Le site WhosaRat dénonce les informateurs de la police © WhosaRat
Le site s'appelle Who's a rat, Qui est une balance?. Accessible à l'adresse WhosaRat.com, le procédé n'aurait pas plu à Starsky et Hutch et encore moins à Huggy-les-bons-tuyaux. Pour moins de 10 euros par mois, il propose l'accès à "la plus grande base de données en ligne d'informateurs et agents [infiltrés]" des services de police et de sécurité américains. Malgré des graphismes léchés, le site ne fait pas dans la finesse. Il met même en avant les trois "balances de la semaine". Par exemple, le cas d'un homme - qui a plaidé coupable de possession de cocaïne - exempté du chef de possession d'arme en échange d'une collaboration avec la police pour arrêter des trafiquants.
Ça ne s'invente pas, le porte-parole du site s'appelle Anthony... Capone. Interrogé par le New York Times, il assume pleinement ce qui est son gagne-pain. "Chacun a la liberté de choisir une activité. Et personne n'aime les rapporteurs" explique-t-il.
Les "Feds" déjà saisis
Le site a construit sa base de données en récupérant les noms des informateurs dans les décisions de justice - qui sont publiques - et en les publiant sur internet. La pratique fait hurler les procureurs américains. Dans une lettre officielle à l'institution qui détermine les règles de la justice américaine, le Département de la justice dénonce "l'objectif clair d'intimidation et de représailles sur les témoins".
De premières affaires lui donnent raison. La lettre cite le cas d'un témoin qui a du être déplacé après que des informations provenant du site Internet ont été envoyées à ses voisins et affichées dans son quartier. Le FBI est chargé d'une enquête. Problème pour la justice, les éditeurs du site ont un soutien de poids : la Constitution américaine.
Mise en danger d'autrui
Le site s'abrite en effet derrière le texte fondateur de la nation américaine pour poursuivre son activité. Avec succès pour l'instant. "Les informations fournies sur ce site n'ont surtout pas pour but d'intimider des témoins ou agents ou de faire barrage à la justice [mais simplement d'aider] les accusés à obtenir des informations", peut-on lire sur WhosaRat.com, "La liberté d'expression et le droit constitutionnel de préparer sa défense protègent ce site". Les avocats pénalistes avouent d'ailleurs se servir des informations du site pour préparer la défense de leurs clients et savoir plus précisément ce qui leur sera reproché.
Le premier amendement qui couvre la liberté d'expression rend toute condamnation improbable pour la plupart des experts. Plutôt que de chercher à faire interdire le site, ses détracteurs souhaitent donc le priver d'informations, à la source.
Un volet scellé
Le Département de la justice demande expressément aux cours fédérales de ne plus mettre les dossiers en ligne, celle de Miami a déjà obtempéré. Il propose aussi aux cours de bien mettre en garde sur leurs sites Internet contre la "reproduction ou l'utilisation des rapports des greffiers à des fins illicites, comme l'intimidation de témoins". Le juge fédéral de Minneapolis, qui planche sur ce problème, ne souhaite pas, de son côté, mettre un terme à la publication des arrangements conclus dans le cadre de poursuites judiciaires. Il propose en revanche de garder confidentiels les détails des collaborations - comme le noms des personnes concernées - en les plaçant dans un volet scellé du dossier. Voire à les en retirer totalement.
Pendant ce temps, le site poursuit son activité, qu'on devine fructueuse. Pour les clients ayant choisi l'abonnement à vie à 70 euros, un T-shirt "Arrête de balancer" est offert.
Retrouvez ici notre article sur la protection des témoins en France
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