L'affiche de Sicko, de Michael Moore © DR"Je ne suis pas d'accord avec les lois sur les droits d'auteur et je n'ai aucun problème avec les gens qui téléchargent mon film et le partagent avec d'autres tant qu'ils n'essayent pas de faire du profit sur mon travail". La prise de position était plus qu'originale de la part d'un réalisateur reconnu. Mais venant d'un éternel provocateur comme Michael Moore, elle cadrait plutôt bien avec le personnage. Qui n'hésitait pas à en rajouter une couche : "Plus il y a de personnes qui voient ce film mieux c'est, et c'est pourquoi je suis content que cela se produise".
Moore, qui a remporté la Palme d'or à Cannes en 2005 pour Fahrenheit 9/11 - date à laquelle il faisait cette déclaration - s'attaque dans son dernier documentaire, Sicko, aux failles du système d'assurance santé aux Etats-Unis. C'est pour ce film qu'il est aujourd'hui confronté à ses tonitruantes déclarations du passé. Sicko est en effet disponible gratuitement sur Internet - dans une qualité exceptionnelle - avant sa sortie vendredi prochain au Etats-Unis.
"Histoires d'horreurs avec la sécu"
Sur YouTube d'abord, le premier site de vidéos sur Internet, où deux internautes ont mis en ligne une version du film. Le documentaire avait été découpé en 14 mini-clips de quelques minutes, chacun déjà vu plusieurs centaines de fois. La réponse du studio de Michael Moore n'a pas tardé. Lionsgate, qui distribue le film, a exigé - et obtenu - le retrait immédiat des clips incriminés. "Nous répondons agressivement pour protéger notre film", se justifie le studio.
Ironie du sort, Michael Moore avait ouvert un espace collaboratif dédié à son film sur YouTube. Il y a lancé un appel à témoignages intitulé. "Share your healthcare horror stories", soit "Racontez vos pires histoires d'horreurs avec la sécu". La chaîne est déjà un succès avec des centaines de membre et des dizaines de ces "histoires d'horreur" envoyées par des internautes.
YouTube a eu beau plier, cela n'a pas pour autant stoppé la propagation du film sur Internet. Les sites de bittorrent, une autre méthode de piratage, proposent des milliers de fichiers du documentaire, d'excellente qualité. Interrogé lors de la conférence de presse de lancement de son film, Michael Moore ne s'est pas renié en n'attaquant pas le principe même du piratage. Tout juste a-t-il regretté que son film - conçu pour être vu en salles - soit visionné sur un écran d'ordinateur ou de télévision. C'est en fait sur la qualité du fichier pirate plus que sur le fond que Michael Moore s'est emporté, sous-entendant la présence d'une taupe dans son studio.
À qui profite le crime?
"La copie qui circule sur Internet n'a pas été captée par un camescope comme on le voit d'habitude. C'est le master. La vraie copie digitale. Elle est parfaite" a expliqué le réalisateur précisant que "C'est une version impossible à obtenir à moins de travailler au sein du studio". "À qui profite le crime?" se demande Michael Moore : "Si vous étiez détective, une des premières questions que vous vous poseriez, c'est celle du motif. Qui a un intérêt particulier à gâcher le week-end de sortie de ce film".
Une allusion aux nombreux adversaires comme les compagnies d'assurance américaines visées dans le film, voire au gouvernement Bush. Michael Moore se dit en effet victime de "harcèlement" de la part du gouvernement américain, qui enquête sur un voyage effectué par le cinéaste à Cuba pour son nouveau documentaire. Le réalisateur aurait violé l'embargo américain frappant Cuba depuis plus de 45 ans, en emmenant sur l'île un groupe de secouristes du site new-yorkais des attentats du 11-Septembre, pour qu'ils y reçoivent un traitement médical.
Sicko, qui compare très largement le système d'assurance médicale aux Etats-Unis avec celui en vigueur en France, devrait sortir sur nos écrans le 17 octobre.
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