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"Les DRM sont stupides"

Edité par
le 16 mai 2006 à 16h36
Temps de lecture
5min
Capture Bleep.com mp3 musique en ligne lci.fr tf1.fr
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High-TechCe n'est pas un téléchargeur qui dit cela, ni un ado, ni un militant du numérique. C'est Ged Day, patron de Bleep, un site de musique en ligne qui vend des morceaux sans aucun DRM, et en est fier. Il raconte pourquoi à lci.fr.

Warp est un label électro pointu et éclectique, qui ne s'est jamais contenté de reproduire les recettes trop faciles. Il en a fait la preuve en ouvrant sa boutique en ligne, Bleep, qui vend des morceaux au format numérique, en mp3, sans aucun DRM(Digital Rights Management, mesures de protection technique). Un pari risqué, que le label a osé faire grâce à l'insistance de Ged Day, aujourd'hui manager du label. Lci.fr l'a rencontré à Montréal, lors d'un congrès sur la musique numérique. Il s'est entretenu longuement avec nous : nous avons parlé de sa boutique, du nouveau rapport qu'on entretient avec la musique et, bien sûr, des DRM.

LCI.fr : Quand vous avez créé Bleep, avez vous tout de suite pensé au mp3 ?

Ged Day : L'idée nous est venue en 2002-2004. A l'époque, pas un magasin de musique en ligne n'offrait la musique que nous aurions aimée acheter. Mais le peer-to-peer, oui. On téléchargeait beaucoup à l'époque, on trouvait ça fantastique, tout en reconnaissant que si une offre encore meilleure existait, nous serions prêts à payer.

On a tout de suite pensé au mp3, oui. C'était certes une proposition effrayante, surtout pour le patron : vendre des mp3 non protégés, ça pouvait conduire à la fin du label. Mais notre catalogue était déjà disponible sur les réseaux peer-to-peer, et les gens qui téléchargeaient nous disaient que nous ne leur offrions pas d'alternative. Pourquoi, donc, ne pas se lancer ?

Nous avons décidé de leur offrir un meilleur produit. Des morceaux de meilleur qualité, mieux encodés, bien indexés, faciles à trouver, rapides à télécharger.

Napster a éduqué les gens, les a familiarisé avec le téléchargement
Il s'agissait de concurrencer Napster et ses successeurs ?

Oui, exactement. D'ailleurs ce n'est que cela, Napster, le peer-to-peer : une histoire de compétition. Je resterai toujours admiratif, reconnaissant envers Napster. Ils ont éduqué les gens, les ont familiarisés avec le téléchargement, leur ont appris combien il était bon de pouvoir obtenir de la musique facilement et instantanément. Le but était ensuite d'offrir mieux encore, et de donner aux gens des raisons d'acheter.

Mais comment convaincre les labels de vendre en mp3, alors que l'industrie pousse à l'utilisation des DRM ?

Ça n'a pas été si difficile. D'abord, nous travaillions beaucoup avec des indépendants. Mais surtout, nous avions un argument de poids : nous sommes un label, nous l'avons fait et ne le regrettons pas. Résultat, les labels viennent, et proposent souvent en mp3 chez nous ce qu'ils vendent sous des formats protégés et propriétaires dans d'autres boutiques !

Pourquoi êtes-vous contre les DRM ?

Les formats propriétaires sont stupides et les DRM le sont donc, par conséquent. Certaines personnes se plaignent d'avoir acheté le même disque en vinyle, puis en CD, puis sur iTunes. Qu'ils attendent, et ils auront une nouvelle occasion de l'acheter, quand iTunes leur fera la publicité de leur nouveau format, d'une qualité "bien supérieure" ! Les gens commencent à brancher leur PC ou leur iPod sur la chaîne : ils vont bien vite se rendre compte qu'ils ont acheté de la musique de mauvaise qualité. Les gens ont adopté le mp3 pour sa souplesse : pourquoi s'attacheraient-ils à un format moins souple et de moins bonne qualité ?

Pourquoi hésiter ? Il faut se lancer dans le téléchargement et le numérique !
Vos morceaux ne sont donc pas protégés. Circulent-ils sur le p2p après avoir été achetés ?

Nous n'avons pas de statistiques nous permettant de savoir si les morceaux vendus circulent ensuite sur les réseaux. Mais nous savons une chose : nos clients ont plus tendance à nous recommander qu'à disséminer nos produits. Ils ont choisi de payer, ils ont ainsi choisi de soutenir un artiste, pourquoi le desserviraient-ils par la suite ?

