Droits d'auteur : Copieur, qui es-tu ?

Par Par David STRAUS, le 20 décembre 2005 à 20h19 , mis à jour le 27 décembre 2005 à 14h03

Une étude, décrivant les pratiques du copiage des internautes en France, estime que "l'intensité du copiage toutes techniques confondues est indépendante du niveau des achats de CD et DVD". Quant au pirate, il n'a pas vraiment de profil.

Le gouvernement veut lutter contre le harcèlement sur le net.Le gouvernement veut lutter contre le harcèlement sur le net. © LCI

Aujourd'hui, près de neuf internautes français sur dix possèdent de la musique copiée et deux tiers d'entre eux des films. Alors, à quoi ressemble-t-il, ce pirate ? L'Université de Paris XI et l'organisation de défense des consommateurs, UFC-Que Choisir, ont publié mardi une étude, financée par le ministère de la recherche, décrivant les pratiques du copiage des internautes en France (1). Les résultats "tordent le cou à un certain nombres de poncifs et d'idées fausses", a estimé mardi Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir.

  • Monsieur tout-le-monde 

Premier constat, l'échange de copie par tous les moyens est une pratique très répandue qui concerne quasiment toutes les catégories sociales. "Les copieurs ne peuvent pas uniquement être assimilés à des jeunes irresponsables ou à des resquilleurs", écrivent les auteurs. La variable la plus pertinente serait l'âge, avec des nuances. Les jeunes de moins de 25 ans sont plus nombreux (39%) mais ils représentent moins de la moitié des copieurs. Pour le peer-to-peer (P2P), la proportion des moins de 25 ans tombe à 29,80%. Elle est de 23% pour les 25-30 mais aussi pour les 31-40 ans. Le copieur est plutôt un homme.

  • Un phénomène social 

Pourquoi passent-ils à l'acte ? Parce qu'ils font comme tout le monde. Il y a, disent les auteurs, "un effet d'imitation et de contagion sociale entre amis, collègues ou au sein de la famille". Le cercle des connaissances est aussi très important dans la diffusion de la copie. L'étude tend à démontrer que le réseau Internet n'est qu'une variable. Si la moitié des internautes s'approvisionnent régulièrement via Internet, seuls 2 à 4% se fournissent en musique par le P2P exclusivement. "Cela a des incidences importantes en matière de politique à mener", notent les auteurs.

  • Le prix et la découverte 

Ensuite, vient - difficile de le nier - la volonté, pour 97% des copieurs, d'éviter de payer un "prix perçu" comme trop élevé pour les CD originaux. Le prix est également en tête des raisons invoquées pour la copie de films (66%). Neuf copieurs sur dix estiment que cette pratique leur permet de découvrir de nouveaux artistes ou d'acquérir des morceaux à l'unité. Deux tiers assurent que cela leur permet d'acheter d'autres biens. Plus étonnant, 46% des copieurs n'évoquent pas comme raison de leur acte le manque de diversité dans les magasins et sur les sites internet.

  • Quels liens avec l'achat de CD ? 

L'étude montre que "le fait d'acheter des CD et des DVD augmente la probabilité d'être copieur". En clair, s'il copie, c'est parce qu'il s'intéresse déjà la musique. En revanche, "l'intensité du copiage toutes techniques confondues ou sur les réseaux P2P est indépendante du niveau des achats de CD et DVD", insistent les auteurs. Par ailleurs, "l'intensité du copiage (hors et en ligne) augmente avec le désir d'accéder à une plus grande diversité de titres et de découvrir de nouveaux artistes". Cette constatation paraît d'autant plus vraie pour le téléchargement de films en P2P.

  • Juge fais-moi peur ! 

Si 60% des copieurs ont largement conscience du risque juridique, ils sont peu nombreux à restreindre leur pratique pour autant. Ce qui tend à démontrer que les procès à répétition et leur médiatisation n'ont pas d'effet. Ils considèrent qu'en copiant, ils nuisent aux auteurs (54%) mais pas aux œuvres (seuls 44% le pensent)... et encore moins aux majors (seuls un tiers le pensent). Cette "préoccupation éthique diminue la propension à copier", constatent les auteurs qui en concluent que les campagnes de prévention devraient être privilégiées.

  • Prêt à débourser 

Les internautes attribuent "une valeur économique aux contenus qu'ils échangent" et sont prêts à débourser 6,66 euros par mois pour télécharger librement de la musique, en plus d'un abonnement de 20 euros à un fournisseur d'accès. Pour les films, ils donneraient 8,44 euros. 12,62 euros pour films et musique.

  • La technique est un frein 

Et pourquoi certains ne copient-ils pas ? Un quart parce qu'ils ne s'intéressent pas à la musique, un tiers parce qu'ils craignent les poursuites judiciaires mais, surtout, parce que "c'est trop compliqué" (45%), "cela prend trop de temps" (56%) et "les copies ne sont pas de bonne qualité" (56%). Cette dernière opinion est d'autant plus vraie pour le téléchargement de films.

(1) étude réalisée auprès de 4000 personnes, financée par le ministère de la Recherche, et menée par Fabrice Rochelandet et Fabrice Le Guel, du centre de recherche ADIS (Analyse des dynamiques industrielles et sociales)

Par Par David STRAUS le 20 décembre 2005 à 20:19
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