Last.fm a été créé en 2002Last.Fm est l'un des tous premiers services de partage et de suggestion de musique existant. En comparant les playlists des utilisateurs inscrits, il est capable de vous recommander des artistes que vous ne connaissez pas en fonction de ceux que vous écoutez déjà. Après plusieurs années d'existence, le site sort mardi en version française. LCI.Fr a eu l'occasion d'interviewer Felix Muller, l'un de ses fondateurs.
LCI.Fr : Last.fm existe depuis longtemps déjà. Comment l'idée vous est-elle venue ?
Felix Muller : En 2002, avec un ami, nous avions monté un "net label". Nous essayions de produire et faire connaître des artistes en ligne. Mais nous étions hors du circuit et donc du cercle qui veut qu'il faut une bonne promotion pour être bien distribué, et que si vous n'êtes pas bien distribué vous n'aurez pas de bonne promo...
Napster avait ouvert une voie. Non pas tant pour sa fonction de recherche, car on ne cherche que ce que l'on connaît déjà, mais par la possibilité d'explorer les dossiers d'un autre utilisateur. Tout est parti de là : si je partage 80% des goûts d'une autre personne, il y a de fortes chances pour que je sois intéressé par les 20% de sa discothèque que je ne connais pas.
Mais pour qu'un tel système soit viable, il faut que vous ayez beaucoup d'utilisateurs, beaucoup de discothèques à comparer...
F.M. : Oui. Nous avions besoin d'une source externe pour enrichir notre base de données. C'est pour cela que Last.fm n'a vraiment décollé qu'avec l'acquisition d'Audioscrobbler. Il s'agissait d'un plug-in pour WinAmp qui permettait de partager ses playlists. La personne qui l'avait développé nous a rejoint, et Last.fm a véritablement décollé : nous avons tout réécrit. Aujourd'hui, nous avons 15 millions de visiteurs uniques chaque mois.
D'autres systèmes existent aujourd'hui, qui préfèrent analyser la musique (tempo, sonorités, structure) pour suggérer des découvertes. En quoi Last.fm, qui repose sur la recommandation sociale, vous semble-t-il plus pertinent ?
F.M. : Je ne pense pas qu'on puisse développer un bon outil de recommandation en s'appuyant sur la seule technique. Ne serait-ce que parce que pour avoir de bonnes recommandations, il faut analyser des tonnes de musique, un travail sans fin. Ces services sont par exemple encore très faibles sur la musique classique. De manière plus générale, nous avons bien plus confiance dans le choix des gens : c'est toujours comme cela que la musique s'est transmise...
Comment financez-vous Last.fm ?
F.M : Par la publicité, un système d'abonnement premium et des commissions sur les ventes en ligne.
Quelles sont vos ambitions, aujourd'hui, pour Last.fm ?
F.M. : Devenir la seule plateforme musicale dont les internautes ont besoin. Nous développons déjà des forums, une boutique en ligne, une billetterie.
Mais Last.fm reste un outil réservé à l'ordinateur. Pensez vous à lui trouver un système mobile ?
F.M. : Bien évidemment. Mais pas tout de suite : nous attendons le bon moment pour le lancer. La technologie n'est pas encore au point, et il reste un énorme point noir, les DRM (mesures de protection technique). Tant qu'une solution ne fonctionnera pas pour tout le monde, cela ne vaudra pas la peine. Mais il est clair qu'on ne va pas resté lié au PC pour toujours.
Justement, un service qui permet à tout le monde d'écouter toute la musique qu'il souhaite, n'est-ce pas la parfaite bête noire des majors ?
F.M. : Non, les labels nous adorent. Ils ont un mal fou à promouvoir leurs artistes en développement et leur "back catalogue" : on se charge de cela pour eux, on offre une visibilité à leurs niches.
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