Rhapsody, c'est le nom d'un modèle diamétralement opposé au téléchargement légal qu'on connaît. L'idée : contre un abonnement mensuel, les internautes obtiennent le droit de télécharger autant de morceaux qu'ils veulent, de les transférer sur un lecteur mp3, ce tant qu'ils règlent leur forfait. Un modèle nouveau, qui commence à faire ses preuves. A Montréal, lci.fr a rencontré Tim Quirk, directeur général des contenus et de la programmation de Rhapsody. Son produit est différent, son discours aussi.
lci.fr - Quels sont le principe et l'histoire de Rhapsody ?
Tim Quirk - Tout est parti de l'idée d'un service d'abonnement à la musique, dans un style "buffet à volonté". Nous avons développé cette idée en 2001, au sein de la start-up listen.com. Jusqu'au jour du lancement, fin 2001, mon travail consistait à gérer les conditions folles qu'essayaient de nous imposer les labels. Il était par exemple hors de question de laisser les clients n'acheter qu'un seul morceau. Nous n'avions pas eu les licences de toutes les majors, nous travaillions surtout avec des indépendant, beaucoup de classique, de jazz aussi. Et tout ce que nous avions le droit de proposer, c'était de l'écoute illimitée.
Comment vous êtes vous développés ?
Listen.com a été racheté par Real. Et ce fut comme si nous étions un petit groupe de rock soudainement signé sur une major. Nous sommes soudainement passés de 10.000 à plusieurs de centaines de milliers d'abonnés. Aujourd'hui, tous services confondus, nous en avons 1,5 million.
Que propose Rhapsody aujourd'hui ?
Un service d'abonnement à la musique : la possibilité d'écouter des centaines de radios, mais aussi de télécharger sur son ordinateur autant d'albums, et de morceaux que vous le désirez. Et notre nouveau service, Rhapsody2Go, permet de transférer ces morceaux sur un lecteur mp3 compatible : vous pouvez y lire les morceaux tant que vous payez l'abonnement.
C'est presque l'opposé d'un modèle de vente au morceau, comme le propose iTunes...
Pour nous, iTunes représente surtout un grand pas en arrière. Certes, sans Apple, les maisons de disques n'auraient jamais pris la musique en ligne et la distribution numérique au sérieux. Mais il a donné dans le même temps l'illusion aux mêmes maisons de disques qu'elle pourraient continuer à vendre la musique de la même manière.
C'est une conception d'arrière garde. L'abonnement correspond plus à la consommation d'aujourd'hui : pour nous, la musique doit être perçue comme un service plutôt que comme un produit. Une fois l'abonnement payé, découvrir de nouvelles musiques ne vous coûtera que du temps.
Mais certains pourraient vous reprocher de faire perdre sa valeur à la musique...
Avant l'apparition du téléchargement, l'Américain dépensait en moyenne 60 $ par an dans des disques, ce qui représente quatre disques. Vous pouvez vous imaginer vivre avec quatre nouveaux disques à l'année seulement ? Moi pas. Alors voilà, pour juste un peu plus, maintenant, vous pouvez découvrir toute la musique que vous désirez.
Dans dix ans la plupart des gens auront accès à la musique via le concept du 'jukebox céleste' : n'importe quelle musique à n'importe quel moment. Les ventes physiques sont sur le déclin. On le sait. Et vous savez quoi ? Ce jukebox céleste, il est déjà là. Ça s'appelle le peer-to-peer. Et on ne va pas l'arrêter : tout ce qu'on peut faire c'est le concurrencer. Les maisons de disques sont ridicules de laisser passer une telle opportunité de gagner de l'argent. Ils préfèrent dire aux gens qu'ils ont tort.
En France, les maisons de disques se sont battues contre l'idée d'une 'licence globale' qui ressemble sur de nombreux points à votre système. Est-il facile de leur vendre votre concept ?
Pas toujours, non. On a souvent l'impression qu'elles ne comprennent rien à ce modèle économique, parce elles restent scotchées à l'idée de vendre des produits. Alors que Rhapsody, l'abonnement, c'est de la promotion qui vous rapporte de l'argent, c'est en quelque sorte la rentabilité de la promotion. Il faut savoir que les gens peuvent acheter les morceaux, pour les garder indéfiniment. Et ils les achètent; et ils soutiennent un groupe, ils vont aux concerts...
Mais est-ce bien rentable ? Pour vous ? Pour les maisons de disques, les majors ?
Les revenus augmentent, mais nos marges sont encore faibles. C'est dur de faire des bénéfices, mais c'est possible. Nous donnons aux labels une folle quantité d'argent. 30 à 50% de nos revenus viennent des indépendants.
Nous savons exactement combien de fois, où et quand chaque morceau a été joué. Nous sommes en outre dans un modèle de licence, souvent plus avantageux pour l'artiste que celui de la vente de détail. Et nous donnons donc tous les outils aux maisons de disques pour qu'elles répartissent correctement les gains.
A quand Rhapsody en France ?
On voulait se lancer en 2004 en Europe. Mais nous n'avons pas pu obtenir de licence raisonnable pour la Grande-Bretagne . Maintenant, on prend notre temps, on le lancera quand il sera bon. Je ne veux pas débarquer dans un pays pour dire "prenez notre magasin américain".






