant sa blague jusqu'au bout : il y a un "one more thing" au "one more thing"... on pourra acheter sur iTunes des séries TV produites par ABC, une chaîne appartenant au groupe Disney.
Réservée au public américain, assez limitée, cette annonce ouvre toutefois des perspectives assez immenses : il sera possible d'acheter un épisode de Lost ou de Desperate Housewives dès le lendemain de sa diffusion à la télévision, à 1.99$ seulement l'épisode ! S'il a imposé cela, s'il a imposé l'achat de vidéos, Steve Jobs imposera le reste... Il l'a dit lui-même pour conclure les annonces : "il fallait faire un premier pas, nous l'avons fait".
C'est l'impression qu'il veut donner, c'est l'impression qu'il donne : rien d'impossible, en tout cas à lui.
Photo d'ouverture : le nouvel iPod - © Christophe Abric - tf1.fr
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