Philippe Bailly, président de NPA Conseil © DRLa semaine dernière, NPA Conseil organisait une journée de colloque intitulée : "les champs de confrontation de l'audiovisuel de demain". Un intitulé volontiers mordant pour évoquer un monde en pleine ébullition, celui de l'audiovisuel confronté aussi bien à la migration du public vers internet qu'à l'apparition de nouveaux acteurs, qu'il s'agisse de site de vidéo en ligne ou de fournisseurs d'accès de plus en plus puissants. Durant cette journée, diffuseurs, producteurs, opérateurs, patrons de start-ups ont confronté leurs visions. Bilan avec Philippe Bailly, président de NPA Conseil.
LCI.fr : l'intitulé du colloque parlait de confrontation : les avez perçues comme fortes pendant cette journée ?
Philippe Bailly : Non, au contraire. Tous les opérateurs, qu'ils s'occupent d'infrastructure, de contenus ou de services, ont été unanimes pour dire qu'ils ne cherchaient pas la confrontation, mais plutôt la complémentarité. On est bien plus dans une stratégie de cohabitation que d'élimination.
Il faut dire que jusqu'ici, dans ce domaine, aucune technologie n'a tué celle qui la précédait : la télé n'a pas tué le cinéma, la vidéo n'a pas tué la télé. Il n'y a pas de raison que le web tue la télé, ou que la télévision sur mobile mette fin à la vidéo sur le web. La question qui semblait préoccuper tous les acteurs présents était plutôt la suivante : comment organiser leur coexistence de manière harmonieuse.
La question est cependant délicate, car se posent deux questions : d'abord savoir qui, de la publicité ou du consommateur, financera les contenus et leurs diffusions. Ensuite, que faire de ce nouvel utilisateur qui devient aujourd'hui acteur des médias grâce à la démocratisation des moyens de production et de diffusion ?
LCI.fr : Pour régler cette coexistence, ne sent-on pas un besoin de revoir la chronologie des médias ?
P.B : Les cycles que l'on connaît aujourd'hui sont longs : entre la sortie d'un film au cinéma, sa sortie en vidéo et sa diffusion à la télé, il peut se passer beaucoup de temps, ce qui pénalise la dernière exploitation. Quand un film passe à la télévision deux ans après sa sortie en salles, il souffre de ces délais.
Chacun se demande donc comment resserrer ce cycle d'exploitation, tout en prenant en compte de nouveaux enjeux. Parmi eux, la pression du piratage : si un contenu n'est pas disponible à un délai raisonnable, à un prix et dans une qualité acceptables, le consommateur va être d'autant plus tenté d'avoir recours au piratage.
Il faut prendre cela en compte lorsque l'on prépare l'avenir, sans pour autant compromettre le présent : doit-on déstabiliser le marché encore important de la vidéo pour faire vivre la vidéo à la demande encore en développement ? Gérer ces transitions est une tâche délicate.
LCI.fr : On le voit à la liste de vos intervenants : l'audiovisuel voit arriver de nombreux nouveaux acteurs et des frontières entre les métiers de plus en plus poreuses. N'est ce pas dangereux ?
P.B. : Nous sommes dans une phase d'ébullition, et chacun est en effet tenté d'aller faire le métier du voisin. Mais comme cela a été le cas pour les portails internet il y a 7-8 ans, cela va rapidement se restructurer. Quand à la porosité des frontières entre les métiers, elle n'implique pas nécessairement une confrontation. Quand les fournisseurs d'accès commencent à s'intéresser aux contenus, ils ne font pas autre chose que les câblo-opérateurs aux Etats-Unis, leurs équivalents Outre- Atlantique.
Je suis confiant : les équilibres vont être retrouvés, avec une présence forte des acteurs traditionnels, structurants en matière de marque. Le consommateur, au final, a besoin d'être diverti, et rassuré...
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