Droits d'auteur : six questions pour tout comprendre

Par Par Christophe ABRIC, le 06 mars 2006 à 19h08 , mis à jour le 07 mars 2006 à 10h25

Vous n'avez rien compris au débat sur le téléchargement et le droit d'auteur ? Depuis les bouleversements du numérique jusqu'aux derniers remaniements du projet de loi, lci.fr vous résume les principaux enjeux de ce dossier controversé.

Lestelechargements.com

Mais pourquoi a-t-il fallu un projet de loi sur le sujet ? 

Simplement parce que l'arrivée du numérique a bouleversé pas mal de choses. On peut désormais faire la copie d'un film ou d'une chanson sans que celle-ci perde de sa qualité (alors que la copie d'une copie d'une cassette copiée était inaudible). On peut envoyer une chanson ou même un album à son cousin en Oklahoma en quelques minutes. On peut en même temps l'envoyer à des milliers d'autres personnes sans dépenser un centime. On peut faire nos compilations, ou remixer facilement un morceau que l'on aime. On peut aussi enregistrer une chanson pour beaucoup moins cher, se faire connaître du public sans grand frais de marketing. Vendre ses chansons sans avoir à presser des milliers de disques et les stocker dans des magasins. Des exemples comme ceux-ci, il y en a des dizaines, qui changent la production, la copie, les modèles économiques, les modèles de transmission, les conditions de partage et de copie...

Plus prosaïquement, l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) a rédigé un texte sur le sujet en 1996, qui a donné lieu à une directive européenne adoptée en 2001, qui a été transposée par les pays membres sans gros souci. La France a pris un peu de retard dans la transposition, et il y a eu souci.

Quel est le but du projet de loi ?

Essayer de concilier les intérêts des différentes parties concernées par ce bouleversement. Soit d'un côté des internautes qui ont pris l'habitude de consommer gratuitement de la musique dématérialisée et sont nombreux à l'échanger ou la télécharger illégalement, en s'échangeant des copies par internet et les logiciels de peer-to-peer. De l'autre, une industrie musicale qui protége son marché et dispose d'une certaine marge de manœuvre pour s'adapter au modèle numérique sans la pression du raz-de-marée gratuit qui lui ferait face.

Pourquoi l'examen de ce projet de loi a été repoussé ? 

Parce que lors de son examen initial, un amendement a été voté qui assimilait le téléchargement à de la copie privée. Ce fut moins un bouleversement qu'une brèche, qui ouvrait la voie à un modèle dit de "licence globale". Dans les grandes lignes, la licence globale consisterait à donner aux internautes le droit de télécharger à loisir des œuvres en échange d'une redevance compensatoire. Cette redevance serait-elle obligatoire ou optionnelle, comment seraient réparties les sommes collectées ? Beaucoup de questions auxquelles on n'a pas de réponse. L'idée de licence globale a été écartée par le gouvernement, dès le départ. Mais elle a servi d'électrochoc, et a permis la révision de points sensibles du texte.

Pourquoi les internautes revendiquent-ils une "liberté" menacée par le projet de loi ? 

Quand on parle de liberté des internautes, on ne parle pas de la liberté de copier et de s'échanger gratuitement des œuvres. On parle aussi d'une liberté d'usage, dans le sens ou quelqu'un qui a acheté de la musique doit pouvoir la lire sur tous ses appareils, ne pas risquer de la perdre s'il change d'ordinateur, ne pas la repayer s'il veut l'écouter ailleurs, pouvoir la transmettre à son entourage proche...

Qu'est-ce qui a changé dans le texte remanié ?

C'est un texte un peu plus proche des revendications des consommateurs, tout en restant très "conservateur", en donnant des garanties aux industries et aux modèles économiques en place.

- Sanctions moins lourdes. Jusqu'alors, un internaute surpris en train de télécharger était poursuivi pour contrefaçon. Or, la contrefaçon est passible de 3 ans de prison et de 300.000 euros d'amende. Même si personne n'a jamais été puni de prison pour avoir télécharger, cette sanction était symboliquement lourde. Le gouvernement propose donc une gradation des réponses. Surpris à télécharger, c'est 38 euros d'amende. 150 euros si on met à disposition en même temps. C'est plus léger, c'est surtout très symbolique.

- Une copie privée maléable. La copie privée reste un droit, mais il sera contingenté et adapté aux différents médias par un "collège de médiateurs". On parle de trois à cinq copies autorisées pour un album. D'aucune pour un DVD, par exemple.

- L'interopérabilité exigée. C'est un des points les plus délicats : les mesures de protection des œuvres contre la copie sont ainsi faites qu'aujourd'hui, elles nous enchaînent à une machine. Achetez un morceau de musique sur le site de la Fnac, vous ne pourrez pas le lire sur votre iPod. Tout le monde est d'accord pour critiquer cet état de fait, imposé par les constructeurs. Le texte nouveau prévoit donc d'exiger l'interopérabilité. Mais d'ici à ce que de grands groupes comme Apple ou Microsoft obtempère, de l'eau passera sous les ponts.

Que devrait-il se passer dans les jours qui viennent ?

L'UMP travaille depuis décembre à motiver et rassembler les députés autour du projet du ministère de la Culture. Hormis quelques dissidences, la majorité devrait donc voter le texte et les nombreux amendements qui y seront ajoutés. Sauf grosse surprise, donc, la perspective d'une licence globale serait écartée. Mais le débat est loin d'être bouclé, et le sujet devrait revenir régulièrement sur la place publique.

