
Il y avait de vieux artistes avec de longs manteaux de cuir, de jeunes artistes avec des tonnes de gel dans les cheveux. Il y avait des adolescents "audionautes", des pontes de la SACEM, des internautes, des nuées de micros et de caméras et deux ministres, qui se sont félicités d'avoir conjointement lancé un "site de dialogue". Lestelechargements.com, financé par les ministères de la Culture et de l'Economie est un site à double propos : dégager un espace de débat sur internet autour du délicat sujet du téléchargement, et exposer le projet de loi remanié que Renaud Donnedieu de Vabres va présenter à l'Assemblée le 7 mars prochain.
Le discours de présentation du ministre de la Culture reflétait cette dualité : avant d'évoquer le site à l'honneur, il a résumé les différentes mesures prises dans la nouvelle mouture de son texte, insistant notamment sur le respect du principe de copie privée, les efforts pour assurer l'interopérabilité et la mise en place de réponses pénales plus adaptées au téléchargement illégal, résumé sous une formule un peu rapide, "plus de prison pour les internautes".
Le site arrive un peu tard, a concédé le ministre, mais il s'est félicité de son ouverture en expliquant qu'à côté des témoignages du chanteur Marc Lavoine et du réalisateur Jean-Jacques Annaud, on trouve une vidéo de Guillaume Champeau, responsable du site Ratiatum.com et favorable à la licence globale.
Il y avait en tout cas besoin de dialogue : moins d'une heure après le lancement du site, il y avait déjà 79 commentaires sous le témoignage du chanteur Marc Lavoine. Le lendemain, il y en avait 379, et 141 sous celui de Guillaume Champeau. A la soirée, on était plus perplexe. Les artistes présents se montraient prudents. Si Eddy Mitchell considérait que le site allait surtout être un moyen d'expliquer que "le téléchargement tue la musique", d'autres chanteurs comme Alain Chamfort ou Tété soulignaient que toute initiative poussant au dialogue ne pouvait être que félicitée. Guillaume Champeau du site Ratiatum.com trouvait en revanche l'initiative bien tardive. Et sur les ordinateurs, certains s'amusaient de la page sur laquelle les jeunes artistes peuvent proposer leur musique : il y est rappelé clairement que les sociétaires de la SACEM devront payer la société de gestion pour profiter de cette plateforme.
Mais surtout, restait une question : ce site de dialogue allait-il durer au-delà de la présentation du projet de loi sur le droit d'auteur à l'Assemblée nationale ? Renaud Donnedieu de Vabres a eu une réponse hésitante : "sans doute. Mais peut-être pas sous cette forme".
Retour MYTF1
Chargement en cours...





