Le Blackberry blacklisté au sommet de l'Etat

Par , le 20 juin 2007 à 14h27 , mis à jour le 21 juin 2007 à 00h56

L'interdiction de cet assistant personnel électronique dans les ministères pour raisons de sécurité suscite la colère de leurs équipes et du constructeur.

Un des modèles de BlackBerry par RIMUn des modèles de BlackBerry par RIM © RIM / LCI

C'est une simple circulaire comme nos ministères en reçoivent des centaines. Mais elle a la particularité de mettre en rage les hauts fonctionnaires qui les peuplent. Révélée par Le Monde, elle interdirait purement et simplement le Blackberry, l'assistant personnel le plus populaire du monde dans tous le ministères ainsi qu'à l'Elysée et à Matignon. Ce petit bijou High-Tech qui permet d'envoyer et recevoir des mails et accessoirement de téléphoner a conquis huit millions de cadres et décideurs dans toute la planète.

  • Les téléphones intelligents, trop envahissants ?

    L'usage excessif des Iphone et Blackberry, commencent à inquiéter certaines entreprises qui n'hésitent pas à les faire interdire pendant les réunions pour que les salariés restent concentrés.

    Publié le 19/11/2009 Les téléphones intelligents, trop envahissants ?
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La circulaire du secrétariat général de la défense nationale (SGDN) remonte à dix-huit mois, selon le quotidien "mais elle a dû être renotifiée". Alain Juillet, le Haut responsable chargé de l'intelligence économique dans ce secrétariat affirme en effet au Monde que ces terminaux pâtissent d'un "problème de sécurisation des données". Concrètement, il existerait des "risques d'interception (...) réels" des données dans un contexte de "guerre économique". La circulaire provoque la colère de hauts fonctionnaires déjà accros à la petite "mûre" électronique.

"Informations incorrectes"

A la lecture de cet article, le sang du constructeur canadien n'a fait qu'un tour. La réaction est arrivée ce matin. Dans un communiqué, RIM affirme que "les informations délivrées dans le cadre de l'article du Monde du 20 juin 2007 et citant Alain Juillet au sujet de la NSA (National Security Agency), sont incorrectes". Dans un deuxième temps, il explique que "la NSA n'a pas la capacité de visualiser le contenu d'une communication de données envoyée par le biais des serveurs informatiques BlackBerry. Toutes les communications de données effectuées au travers des serveurs informatiques BlackBerry, qui sont situés au Canada et au Royaume-Uni, sont cryptées et l'origine des emails ne peut ni être tracée ni faire l'objet d'une analyse de contenu".

Plus surprenant, un employé de l'entreprise confirme à LCI.fr que "le MinEFi est un de [ses] clients". En d'autres termes, le ministère de l'Economie et des Finances passerait outre la directive révélée par Le Monde. Sur le site de La Tribune, Christophe Alviset, responsable informatique à Bercy justifie le choix de son ministère : "Les critères ont été la facilité d'usage, la réputation du Blackberry, ainsi que la sécurité de la solution, assurée de bout en bout. A l'époque, les autres solutions en lice nécessitaient des montages plus compliqués et elles n'étaient pas encore très stables ni rodées". On comprend plus facilement la surprise du constructeur canadien de se voir exclu de facto d'un marché qui lui tient à coeur.

"RIM travaille avec la NSA"

Les pouvoirs publics sont un marché important pour RIM au point qu'ils disposent d'une gamme dédiée pour le territoire américain : BlackBerry for Government. Surprise, lorsqu'on jette un œil aux cas pratiques présentant les clients "ravis" par la solution BlackBerry, on trouve entre le ministère de l'Agriculture et celui des Anciens combattants, le Département de la défense américain. Dans la description du service rendu à ce client un peu particulier, cette phrase : "RIM travaille avec la NSA sur la sécurisation des e-mails pour répondre aux exigences de sécurité renforcée du ministère de la Défense". Une collaboration qui va se poursuivre de l'aveu même du constructeur.

Et si c'était cette proximité avec le gouvernement américain et son agence spécialisée dans le cryptage que le gouvernement Français reprocherait en réalité à RIM, sans le dire explicitement? La NSA est en effet chargée de l'écoute sur toute la planète et notamment du très secret système "Echelon" qui a déjà provoqué la polémique par le passé. Les grandes oreilles de la défense américaine - censées notamment suivre les communications des réseaux terroristes - pourraient être détournées dans un but moins avouable de guerre économique. Reste à prouver - au risque de perpétrer une injustice économique - que "l'étroite collaboration" entre RIM et la NSA pourrait consister à rendre des services, disons "sensibles" à l'agence américaine.

L'entourage du Premier ministre François Fillon se défend de toute velléité anti-Blackberry en plaçant tous les assistants personnels portables (PDA) sur un pied d'égalité : "S'agissant des PDA, quels qu'ils soient, il n'y a pas de système garantissant l'absence totale de risque de compromission des informations échangées".