Par Par Christophe ABRIC le 06 mars 2006 à 19:08
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8 Commentaires

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  • *****, le 07/03/2006 à 11h28

    Moi, je ne télécharge pas (je ne sais pas le faire) mais enregistrer un film sur cassettes vidéo, je sais et je le fais, c'est donc du pareil au même. cette loi c'est n'importe quoi, c'est juste pour ramasser de l'argent. les jeunes n'ont pas tous les moyens de s'acheter des cd ou des dvd (aux prix où ils sont) de toutes façons, ces politiques ne sont bons qu'à pondre des lois pour tout et n'importe quoi.

  • Feawing, le 07/03/2006 à 09h48

    Le terme même de "droit d'auteur" ne représente plus rien, je pense. Il vaudrait mieux utiliser le terme de "propriété intellectuelle" ou même de "données industrielles"... Car les vrais grands perdants de la license globale ne sont pas tant les artistes (qui ne touchent pas grand chose sur un morceau acheté en ligne) que les société d'édition (surnommée majors): Leur rôle d'intermédiaire indispensable a vécu: Aujourd'hui ils restent utile (communication, organisation des concerts...) mais plus indispensables. Tout le monde ne parle que de musique comme il y a quelques années lors des affaires audiogalaxy/napster. C'est être à la bourre. Il y a le cas particulier du cinema, dont les causes sont connues: ils sont victimes de leur paresse, comme le disait J-J Annaud dans la préface de 'Les ailes du courage'. Les dernières rupture techniques (Surrond, couleur) commencent à dater sérieusement, à tel point qu'un bon mais finalement abordable système Home Cinema permet de rendre justice à un film... Pourquoi dépenser plus?

  • Xx, le 07/03/2006 à 08h59

    Il y a un moyen tres simple d'arreter le P2P, on peut identifier ce service sans probleme sur internet, il suffit de facturer les paquets de données echangées aux internautes, plus il consommera, plus ca sera cher, comme sur TRANSPAC, au final, telecharger une video, un logiciel, une musique coutera 10 fois plus cher, si ce ne sont pas des sites legaux, le probleme est définitivement réglé, je vois pas ou est le probleme et pourquoi on se prend la tete inutilement. il va y'avoir pire que le P2P, bientot il y'aura un systeme de transfert de fichier par mail, basé sur le meme principe, vous allez faire quoi? ouvrir les courriers personnels des gens. Il faudra tout recommencer. Les politiques n'ont rien dans la tête J'utilise aussi bien virginmega,fnac, et du P2P quand je trouve pas ce que je cherche en France. C'est pourtant pas compliquer surtout si c'est l'etat qui l'impose.

  • Vastre, le 07/03/2006 à 05h27

    Si les oeuvres artistiques sont propriété de leur auteur, pourquoi les auteurs ne les conservent-ils pas pour eux. Quelle idée ont-ils de les graver sur des CD. La musique que j'écris n'est diffusée ni sur internet, ni à la FNAC. Et personne ne la copie. Je la garde pour moi et la joue pour mes amis.

  • Thomas, le 07/03/2006 à 00h02

    Qui dit sanctions dit flicage et surveillance, pour attrapper les coupables. Quelles sont les repercussions sur la vie privée ? Les FAI vont-ils dénoncer leurs clients à partir de certains niveaux d'usage ? Va-t-on mettre en place des brigades de surveillance internet ? C'est bizarre, personne ne parle de cet aspect du problème...

  • Lohey, le 06/03/2006 à 22h53

    Qui pose les questions et qui répond dans cet "article" ? N'est-ce pas une des bases du journalisme de citer ses sources ? La réponse qui indique que ce sera dure de faire optempérer l'industrie est hallucinante et prouve combien ce sont eux qui font la loi de nos jours au lieu de s'y soumettre, comme ce devrait être le cas dans une démocratie. Enfin, ce texte n'évoque pas le comportement anti-artistique au possible de la SACEM et cette industrie qui vend des produits, pas de l'art... etc. C'est pourtant un des points principaux continuellement rappelé sur tous les espaces de communication sur ce sujet. Enfin, télécharger de la musique n'est pas illégal en soi ! Là encore, d'où sortez vous ça ? Qui a été condamné en France pour l'avoir fait ? Un article qui se prétend expliquer la situation et qui l'ignore à ce point est peu crédible.

  • Dequesne, le 06/03/2006 à 22h18

    A mon avis le fait d'enregistrer pour son plaisir personnel n'a rien a voir avec le fait d'enregistrer pour en faire un commerce ;sur internet on peut traquer facilement les tricheurs ,sur un magnetophone ni vu ni connu ! et les cassettes video alors ?en principe on ne peut les preter a son entourage je me trompe ? un magazine de programmes tele joignait dans ses pages la jaquette du film du dimanche ;

  • Moi, le 06/03/2006 à 20h05

    Bonsoir. Suite aux bruits sur les telechargements de la musique, je n'ai chargé que 2 morceaux de musique en 8 ans. Je suis d'accord pour payer, mais que l'ETAT supprime les taxes sur les supports. Le DVD est - cher à l'étranger...A+

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