le Sénat "bride" l'interopérabilité

le 10 mai 2006 à 15h28 , mis à jour le 10 mai 2006 à 17h15

Les sénateurs ont limité mardi soir le principe de l'interopérabilité inscrit dans le projet de loi sur le droit d'auteur, tel qu'il avait été adopté par les députés en première lecture. L'UDF, le PCF et les Verts ont voté contre, alors que l'UMP a voté pour l'article 7 amendé du projet de loi DADVSI.

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Au terme d'une longue soirée de débats, les sénateurs ont adopté un version amendée de l'article 7 du projet de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI), portant sur l'interopérabilité. Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabre, s'est félicité du "travail remarquable" des sénateurs, qui ont "clarifié" les dispositions votées par les députés.

L'UMP et les radicaux ont suivi les amendements proposés par le rapporteur Michel Thiollière (RDSE), qui visent à limiter et encadrer l'interopérabilité, c'est à dire le droit de lire une oeuvre sur le support de son choix. "Il est très important que l'interopérabilité ne se fasse pas au détriment du droit d'auteur", a soutenu le rapporteur. Ces amendements avaient reçu l'avis favorable du ministre de la Culture mais avaient provoqué une levée de boucliers d'associations d'internautes, de gestion de droits d'auteurs et de consommateurs. Le PS s'est abstenu, l'UDF, le PCF et les Verts ont voté contre.

Le Sénat retire au TGI tout pouvoir de garantir l'interopérabilité

Le nouveau texte modifie sensiblement une disposition de l'article 7 voté par l'Assemblée nationale, qui rendait le Tribunal de grande instance compétent sur des questions relatives à l'interopérabilité (lire notre article). Selon les termes la nouvelle mouture de l'article 7 adoptée par le Sénat, cette prérogative serait transformée en une mission de conciliation, c'est-à-dire d'interopérabilité négociée entre les parties, administrée par l'Autorité des mesures techniques de protection.

En revanche, le Sénat a préservé le bénéfice de l'exception pour décompilation et reprécisé l'obligation de détenir une autorisation de la CNIL pour installer des dispositifs de surveillance de l'usage des oeuvres. Les sénateurs ont également tenu à ce que les mesures techniques de protection (MPT ou DRM) ne brident pas l'accès aux oeuvres du domaine public.

"On passe d'une interopérabilité entière à une interopérabilité diminuée"

Dans les rangs de l'opposition au projet, les réactions ne se sont pas faites attendre. Jack Ralite, membre du Groupe Communiste Républicain et Citoyen, a estimé que le vote des sénateurs exprimait "un net recul par rapport à l'Assemblée nationale". Pour Bruno Retailleau (sans étiquette), la France ne sera "plus un pays précurseur", passant d'une "interopérabilité pleine et entière à une interopérabilité diminuée, qui sera négociée avec une autorité administrative qui pourra émettre un avis défavorable et un droit d'entrée".

L'UDF Philippe Nogrix s'est lui élevé contre le "risque que des pratiques ne brident la liberté de bien des auteurs" alors que Catherine Morin-Dessailly, une autre sénatrice UDF, a fustigé "les dangers de la généralisation des Mesures techniques de protection (MTP)" et prôné des "règles générales sur l'interopérabilité plutôt que de laisser à une autorité administrative le soin de fixer ces règles". Les sénateurs poursuivront l'examen du projet de loi mercredi après-midi.

le 10 mai 2006 à 15:28
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10 Commentaires

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  • Bertrand TSCHUDY, le 13/05/2006 à 16h08

    Bonjour, La dernière arme, c'est le consommateur qui la détient : refusons d'acheter des oeuvres protégées par des DRMs. Bertrand

  • Bruno, le 12/05/2006 à 09h32

    "Le PS s'est abstenu, l'UDF, le PCF et les Verts ont voté contre." Non c'est : L'UDF s'est abstenu, le PS, le PCF et les Verts ont voté contre. voyez ici : http://www.senat.fr/scrutin/s05-269.html

  • Nicolas D., le 11/05/2006 à 23h32

    Bon et bien c'est fini, nos amis les sénateurs ont décidé de faire croitre le taux de chomage, de faire disparaitre la créativité, de respecter les lobbys et leurs actionnaires aux détriments du peuple français. Les politiciens nous considèrent comme des enfants, attention parfois les enfants se rebellent ... En attendant, je n'achèterais plus de CD et DVD audio/vidéo. Dans quel pays il faut aller pour qu'on nous laisse travailler et vivre tranquillement. Liberté Egalité Fraternité ??? je n'y crois plus !

  • Rocher D, le 11/05/2006 à 15h44

    Et oui, une fois de plus, les utilisateurs de Linux sont laissés pour compte. S'il n'y a pas d'interopérabilité possible et que je ne peux pas lire un DVD honnetement acheté sur un PC légalement acheté tournant sous Linux librement installé et bien je n'acheterai plus de DVD ni de CD. Tans pis, mais ma liberté est à ce prix ...

  • Lapaluche, le 11/05/2006 à 11h05

    L'interropérabilité c'est mal. La Culture c'est interdit. Francais, il n'y a pas d'autres alternatives.

  • Marco, le 11/05/2006 à 10h25

    Vive les politiques, plus bandit qu'un simple internaute telechargeant de la musique! merci a vous messieurs

  • Martine CAMPO, le 11/05/2006 à 10h05

    La France toujours a reculons... et à grandes enjambées! Un protectionnisme outrancier, des politiques de plus en plus "disjonctés" de la réalité de leur pays... Une "cuisine intra muros" qui ne tient aucun compte ni de la "gestion de la cité", ni des aspirations et inquiétudes de la population... Déjà fragilisée socialement, rackettée par un fisc de plus en plus vorace - la pauvreté faisant masse devient un "marché" de plus en plus juteux... L'absurde et le ridicule de telles décisions ne sont que la pointe de l'iceberg... La France, "pays de la Liberté"???...

  • Bernard Marmotte, le 11/05/2006 à 02h05

    Et les amendements dits "Vivendi Universal" sont passés. Plusieurs sénateurs ont d'ailleurs fait allusion au fait qu'ils faisaient passer telle ou telle mesure pour faire plaisir à tel ou tel lobby culturel.

  • Feawing, le 10/05/2006 à 18h25

    Une intéropérabilité diminuée? C'est quoi ça? Soit je peux écouter les morceau que j'achète sur iTunes sur un autre lecteur que l'iPod, soit je ne peux pas. Si je ne peux pas, c'est qu'il n'y a pas d'intéropérabilité. Point. Les sénateurs sont au service diminués du public, je pense.

  • Stephane, le 10/05/2006 à 17h17

    Il fallait s'y attendre... Le lobby industriel a encore gagné (graissage de pattes chez les sénateurs ?) Au détriment des consommateurs, comme d'habitude, mais il y a bien longtemps qu'on se contrefout du client... Merci de publier

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