© INTERNE"Dégoûtée". Marie-Thérèse est "dégoûtée". Une expression qui revient sans cesse lorsque cette retraitée de 66 ans à l'accent du Tarn bien prononcé évoque sa récente mésaventure. Moins d'une semaine après sa condamnation, cette rurale qui habite à une dizaine de kilomètres de Montauban n'en est toujours pas revenue.
A l'origine, il y a cette passion ordinaire pour la chanson française et l'envie d'écouter aujourd'hui les tubes d'hier. "Je ne trouvais pas les titres que je voulais au Leclerc de Montauban, pas trop loin de chez moi. La solution, c'était de les télécharger en MP3." Marie-Thérèse possède un ordinateur connecté à Internet qu'elle est la seule à utiliser, son mari ayant des "problèmes de vue". Elle installe donc un logiciel "peer to peer" (qui permet l'échange de tous types de fichiers entre ordinateurs), commence à télécharger et donc à pirater. "Juste pour écouter de temps en temps."
"Ils avaient peur que je cache quelque chose"
Comme elle n'a pas le haut débit, le téléchargement prend des lustres, à tel point que "les gens qui voulaient [lui] prendre des chansons en peer to peer n'en avaient qu'un petit bout". Fan sans conteste, elle arrive néanmoins à télécharger tout Moustaki, un peu de musique classique et Dany Brillant, Bourvil, Jean Ferrat et Phil Barney ("Avoir un seul enfant de toi", c'est lui). Et puis Tino Rossi, Joe Dassin, Nicole Croisille, Pierre Perret, Etienne Daho, Kyo ("On les entend plus eux", précise Marie-Thérèse) et d'autres.
Février 2005, on lui coupe son accès et le lendemain, elle reçoit un coup de fil de deux policiers du SRPJ de Toulouse. Perdus dans la campagne, ils n'ont pas trouvé son domicile. A Marie-Thérèse de leur indiquer le chemin. Arrivés à 7 heures et demie, ils vont rester cinq heures. "Ils me suivaient partout, ils avaient peur que je me fasse mal ou que je cache quelque chose." Un mandat, des larmes et 48 CD gravés et un disque dur confisqués plus tard, les agents repartent. "J'ai eu la bêtise de laisser les 2889 titres qu'ils ont trouvé sur le logiciel."
La condamnation fait le tour de la planète
Elle aura beau expliquer que c'est pour son "plaisir personnel", Marie-Thérèse devra se rendre au tribunal. A deux reprises, ses enfants "posent leur journée" pour l'accompagner à son procès et à deux reprises, le procès est ajourné. Il a finalement lieu le 2 février. Son beau-frère et sa belle-sœur l'accompagnent. "J'ai mal dormi pendant des semaines." La suite, on la connaît : elle est condamnée à payer 495,50 euros de dommages et intérêts, plus 750 euros pour compenser les frais d'avocat de le partie adverse. La Tarnaise l'a bien compris, elle doit servir d'exemple pour les millions de téléchargeurs pirates français.
En quelques jours, son histoire fait le tour du web français. La "Mamie pirate" devient l'une des figures de la lutte pour la gratuité du téléchargement, jusque sur des blogs argentins. Un rôle que se garde bien d'accepter la condamnée, qui aimerait seulement "pouvoir contacter les chanteurs pour savoir ce qu'ils en pensent". Johnny notamment, dont elle a vu plusieurs concerts. Même si le dernier, à Marseille, à cause de l'affaire, a été "moins apprécié".
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