Le site d'échanges de vidéo Kewego"Surpris" et même "interloqué". Contacté par LCI.fr, Olivier Heckmann, le directeur général et cofondateur de Kewego, site de partage de vidéos sur Internet, n'en revient toujours pas de l'offensive de Canal + contre son entreprise.
La chaîne de télévision vient d'assigner Kewego pour "contrefaçon et parasitisme". Elle lui reproche de mettre à disposition des internautes des extraits de ses émissions phares comme Les Guignols de l'info, Groland, ou les meilleurs moments de feu Nulle Part Ailleurs. Kewego, petite entreprise comparée aux géants YouTube et DailyMotion, a la particularité de vendre sa technologie à des groupes de médias. Comme M6, pour laquelle elle a conçu le site Wideo ou encore France Televisions et L'Equipe TV. Le site de Kewego ne serait qu'une "vitrine" pour montrer son savoir-faire à ses clients.
"Allez voir chez nos concurrents!"
Olivier Heckmann ne nie pas la présence occasionnelle de ces vidéos piratées envoyées par des internautes mais assure les retirer systématiquement lorsqu'elles lui sont signalées. Et ne décolère pas, surtout lorsqu'on lui parle des 1,5 millions d'euros que lui réclame la chaîne cryptée : "Je trouve ça ridicule. On a l'impression qu'on essaie de casser quelque chose. Canal + dit qu'on est le mauvais élève de la classe. Mais allez voir chez nos concurrents!".
Après la plainte, pour une recherche sur Les nuls, par exemple, dont les droits appartiennent à Canal +, on ne trouvait hier que trois vidéos sur Kewego, retirées depuis. La même requête sur DailyMotion ou YouTube renvoie à des dizaines de fichiers. De Kwiskas à Tonyglandyl, les meilleurs sketches de ceux qui ont fait les belles heures de Canal sont présents.
Le tonneau des Danaïdes
Pourquoi donc Canal + a choisi de s'en prendre à Kewego, une première contre un site de vidéos en France, et de le faire savoir? La chaîne cryptée explique à LCI.fr que les dirigeants de Kewego "n'ont enlevé les vidéos qu'à la marge alors que d'autres ont montré un certain volontarisme dans la mise en place d'outils pérennes". Ce simple retrait des fichiers incriminés ne suffit plus à la chaîne : "C'est le tonneau des Danaïdes : si vous enlevez les vidéos une par une, elles reviennent aussi vite. Si vous ne développez pas un outil efficace pour le respect du copyright, cela n'a pas de sens".
Canal + souhaite donc que l'internaute ne puisse plus publier des vidéos protégées. Cela passe par des technologies qui détectent les copyrights, en reconnaissant le logo des chaînes par exemple. Ce que l'on appelle le fingerprinting. C'est dans ce domaine que Kewego, qui affirme par ailleurs travailler sur de tels outils, n'aurait pas fourni assez d'assurances à Canal +. Contrairement à YouTube et DailyMotion, qui "coopèrent", selon la chaîne au développement de ces outils. Les deux géants de la vidéo sur Internet devraient d'ailleurs les lancer dès juin prochain.
"Demain on ne s'interdit pas de poursuivre d'autres sites", prévient pourtant Canal +. La situation pourrait évoluer comme aux Etats-Unis, ou après Viacom, NBC s'élève à son tour contre le non respect du copyright par YouTube.
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