© DRDébat touffu, texte ambigu, immense enjeu tant en terme économique qu'en terme de comportements sur Internet : les éléments sont réunis pour radicaliser les positions. Et se prêter à toutes les tentatives pour rallier les hésitants. Il était donc logique que les chanteurs, directement concernés, souvent bien malgré eux, par la bataille parlementaire sur le droit d'auteur, soient rapidement hissés au rang de figures de proue par l'un et l'autre camp.
Jeudi, quelques heures à peine après l'adoption par les députés, contre toute attente et contre la volonté du ministre de la Culture, des amendements légalisant les échanges de fichiers sur le web via "peer to peer", ce sont les mécontents qui ont tiré les premiers. Logiquement, le syndicat national des éditeurs phonographiques (SNEP), l'Union nationale des auteurs et compositeurs (UNAC), le syndicat national des Auteurs et des compositeurs (SNAC) et la chambre syndicale de l'édition musicale (CSDEM) ont réitéré leur hostilité aux amendements votés dans la nuit et au principe de la "licence globale" ou "légale" qui instaurerait une sorte de redevance pour téléchargement. Réaction moins attendue mais finalement tout aussi logique, de nombreux artistes français en contrat avec les "majors" Universal Music, Sony-BMG, EMI et Warner, parmi lesquels Francis Cabrel, Pascal Obispo, Jean-Louis Aubert, Matthieu Chedid, Rachid Taha, I Am ou Helène Ségara, ont également manifesté leur hostilité.
"Le peer reste à venir"
Morceaux choisis : pour Maxime Le Forestier, "c'est un recul par rapport à Beaumarchais", créateur du droit d'auteur en 1791. Pour Michel Sardou, "si ma musique devient gratuite, alors je demande aux représentants de l'Etat qui travaillent pour le bien public de le faire gratuitement". Pour Johnny Hallyday, "légaliser le téléchargement de la musique presque gratuitement, c'est tuer notre travail". Pour Francis Cabrel, "cet amendement est la négation de la valeur de la culture". Pascal Obispo juge que "le peer reste à venir". Quant à Matthieu Chedid, il "constate que des députés préfèrent la démagogie de "la licence globale" à la juste et équitable rémunération des talents". Toutes ces manifestations d'indignation ont été bien sûr obligeamment fournies aux journalistes par les maisons de disques concernées.
Une trentaine d'artistes, dont Vincent Delerm, Corneille, Johnny Hallyday et Autour de Lucie ont également signé un texte commun pour préciser que le fait qu'ils se soient "opposés aux sanctions prises contre les internautes ayant téléchargé illégalement de la musique sur internet" ne signifiait "en aucun cas" qu'ils étaient "favorables à un système de licence globale", qui selon eux "menace la création et la liberté des artistes".
Réponse du berger à la bergère : un peu plus tard dans la soirée, la Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes de la musique et de la danse (SPEDIDAM) a affirmé avoir recueilli les signatures de 13.500 artistes-interprètes au profit d'un texte en faveur de l'instauration d'une "licence globale optionnelle" pour légaliser les échanges non commerciaux sur internet. "Parmi les signataires figurent des artistes réputés", a affirmé Lionel Thoumyre, responsable des nouvelles techniques à la SPEDIDAM. Mais ces signataires "préfèrent rester anonymes, par crainte de représailles de la part de leurs maisons de disques", a-t-il déclaré, indiquant que la validité de la pétition avait été "constatée par huissier".
Photo d'ouverture : l'hémicycle de l'Assemblée nationale - archives
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