
C'était un lundi étrange au ministère de la Culture. A l'extérieur, rue de Valois, on croisait quelques jeunes adultes faisant le pied de grue, une vieille console NES de Nintendo sous le bras. Plus haut, dans les salons, on a vu un ministre tout sourire louer les qualités du "formidable Mario 3", avant d'évoquer "des princesses qu'il fallait délivrer des griffes de Ganondorf pour sauver le royaume d'Hyrule". C'était un lundi longtemps attendu par l'industrie du jeu vidéo, le jour où l'Etat lui a enfin fait honneur.
Trois grands créateurs de jeux, un Japonais et deux Français, ont reçu la médaille de Chevalier des Arts et Lettres, remise par Renaud Donnedieu de Vabres, qui voulait ainsi les remercier d'avoir "inventé de nouvelles façons de représenter notre monde". Shigeru Miyamoto, créateur des mythiques Mario et Zelda, fut honoré le premier, décrit par le ministre comme le "Spielberg du jeu vidéo" auquel il "a donné ses lettres de noblesse". Arborant avec fierté la médaille épinglée au revers de sa veste, Miyamoto s'est déclaré fier "d'être récompensé sur la terre des impressionnistes". Plus tard, le créateur, qui voit dans les jeux vidéos "une culture plus qu'un art", exprimera sa joie en soulignant qu'au Japon, il n'a jamais été distingué par un ministère".
Michel Ancel, créateur de Rayman ou de King Kong, et Frédérick Raynal, concepteur d'Alone in the dark, suivirent. Le premier remercia a posteriori le proviseur qui l'avait laissé continuer à travailler sa passion pour le jeu vidéo quand il était encore adolescent, et a souligné la "responsabilité" qui incombait aux créateurs de jeux vidéo : "j'espère travailler sur des jeux épanouissants", a-t-il ainsi affirmé. Frédérick Raynal a pour sa part remercié le ministre "pour la reconnaissance des artistes français du jeu vidéo" exprimée avec ces distinctions.
Passée la cérémonie, tout le monde semblait satisfait de ce geste. Un ministre heureux de se reposer des lourds dossiers qu'il traîne depuis de longues semaines, et une industrie française qui semble enfin toucher à la reconnaissance et aux aides qu'elle réclame depuis des années. Même Jean-Claude Larue, président du syndicat des éditeurs de logiciels de loisir (SELL), souriait et semblait optimiste pour l'avenir du jeu vidéo français. C'était un lundi pas comme les autres au ministère de la Culture...
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