
Il y a quinze-vingt ans, les étudiants allaient chercher dans les bibliothèques de quoi remplir leur devoir. Aujourd'hui, ils passent par Google : le plagiat est devenu courant chez des étudiants qui n'hésitent pas à copier-coller des pans de texte entier dans la rédaction de leurs travaux. La société Six Degrés a lancé un service de détection des plagiats, Compilatio, auquel ont souscrit plusieurs universités et grandes écoles. Il évoque ce phénomène pour lci.fr
Lci.fr : Les lycéens et étudiants ont de plus en plus recours à l'internet pour réaliser leurs devoirs et travaux. Sait-on s'ils sont nombreux à plagier des documents existants ?
Frédéric Agnès : Nous avons réalisé une étude avec une société indépendante, auprès d'environ 1000 étudiants et 200 enseignants, issus d'universités et de grandes écoles. Trois étudiants sur quatre y déclarent avoir recours au copier-coller. Ils estiment de même que trois travaux sur quatre contiennent au moins un passage plagié. Ce n'est pas forcément dramatique : auparavant, on le faisait avec des livres. Mais recopier un livre implique de lire le passage recopié. Avec le copier-coller, on peut survoler le passage plagié, sans plus d'effort.
On note surtout un usage décomplexé de la part des étudiants, qui estiment que c'est une pratique tolérée, entrée dans les mœurs. Ils ne le font pas par désintéressement, mais pour améliorer leur confort de travail...
Votre logiciel permet de détecter des passages plagiés. Les enseignants s'en servent-ils aussi pour dissuader les élèves ?
De nombreux témoignages de professeurs vont dans ce sens : ils nous disent qu'après avoir ouvertement utilisé le logiciel, et en avoir averti les élèves, ils ont constaté une nette amélioration dans la qualité des travaux, et une diminution des passages plagiés.
Ce qui est intéressant, c'est que ce service que nous destinions d'abord aux professeurs commence à intéresser les étudiants, qui voudraient vérifier qu'ils n'ont pas abusé du copier-coller ou qu'ils ont été assez scrupuleux dans leurs citations bibliographiques. Nous avons créé le Pompotron, qui leur permet de vérifier cela, sans pour autant leur donner toutes les clés qui leur permettraient de duper le logiciel destiné aux professeurs...
A côté de votre outil de surveillance a posteriori, n'y a-t-il pas un clair besoin de pédagogie, pour éviter ce genre de dérive ?
La moyenne d'âge de notre société est très basse : nous avons la plupart moins de trente ans, et étions encore étudiants il n'y a pas si longtemps... Nous ne sommes pas partis avec l'idée de faire un logiciel permettant d'envoyer les élèves en conseil de discipline. L'idée était de prévenir, d'encourager la pédagogie. Nous accompagnons des utilisateurs experts lors de la création de comptes. Mais c'est ensuite aux professeurs de bien expliquer l'intérêt qu'il y a à bien user de la citation.
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