© INTERNEL'Assemblée nationale continue l'examen du projet de loi sur les droits de l'auteur. Deux mesures importantes ont été adoptées mercredi soir. Et l'une d'elles risque de faire parler d'elle.
Alors qu'un amendement voté en commission prévoyait que le nombre autorisé de copie de DVD à titre privé devait "être au moins égal à un", un amendement de substitution ne prévoit désormais aucun chiffre minimal, ce qui ouvre de fait la voie à l'interdiction totale.
Décision de la Cour de cassation
Pour justifier sa décision, Christian Vanneste, le rapporteur UMP du projet de loi, s'appuie sur un arrêt récent de la Cour de cassation restreignant le droit à la copie privée d'oeuvres de cinéma sur DVD. Un amateur de cinéma avait porté plainte, estimant contraires au droit de copie privée, reconnu par le Code de la propriété intellectuelle, les mesures techniques de protection insérées dans un DVD commercialisé par StudioCanal et Universal Vidéo, "Mulholland Drive" de David Lynch, qu'il avait voulu copier pour son usage personnel. Mais la Cour de cassation lui a donné tort.
"La jurisprudence a acté le problème du DVD, nous en tirons les conséquences" affirme Christian Vanneste. "La spécificité du DVD devra être prise en compte pour ne pas bouleverser le fragile équilibre de la chronologie des médias (ndlr : sortie différée en DVD par rapport aux salles de cinéma) et le financement du cinéma" ajoute-t-il.
"Texte inféodé"
Les députés PS, PCF, Verts et UDF se sont vainement élevés contre cette disposition. "C'est un texte inféodé à des intérêts financiers, qui bafoue le droit minimal des consommateurs. Aujourd'hui, on peut acquitter une taxe pour copie privée et en même temps ne pas pouvoir exercer ce droit" dénonce Didier Mathus (PS).
La décision finale appartiendra à un collège de médiateurs, à qui les députés de la majorité ont attribué plusieurs tâches. Outre la gestion de la copie privée -et donc du nombre de copies autorisées-, il sera également chargé de "réguler les mesures techniques de protection pour garantir le bénéfice de l'exception pour copie privée". Sur ce point, l'Assemblée a notamment décidé de punir de 3 ans d'emprisonnement et 300 000 d'euros d'amende le fait "d'éditer et de mettre sciemment à disposition du public" un logiciel permettant le téléchargement illégal "d'oeuvres ou d'objets protégées".
Pour l'opposition et l'UDF, les médiateurs seront ainsi "juges et parties". "C'est à la loi de fixer les modalités de la copie privée et non à une autorité administrative. C'est de la sous-traitance" lance Patrick Bloche (PS). "Nous cherchons un point d'équilibre, à concilier ce droit à l'exception pour copie privée avec le capital représenté par l'industrie musicale, l'industrie cinématographique", argumente pour sa part le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres.
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