Steve Jobs, patron d'AppleSteve Jobs, le dirigeant d'Apple, communique peu, mais communique fort, et sait ménager ses effets de surprise. Mardi soir, sur la page principale du site de la marque, un lien invitait à lire une longue lettre ouverte, "Réflexions sur la musique", rédigée par Jobs lui même, dans laquelle il invite les majors du disque à abandonner les mesures de protection techniques, ou DRM, "qui n'ont jamais réussi à freiner le piratage".
Longue de trois pages, la lettre explique que si Apple a verrouillé les morceaux vendus sur sa boutique de musique en ligne, l'iTunes Music Store, c'est parce que les majors l'exigeaient : "Une des clauses de nos accords avec l'industrie musicale expliquait que si notre système de DRM venait à être contourné, permettant à notre musique d'être jouée sur d'autres lecteurs [que l'iPod], nous n'aurions que quelques semaines pour réparer le problème, sans quoi les majors pourraient retirer l'intégralité de leur catalogue de l'iTunes Music Store".
22 chansons protégées par iPod
Apple n'a selon Jobs aucun intérêt à maintenir les DRM. Il explique ainsi qu'en moyenne, "un iPod ne contient que 22 chansons achetées sur iTunes" alors que la majorité des iPods sont pleins : "Clairement, les utilisateurs d'iPod ne sont pas bloqués par l'iTunes Music Store dans l'acquisition de la musique", explique-t-il.
Mais il ne veut pas pour autant permettre aux autres constructeurs d'utiliser son système de DRM : "cela casserait le secret qui permet la protection, et Apple ne pourrait plus garantir la protection qu'il a promise aux maisons de disques".
Steve Jobs ne voit donc qu'une solution : "abolir complètement les DRM". "C'est sans aucun doute la meilleure alternative pour les consommateurs, et Apple l'adopterait en un clin d'œil", affirme-t-il sans équivoque. Il estime que les maisons de disques pourraient sans problème le suivre, simplement parce que "les DRM n'ont jamais réussi, et ne réussiront probablement jamais, à arrêter le piratage de la musique". Il en veut pour preuve la contradiction, qui voit les maisons de disques continuer à vendre des CD qui ne sont pas, eux, protégés, tout en verrouillant les formats numériques.
Jobs surfe sur la vague
Ce coup d'éclat de Jobs tombe à point nommé. L'abandon des DRM est un thème en vogue : la major EMI s'y est essayée avec Yahoo!, les indépendants ont su vendre plus de morceaux en adoptant le mp3 non protégé, soutenus en France par des boutiques comme Virgin ou FnacMusic. Aux Etats-Unis, la seconde plateforme la plus populaire, eMusic, ne vend que des mp3 (voir nos articles à droite).
Il faut également dire que FairPlay, le DRM d'Apple est de plus en plus contesté. En Norvège, il a été déclaré hors la loi. Dans d'autres pays d'Europe, dont la France, les associations de consommateurs agissent pour son abolition. Comme le dit Steve Jobs, "c'est en Europe que la question des DRM a été soulevée en premier". Et aujourd'hui, s'impliquer sur cette question lui permettrait de redorer une image ternie par des protections... qui ne servent à rien.
| Virginmega et Fnacmusic saluent la position d'Apple |
Les plateformes françaises de vente de musique sur internet Virginmega et Fnacmusic ont salué les propos Steve Jobs, patron d'Apple : "C'est une grande victoire pour l'industrie et pour les consommateurs de musique en ligne", a estimé Julien Ulrich, directeur général de Virginmega.fr, qui a souligné que "les majors seront les derniers acteurs à convaincre de la nécessité de proposer des titres sans verrou". Pour sa part, la Fnac, propriétaire de Fnacmusic, a estimé "très important" qu'Apple prenne cette position. Par ailleurs, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, a demandé au ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres d'intervenir auprès des quatre majors du disque (Universal, Sony-BMG, EMI et Warner) pour qu'elles retirent les protections des fichiers musicaux qu'elle vendent sur les plateformes internet. |
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