© Michel Gomez (ARP)tf1.fr : Pourquoi la société civile des Auteurs-Réalisateurs-Producteurs (ARP) est-elle défavorable au système de licence légale, c'est-à-dire à un système où l'internaute accepte de payer mensuellement une somme forfaitaire pour télécharger librement musique et films ?
Michel Gomez, délégué général de l'ARP : Les partisans de la licence légale estiment défendre la liberté et dénoncent le flicage auquel donnerait lieu la poursuite des fraudeurs. Mais ce flicage aura également lieu avec la licence, car il faudra déterminer qui a payé les droits l'autorisant à télécharger librement les biens culturels. Faut-il que le forfait soit payé par tous les internautes ? Ce serait injuste pour ceux ne souhaitant pas utiliser le peer-to-peer. Dans tous les cas, comment pourrait-on effectuer une juste répartition des droits entre les auteurs si on ne détermine pas qui télécharge quoi, quand et où ?
tf1.fr : Si ces questions de contrôle trouvaient une réponse technique, seriez-vous prêts à accepter la licence ?
M.G. : Non, parce que le modèle n'est pas viable économiquement. Le prix de la redevance serait tellement délirant que les internautes refuseraient de le payer. En outre, se pose la question de la "chronologie des médias" pour l'industrie du cinéma. Si un producteur prend le risque de financer un film aujourd'hui, c'est parce qu'il a l'assurance qu'il sera diffusé successivement au cinéma, puis en DVD, puis sur la télévision payante puis seulement sur les chaînes hertziennes. En légalisant le téléchargement, un film est gratuit à tout moment, dès lors que quelqu'un réussit à le mettre à disposition des autres internautes. La licence légale, c'est l'expropriation des droits d'exploiter le film. Auteurs, producteurs et distributeurs n'ont plus la maîtrise de leur œuvre. Allez expliquer cela aux producteurs américains...
tf1.fr : Les cartes d'abonnement dans les cinémas (Le Pass de chez MK2-Gaumont ou la Carte UGC illimité) reposent sur l'idée d'un forfait donnant un accès illimité aux salles. Et pourtant vous n'y êtes pas opposé ?
M.G. : C'est un bon contre-exemple. Les auteurs, les artistes et les producteurs ont la garantie d'être payés en fonction du nombre de spectateurs. Dans ce système, c'est la salle qui prend le risque d'une surconsommation, pas les auteurs et les producteurs. Et si elle prend ce risque, c'est parce qu'elle fait le pari que la moyenne de consommation mensuelle sera plutôt basse. Et, en effet, les groupes estiment que les abonnés visionnent en moyenne quatre films tous les mois. Avec le peer-to-peer légal, l'internaute paierait moins et consommerait beaucoup plus et les producteurs ne gagneraient rien.
tf1.fr : Les fournisseurs d'accès n'ont-ils pas intérêt à cette licence légale ?
M.G. : Ils n'y sont pas favorables. Le système de la licence légale surgit au moment même où les FAI développent des offres de vidéos à la demande (VOD) qui permet de visionner sur sa télévision des films de bonne qualité et à des prix attractifs. La VOD est une alternative légale et respectueuse des droits des auteurs, des producteurs et de toute la chaîne de diffusion des films. Sans doute l'industrie du cinéma aurait-elle dû proposer cette offre aux internautes bien plus tôt, en les sensibilisant au danger du téléchargement sauvage. Mais notre profession est hyper conservatrice.
tf1.fr : Comment allez-vous mettre à profit l'interruption des débats parlementaires ? Pensez-vous pouvoir redresser le tir ?
M.G. : Le projet est technique, peu mobilisateur, mais important. Le 21 décembre, certains parlementaires ont voté en faveur de la licence globale par pure démagogie pour s'assurer le soutien des internautes. D'autres l'ont fait pas idéologie, défendant une équation "liberté=gratuité". Mais beaucoup d'élus qui n'étaient pas là, seront sur les bancs à la rentrée. Nous allons les convaincre que la licence globale, en plus d'être un non-sens économique, nécessite aussi le contrôle dénoncé par les opposants au projet du ministre de la Culture. La réponse graduée au téléchargement illicite (mail, recommandé, poursuites) reste la solution.
A lire :
- le site de l'ARP, en cliquant ici
- le point de vue du Ministère de la Culture, en cliquant ici
(Image ARP : Michel Gomez)
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