Par Olivier Levard le 20 juin 2007 à 14:27
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13 Commentaires

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  • Pirate, le 27/06/2007 à 01h02

    Allons bon : Reflechissez, l'interception des mails ne se fait pas au niveau des blackberrys ou des emetteurs GSM/3G, mais au niveau des echangeurs Internet GIX dont les noeuds principaux sont aux US et qqu'uns en Europe & Asie. Ces echangeurs font transiter l'ensemble des mails et flux www. Un mail ne peut etre securisé que par un moyen de cryptage sur et reconnu type 3DES - RSA avec une clé très longue. A bon entendeur...

  • Leroidavid, le 22/06/2007 à 13h27

    Selon un rapport du Sénat américain, la France est, avec la Russie, le pays qui s'est rendu coupable du plus grand nombre d'actes d'espionnage sur le territoire américain. Les petits Français arriérés en sont réduits à voler les secrets de fabrication et les brevets américains... Alors ces piailleries ridicules au sujet du Blackberry révèlent une fois de plus l'hypocrisie de ce peuple prétentieux et médiocre qu'est le peuple français.

  • D., le 21/06/2007 à 15h54

    On voit le risque d'utilisation de système fermé où l'on doit faire confiance au créateur. Le monde du "Libre", où tout un chacun peut vérifier le fonctionnement d'un programme est dans le vrai (car même si on a pas la compétence pour le faire dans son ensemble, un groupe lui peut le faire). Donc non au système fermé, hermétique et sans contrôle possible.

  • Peliks, le 20/06/2007 à 22h04

    Justement, dans le cadre de l'association Forum ATENA, nous organisons un grand événement gratuit, le jeudi 28 juin de 14h00 à 18h00 sur le thème "la sécurité des smartphones / PDA" à l'EPITA-Ecole d'Ingénieurs 14 rue Voltaire, Le Kremlin Bicêtre (juste de l'autre côté du périph par rapport à la porte d'Italie - Paris). Nous faisons intervenir les meilleurs experts de l'écosystème de la sécurité en France pour répondre à la question "Vos informations et vos systèmes d'information sont t'ils mis en dangers par les SmartPhones ?". Parmi eux l'expert de RIM (ceux qui font le BlackBerry mis en cause dans cet article) mais aussi plusieurs autres. C'est le meilleur moyen d'avoir les réponses d'autant plus que vous pourrez poser vos questions aux intervenants lors de la table ronde. Inscription sur simple demande par e-mail à mhoulbert@forumatena.org. Agenda visible sur le Web de l'association en www.forumatena.org, l'agenda complet vous sera envoyé sur simple demande. Gérard Péliks Président de l'atelier sécurité de Forum ATENA

  • Jim, le 20/06/2007 à 18h38

    Quand on sait que les anglais ont un accord avec les USA pour le projet ECHELON (dites Georges Bush, bombe et drogue dans la même communication téléphonique avec votre mobile et vous êtes sur que la NSA écoutera votre conversation), il me semble tellement logique d'interdire le blackberry dans le domaine politique, militaire et économique. Maintenant s'il y en a qui ne veulent pas croire à l'espionnage...

  • PROTOY, le 20/06/2007 à 18h29

    L'espionage existe depuis tout le temps. Ce serait de l'angélisme de croire que des moyens aussi sophistiqués que les liaisons informatiques ne soit pas "détournées". Un pays, une entreprise avec une volonté et des moyens peut presque tout "craker",écouter, savoir. Les marchés avec des sommes collossales en jeu font que des concurrents commerciaux, industriels, politiques ne reculent devant presque RIEN pour obtenir des renseignements.

  • Jean-Luc, le 20/06/2007 à 18h25

    En gros, Blackberry cherche juste a aider la NSA a espionner tout le monde et ils trouvent ca anormal qu'on ne soit pas d'accords.. Ces dirigeants, ca serait pas par hasard un cousin de Bush ?

  • Catherine, le 20/06/2007 à 18h23

    J'aimerais savoir si la presse connait le nom de la société qui , déjà en coulisses, est prête à remplacer le Blackberry ? :-)

  • Nicolas, le 20/06/2007 à 17h24

    "S'agissant des PDA, quels qu'ils soient, il n'y a pas de système garantissant l'absence totale de risque de compromission des informations échangées". En effet, aucun système n'est infaillible, il suffit juste de faire attention aux données que l'on échange... Sinon, la meilleure solution serait que le conseil des ministres se fassent dans un abri à 100 mètres sous terre entouré de plomb...

  • DUPONT, le 20/06/2007 à 17h22

    Oui, mais lorsque ce petit bijou est volé ou perdu ? Conclusion, il vaut mieux ne confier aucun secret à ce petit bijou. C'est plus sûr !

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