16/11/2005 © TF1Docteur en sociologie, Claire Brossaud a coordonné une étude du Groupe d'analyse du social et de la sociabilité (GRASS, CNRS-Université Paris 8) sur la "production et la circulation de quelques usages numériques en situation de catastrophe naturelle". Le document, commandité par le ministère de l'Environnement, sera rendu public vendredi. Dans le cadre du dernier numéro de CNRS Thema (voir ci-dessous), elle en présente à tf1.fr les principales conclusions.
Quel rôle les nouvelles technologies jouent-elles dans le cadre de catastrophes ?
Claire Brossaud : En amont de la catastrophe, Internet et, d'une manière générale, les technologies de l'information et de la communication (TIC) (1) favorisent l'alerte. Il peut s'agir de procédures d'alerte ou de cartes de vigilance qui arrivent directement dans les mails d'abonnés, ou encore de SMS envoyés sur les téléphones mobiles. Quand la catastrophe se produit, s'il y a une coupure d'électricité, les gens ne vont pas pouvoir utiliser Internet ; ils se serviront davantage de leur mobile tant que leurs batteries et les antennes-relais des opérateurs tiendront, comme cela s'est passé à Limoges lors de la tempête de décembre 1999. Les mobiles ont permis de localiser les personnes à secourir puis à prendre contact avec les services d'urgences, les administrations, la préfecture... Après la catastrophe, les gens fréquentent des blogs, des forums sur le web, ils recherchent tout ce qui peut leur donner de l'information à chaud, même si la radio reste le média le plus réactif.
Que cherchent les sinistrés sur ces forums ?
C. B. : Les forums leur donnent accès à des informations et leur offre des espaces de dialogue sur les risques. En Louisiane, après le passage de Katrina, des blogs et forums se sont multipliés, parfois pour retrouver des personnes dont les proches étaient sans nouvelles. Les gens apprennent à connaître les raisons de la catastrophe grâce aux débats. Ces discussions permettent d'exprimer sa colère et ses souffrances mais aussi de les relativiser en les resituant par rapport à d'autres souffrances et points de vue. Au sein de ces forums, certaines personnes deviennent des "médiateurs", qui vont resituer le risque dans sa globalité et dans son histoire. Ce sont parfois des ingénieurs, des spécialistes. Sur un forum consacré aux inondations de Bourg-en-Bresse, qui se sont produites en avril 2005, il y avait deux "médiateurs" qui ont rappelé que de telles catastrophes s'étaient déjà déroulées dans la région et qui ont fait des comparaisons avec d'autres crues qui ont eu lieu ailleurs.
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Forums et blogs sont-ils aussi des plates-formes pour remettre en cause les informations émanant des autorités ?
C. B. : Les TIC permettent parfois d'être plus réactif que la chaîne hiérarchique d'une institution dont le dispositif est très contraignant. Après la tempête, à Limoges, les centres d'appels d'EDF ont été rapidement saturés. Par ailleurs, ils se trouvaient à Tours, soit à 300 km de Limoges, et les employés ne savaient pas bien localiser les problèmes qu'on leur transmettait. Il est possible que, grâce aux TIC, le public puisse avoir accès à des informations manquantes mais il a quand même besoin des institutions et des administrations.
Justement, les autorités ont-elles intégré ce rôle des TIC ?
C. B. : Les services d'urgences poussent à utiliser les TIC, notamment pour coordonner les interventions des différents acteurs sur le terrain. Mais les autres acteurs institutionnels se sentent très loin de ces nouveaux modes de communication. Les pouvoirs publics ont l'impression que les gens vont sur les forums pour "se lâcher". Ils ne se rendent pas compte des enjeux que représente l'usage des TIC pour les débats publics, ni des potentialités de réactivité et d'interventions sur les sites de catastrophes.
(1) Internet, téléphone mobile, courrier électronique, base de données, outils de travail partagés, etc.
CNRS Thema souhaite permettre aux médias
de se constituer des dossiers de fond, en montrant la réflexion du CNRS
sur des choix de société et son engagement dans les débats de son époque.
photo : archives TF1
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