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Par Par Christophe ABRIC, le 15 juin 2006 à 16h09, mis à jour le le 15 juin 2006 à 16:20
Le débat sur la "neutralité du net" fait rage outre-Atlantique. Complexe et apparemment lointain, c'est pourtant un sujet essentiel pour l'avenir de l'Internet. lci.fr le décrypte avec l'aide de Bernard Benhamou, maître de conférence pour la Société de l'Information à Sciences-Po, et spécialiste des questions de gouvernance de l'Internet
20 septembre - A la rentrée, le fournisseur d’accès Free propose un abonnement ADSL haut-débit à 30€. 9Telecom suit rapidement, mais le reste de la concurrence garde ses tarifs élevés. Le haut-débit se démocratise, plus d’un million de Français y sont abonnés.Bernard Benhamou, a été membre de la délégation française au Sommet Mondial pour la Société de l'Information. Avec son aide, décryptage en sept points du compliqué débat sur la neutralité du net.
1 - Qu'entend-on par "neutralité du net" ?
La neutralité est l'un des concepts fondateurs de l'Internet, une volonté de ses architectes initiaux. Internet est un réseau neutre dans le sens où le réseau se contente de transporter les données, quelles qu'elles soient. "Internet est constitué de trois couches", résume Bernard Benhamou. "Le transport, les applications, et les informations échangées. La neutralité veut que ces trois couches n'interfèrent pas entre elles".
En d'autres termes, celui qui transporte les données n'intervient pas sur le traitement des informations ou sur les applications permettant ces échanges.
2 - En quoi cette neutralité est-elle essentielle à l'Internet ?
C'est grâce à cette neutralité que l'Internet permet la libre création d'applications, et la distribution de contenus et de services. On parle d'une architecture "de bout en bout" (end to end), où ce sont les utilisateurs, aux extrémités du réseau, qui créent la valeur sur le réseau.
Un internaute va poster un billet sur son weblog, un programmeur indépendant va développer un système de messagerie, ou un passionné va développer un nouveau programme d'échanges de fichiers. Puis les autres en bénéficieront, l'amélioreront... c'est ainsi que le Web a pu exister... Internet se "contente" alors de transporter tous ces flux d'informations.
Si nous devions nous diriger vers un réseau centralisé, explique Bernard Benhamou, "c'est la conception de l'Internet comme un bien commun qui pourrait être remise en cause". "Et si l'Internet est cet ensemble vivant, ce moteur de croissance et d'innovation dans nos sociétés, c'est en grande partie dû au principe de neutralité".
3 - Pourquoi les opérateurs américains veulent-ils remettre en cause ce principe ? Pour l'argent ?
Les portails et les grands sites comme Amazon, Google ou Yahoo payent déjà des sommes considérables aux opérateurs pour leur consommation de bande passante. Ce transport n'est pas "gratuit" : "un site comme Wikipedia, qui draine une audience énorme, a ainsi dû faire appel au mécénat pour financer ses serveurs et la bande passante", explique Bernard Benhamou.
Ce n'est pas juste une histoire de revenus, mais plutôt de prise de contrôle sur les applications de l'avenir. En effet, la diffusion audio, vidéos, ou la téléphonie sur IP, sont autant d'applications en plein développement qui concurrencent fortement des services... jusqu'ici contrôlés par des opérateurs. Il s'agirait donc pour eux de s'assurer un "contrôle sur le futur du réseau".
4 - Comment voudraient-ils remettre en cause ce principe ?
En facturant différemment le transport des données selon le type de données et surtout selon leur vitesse. Ils filtreraient en quelque sorte les contenus et les applications à l'entrée de l'autoroute. Les opérateurs justifient cela avec le concept de "fast lane" (voie rapide) : l'avantage, selon eux, serait de créer des voies prioritaires pour certains contenus plus lourds ou plus demandés. Mais cela leur permettrait aussi de contrôler la diffusion des contenus, puis les applications...
5 - Pourquoi parle-t-on d'un internet à péage ?
Cela pourrait faire passer l'Internet "d'une logique d'échange à une logique de diffusion", craint Bernard Benhamou. "On reviendrait à un esprit de bouquet de services et d'applications" : imaginez payer une certaine somme pour l'accès Internet, plus une certaine somme pour une application p2p, une autre pour Google Vidéo... "On ouvrirait la porte à un système centralisé. Les Français connaissent bien ce principe, on appelle cela le Minitel...".
6 - Pourquoi le débat est-il vif aux États-Unis, et moins en Europe ?
Parce que les opérateurs câble et DSL sont beaucoup plus puissants là-bas, et que dans la plupart des régions, les internautes n'ont le choix qu'entre deux ou trois opérateurs. En France, la multiplicité des FAI est pour l'instant un frein : le duopole américain donne un grand poids, économique, technique et politique à ces opérateurs, surtout lorsqu'ils sont adossés à des géants des télécoms ou des médias déjà très présents à Washington...
7 - Pourquoi nous y intéresser en Europe ?
Parce que ces questions dépassent le seul cadre de l'économie. Ces changements possibles vers un Internet centralisé ont également des conséquences politiques, culturelles et sociales. C'est la raison pour laquelle des pays comme la Chine mettent en places des outils "centralisés" leur permettant de contrôler le net et ses utilisateurs. Cela aurait aussi des conséquences culturelles et sociales, car cela freinerait l'élan d'innovation et d'échange d'idées qui est le moteur du développement de l'Internet.
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