Bob Young, fondateur de RedHat et Lulu.comLulu.com, c'est la rencontre d'une technologie et d'un besoin : grâce à de nouveaux systèmes d'impression, il est aujourd'hui possible d'imprimer un livre (un vrai, avec couverture souple en couleur, reliure collée...) à l'unité pour un prix modique. Toute personne ayant un manuscrit à disposition peut donc vendre son livre sans passer par un éditeur. Lulu.com se fait intermédiaire : on dépose son manuscrit sur le site, et les futurs lecteurs peuvent le commander.
Lulu.com a été fondé par Bob Young, le créateur du logiciel open-source Red Hat. Il était de passage à Paris à la mi-septembre, LCI.fr l'a alors rencontré.
LCI.fr - Comment vous est venue l'idée de Lulu.com ?
Bob Young : En quittant RedHat (éditeur de logiciels libres), j'ai cherché à monter une entreprise fonctionnant sur le même principe. Or, au même moment, les maisons de disques américaines lançaient leurs poursuites contre les téléchargeurs. C'était d'une stupidité sans nom : le rôle d'une entreprise est de se mettre au service de ses clients, pas de les poursuivre. J'ai constaté le même genre de contresens dans le monde de l'édition. Les éditeurs sont aujourd'hui à la recherche de la seule profitabilité, non au service du public. Ils agissent comme un filtre, et bloquent ainsi l'accès à de nombreux auteurs. Ils vous diront que c'est parce que le livre est mauvais. Mais c'est plus souvent parce qu'ils n'en ont pas besoin, ou qu'ils ne l'imaginent pas rentable. C'est ce filtre que je compte attaquer avec Lulu.com
LCI.fr : Comment fonctionne Lulu.com ?
B.Y : Aujourd'hui, grâce à de nouvelles machines fabriquées par Xerox, on peut imprimer un vrai livre en un exemplaire pour un coût modique. Nous facturons la page à 2 cents, puis prenons 10% du prix. Si un auteur publie un livre de 300 pages qu'il vend 15€, nous lui facturons donc un peu plus de 7€. Il touchera donc environ 7€ par livre vendu, soit beaucoup plus que dans l'édition traditionnelle.
LCI.fr : Y a-t-il eu de gros succès sur Lulu.com ? Comment les livres sont-ils mis en avant ?
B.Y. : Nous n'avons pas eu de blockbuster à la Harry Potter, si c'est ce que vous voulez savoir. Notre plus grosse vente est un livre d'entreprise, commandé à 40.000 exemplaires. Mais ce n'est pas notre but : la base de notre système, ce sont les "petites" ventes. Un utilisateur de Lulu.com a publié un livre sur les répliques de montres anciennes. C'est un très beau livre, très documenté. Il le vend à 49$. L'impression lui coûte 12$, le reste va directement dans sa poche. Il n'en vend pas énormément, pas assez pour intéresser un éditeur. Mais c'est un bouquin très précieux pour les collectionneurs, et l'auteur en a vendu près d'un millier l'an, dernier. Faites le calcul, il en vit très bien...
LCI.fr : Mais si tout le monde peut déposer son manuscrit, comment ressortir de cette masse d'ouvrages ?
B.Y. : Nous disposons, sur Lulu.com, de tous les outils de mise en avant, de notation des utilisateurs, de commentaires. Mais c'est ensuite comme partout : il y a les gens qui savent vendre leur produit, ceux qui ne le savent pas. Les auteurs qui savent ce que leur public attend, qui savent où le trouver, réussiront. Parce qu'aujourd'hui, il y a des milliers de niches à satisfaire, une demande quasi infinie pour des livres spécialisés. Je cherchais l'autre jour un livre m'expliquant comment bien réussir mes photos de nuit avec un appareil numérique. Il n'existait que des livres comportant un petit chapitre sur le sujet, parce qu'un éditeur ne peut se lancer dans l'édition d'ouvrages si spécialisés. Nous, nous le pouvons.
LCI.fr : Mais dans ce cas, n'êtes vous pas concurrencés par les weblogs, qui débordent également d'écrits de spécialistes ?
B.Y. : Certes. Mais il y aura toujours l'attachement à l'objet, sa souplesse d'utilisation. Et surtout, l'autorité qu'il confère à ce qui est écrit à l'intérieur : quand on achète un livre, on ne repose pas sur un système collaboratif, mais sur les écrits d'un auteur avec une vision claire et définie.
LCI.fr : Lulu.com est-il rentable ?
B.Y. : Nous avions fait 1 million de dollars de chiffre d'affaire en 2004. Nous devrions en réaliser 16 millions cette année. Notre développement est constant, car très organique : il repose essentiellement sur le bouche-à-oreille. Nous avons publié 80.000 livres, et 1500 nouveaux arrivent chaque semaine. En France, nous avons déjà plusieurs centaines de références, et cela grandit chaque semaine.
Retour MYTF1