Vous vantez la souplesse du mp3, des formats numériques. Vous vendez aussi des morceaux en format "lossless" (sans compression). Pour vous, le CD n'a donc plus d'avenir ?

Je pense vraiment que le CD n'aura plus de valeur dans 5 ans minimum. Il y a une opportunité à saisir, maintenant, et cela me laisse bouche bée de voir les acteurs du marché continuer à se poser la question de savoir s'il faut se lancer ou pas. C'est évident ! Il faut se lancer dans le téléchargement et le numérique ! Les gens n'ont JAMAIS été attachés au CD. Le vinyle est un objet, le CD un merdique morceau de plastique ! Il ne faut avoir aucun regret dans son abandon, il faut se lancer.

Mais, sans rapport à l'objet, comment valoriser la musique ?

En Grande-Bretagne, trois marchés sont aujourd'hui très dynamiques : la musique en ligne, d'abord. Les concerts, ensuite : jamais la scène britannique n'avait été aussi vivante, c'est une période euphorisante. Enfin... les 45 tours. Les gamins les adorent : c'est un objet génial, comme si le vinyle ne devait jamais mourir. Ils se fichent du CD, alors qu'ils estiment qu'un 45 tours est un objet qui mérite qu'on l'achète.

J'ai deux fils de 13 et 15 ans : quand ils achètent un 45 tours, il n'estiment pas avoir acheté un produit, mais avoir soutenu un groupe qu'ils aiment. Cela est d'autant plus vrai aujourd'hui qu'acheter la musique n'est plus une obligation, mais un choix. L'auditeur est donc plus impliqué, il participe activement à l'aventure d'un groupe.

Et l'on se prend à imaginer des groupes qui arrivent ainsi à gérer de longues carrières. Comme à la vieille époque.

Commenter cet article

  • Guillaume : Il se contredit ce monsieur: "On a tout de suite pensé au mp3" ensuite il dit: "Les formats propriétaires sont stupides" Si les formats propriétaires sont stupides pourquoi avoir choisi le mp3 qui est un format propriétaire? Si il était logique il aurait choisi le OGG qui est libre et de meilleur qualité. Sinon il faudrait que plus de de site dans ce genre apparaissent et dans d'autres registres musicaux.

    Le 24/05/2006 à 17h11
  • Stéphane : On a pas le choix d'utiliser ou non les DRM puisqu'un artiste sous contrat avec un label qui utilise les DMR sera protègé par ce moyen. Si on veut écouter cet artiste on sera obligé de "subir" la loi des DRM. Ca devrait être à l'artiste de choisir ce qu'il veut. Certains auront même intérêt à voir leur musique distribuée gratuitement pour augmenter leur notoriété. d'autres plus connus blinderont sciemment leur oeuvre pour limiter au maximum la copie. Ce qui me gêne plus est de savoir qu'une partie de la taxe pour la copie privée retournera aux labels qui utilisent massivement les DRM. pourquoi ? En plus il faudrait clairement établir la règle de l'information de l'utilisation ou non des DRM sur un disque vendu car l'utilisateur a le droit de savoir ce qu'il achète et le vendeur l'obligation d'informer. pour moi un DRM non signalé correspond à un virus ou en tout cas un vice caché du produit. On verra dans quelques années ce que les gens auront choisi DRM ou pas..., moi, j'ai déjà choisi !

    Le 17/05/2006 à 17h50
  • Axel : "lossless" signifie sans perte, et non pas sans compression. Il peut très bien y avoir compression sans perte, comme dans un fichier zip : les fichiers contenus sont identiques une fois décompressés.

    Le 17/05/2006 à 17h00
  • David Duriez : Patron de label,je rejoins tout à fait la position de Ged sur la question des DRM, nous avons d'ailleurs etait en 2004, le premier label français éléctro indépendant à proposer à la vente sur briquerouge.fr, non seulement du MP3 et du MP4 AAC (destiné à l'Ipod), mais surtout sans DRM et Ged explique extremement bien ma postion sur le sujet. L'avenir dira ce que les consommateurs en pensent.

    Le 17/05/2006 à 16h00
  • Mat : Très belle preuve d'ouverture d'esprit ! Bravo ! Personnellement je n'achéterai jamais un mp3 protégé, je considère cela comme du vole : l'accés à la culture doit rester libre et sans restriction !

    Le 17/05/2006 à 14h27
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