
Même quand elle n'a aucun nouveau produit en vue, Apple est objet de rumeurs. La dernière fait fureur sur les sites économiques américains les plus sérieux, et a pour source... un amendement français. Apple préférerait quitter la France plutôt que d'avoir à ouvrir ses fichiers aux autres baladeurs, comme le voudrait le projet de loi sur le droit d'auteur français.
Le modèle exclusif menacé
L'article 7 du projet de loi DADVSI, qui a fini par être adopté par l'Assemblée ce mardi, est l'article qui consacre à la fois la protection juridique des mesures techniques de protection et l'obligation d'interopérabilité. L'article précise en effet que "les mesures techniques ne doivent pas avoir pour effet d'empêcher la mise en œuvre effective de l'interopérabilité, dans le respect du droit d'auteur". En d'autres termes, un procédé qui protège un fichier contre la copie ne doit pas l'empêcher d'être lu sur tout baladeur.
Apple pourrait être particulièrement concerné par ce point : les morceaux vendus sur l'iTunes Music Store sont au format AAC et protégés par une technologie que seuls les iPod, baladeurs de la marque peuvent lire. Le projet de loi pourrait donc contraindre Apple à laisser les lecteurs concurrents lire les morceaux achetés sur iTunes. Or, le couplage exclusif entre la boutique et le baladeur à la pomme est l'un des facteurs de la réussite de l'iPod.
Une dépêche a tout lancé
Bien évidemment, Apple ne serait pas le seul concerné : Sony est dans le même cas. Et des boutiques en ligne comme celles de la Fnac ou Virgin seraient indirectement concernées car elles utilisent un format protégé, le WMV, qui ne tourne pas sur... les iPod et les baladeurs Sony.
Mais force de frappe et puissance symbolique ont fait qu'Apple a monopolisé l'attention des médias et des économistes américains. Tout a commencé avec une dépêche en anglais de l'agence Reuters, vite reprise sur de nombreux blogs et médias américains. Vite, les analystes ont eu leur avis sur la question.
Selon eux, la réaction d'Apple ne fait aucun doute : le marché français est minime, et le risque d'escalade trop grand. Apple ne veut pas ouvrir son format dans un pays et prendre ainsi le risque d'y être par la suite obligé sur d'autres marchés. Il pourrait ainsi se priver de l'iTunes Music Store en France, un sacrifice minime, estiment certains.
Apple répond, les spéculations enflent
Mais ce ne sont pour l'instant que des avis d'analystes. Apple a brièvement réagi à la décision française, qu'une porte-parole a décrite comme "encourageant un piratage d'Etat", susceptible de "miner l'offre légale" et de renforcer paradoxalement la vente d'iPod.
Mais la marque n'a rien laissé filtrer quant à une éventuelle action, et laisse tranquillement la rumeur s'installer. Peu à peu, celle-ci gonfle : on peut lire certains articles prévoyant par exemple l'arrêt de la commercialisation de l'iPod en France ou d'autres présentant de telles décisions de la marque comme une 'menace' de la marque.
Or, si l'iTMS est concerné par le texte, le iPod en tant que tel l'est moins : il peut accueillir et lire les fichiers mp3 ou WAV. L'hypothèse d'un retrait de l'iPod ne fait non seulement pas sens, mais elle donne surtout une importance démesurée à ce qui ne reste qu'une marque : certains aimeraient faire croire, semble-t-il, à une possible portée politique des décisions de la pomme... Ce n'est qu'un baladeur parmi d'autres, après tout...
Polémique sur la réponse d'Apple |
"L'application par la France de la directive européenne sur les droits d'auteur va se traduire par une culture officielle du piratage. Si cela se traduit dans les faits, les ventes légales de musique vont fortement baisser au moment même où des alternatives légales au piratage sont acceptées par les consommateurs". Cette phrase d'Apple a été condamnée mercredi par la ligue ODEBI, qui "fait savoir à la société Apple computer qu'elle est priée de s'occuper de ce qui la regarde, et de ne pas s'ingérer dans le processus législatif français". "Si Apple veut faire des affaires en France, il lui faut comprendre qu'il lui est imposé de respecter les droits des français", poursuit la ligue ODEBI. |
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