

LCI.fr : En quelques mois à peine, Netvibes s'est imposé comme un site phare, un modèle du genre sur un terrain occupé par des géants comme Google. A quel besoin correspondait ce site lorsque vous l'avez créé ?
Tariq Krim : Pour notre site Génération MP3 (un réseau de blogs sur les gadgets créé par Tariq Krim), nous avions besoin de pouvoir surveiller les informations de plusieurs blogs en même temps. Netvibes a été conçu pour répondre à ce besoin, de façon agréable et conviviale. Nous avons sorti la première version en septembre 2005. Nous travaillions à deux, avec des collaborations ponctuelles. Nous sommes aujourd'hui une équipe de 15 personnes.
L'idée, c'est de pouvoir contrôler et arranger l'information qui arrive à nous. Nous nous sommes focalisés sur la simplicité, sur la possibilité de faire apparaître plusieurs flux RSS sur la même page, sans avoir à cliquer sur des répertoires ou devoir descendre dans la page.
Netvibes est-il un produit spécifique au web 2.0 ?
Je n'aime pas ce terme de web 2.0, mais en un sens oui. Ce que l'on a vu apparaître ces derniers mois avec l'explosion des blogs et du RSS, c'est une troisième voie, un nouveau moyen de navigation. Jusqu'ici, les gens arrivaient sur un site en tapant une adresse ou en cliquant sur les résultats d'une recherche. Avec les blogs, et les RSS, on fait venir à nous des fils d'informations qui nous envoient ailleurs, qui se font le point de départ d'un surf. C'est comme une excroissance du web.
Nous avons conçu Netvibes comme une application graphique, qui simplifie la visualisation de ce "nouveau web" : faire en sorte que l'utilisateur n'ait pas à se soucier de technologie, c'est le meilleur moyen de démocratiser l'internet et ces nouveaux services.
Netvibes bénéficie d'un succès d'estime, mais avec le public ?
Nous avons 4 millions d'utilisateurs. En France, nous commençons à toucher le grand public. Nous le savons grâce au support. Les questions que l'on nous pose sont celles d'utilisateurs non expérimentés : certains utilisateurs de Netvibes nous demandent ce que c'est qu'un Podcast. Mais ils savent se servir de notre site, c'est un bon point !
La moitié des utilisateurs sont Américains, mais il reste encore beaucoup de travail à faire là-bas : nous n'avons pas encore dépassé le stade des "early adopters" (ceux qui les premiers adoptent les produits). Dans la Silicon Valley, si la presse spécialisée ne parle pas de vous au moins une fois par semaine, vous n'existez pas. Nous ouvrons donc un bureau aux Etats-Unis, pour nous développer et toucher le grand public.
La concurrence est féroce : face à vous, on trouve Google et Microsoft...
Oui, mais nous sommes une plateforme indépendante, libre qui s'appuie sur des formats ouverts. Sur Google, le seul webmail auquel vous avez accès est GMail. Sur Microsoft, c'est Hotmail. Sur Netvibes, vous pouvez suivre le vôtre, quelle que soit votre adresse. En outre, nous permettons la personnalisation à l'infini, la possibilité de créer ses modules, ses tabs (onglets regroupant plusieurs fils) et de les partager. Nous favorisons ainsi la dimension sociale de ce logiciel, en permettant à des utilisateurs de faire connaître des blogs et des flux à d'autres.
Vous avez bénéficié d'investissements, mais quel est votre modèle économique ?
On espère que Netvibes aidera à briser le modèle classique, selon lequel posséder des informations sur les utilisateurs a de la valeur. Tout le monde est agacé par les newsletters commerciales, par les formulaires d'inscription et les mails de validation. L'idée est de profiter du RSS et d'autres technologies pour sortir les services d'une logique de portail et d'abonnement : imaginez un module dans Netvibes qui vous permette de trouver et réserver un billet d'avion sans avoir à passer par des pages superflues. C'est l'une des pistes.
On pense également au sponsoring. Les marques ont besoin de présence sur le web, et aujourd'hui, les RSS sont un grand vecteur : elles pourraient ainsi sponsoriser certains fils sur Netvibes... Le but est en tout cas de ne pas imposer de bannières : la publicité, plutôt qu'une invasion, peut être inventée comme un service.
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