David contre les Stones

Par , le 24 juillet 2007 à 18h10 , mis à jour le 27 juillet 2007 à 10h52

Interview - David Taub est sans doute le prof de guitare le plus populaire du Web. Un succès qui vient de lui attirer les foudres des maisons de disques.

David Taub (d.) et Tim Gilberg (g.), son associéDavid Taub (d.) et Tim Gilberg (g.), son associé © David Taub
La guitare sur Internet a son héros. Il s'appelle David Taub. Des milliers d'internautes apprennent à gratter grâce aux cours vidéo sur YouTube de ce prof de guitare de San Diego, Californien jusqu'au bout du médiator. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que les maisons de disques ne s'intéressent à son succès. Il revient pour LCI.fr sur son ascension fulgurante et ses récentes mésaventures.
 
LCI.fr : Comment êtes vous devenu "David Taub, le prof de guitare du net" ?
 
David Taub : Je suis prof de guitare et musicien depuis des années. A l'automne dernier, un de mes étudiants, Tim Gilbert, "gourou" du marketing sur le web, a eu l'idée de filmer une de mes leçons et de la mettre sur Internet. En quelques mois, nous avons eu plusieurs milliers de visualisations. 

LCI.fr : Cela vous a donné des idées ?

"Les gens aiment
notre ton décontracté"

David Taub 

D. T. : Nous avons donc commencé à faire des vidéos maison et à les mettre sur YouTube. L'accueil a été phénoménal. Nous avons eu des milliers, des centaines de milliers de vidéos vues et les internautes nous en réclamaient toujours davantage. Les gens aiment notre ton décontracté, amusant (Voir la vidéo en bas de page), la possibilité d'apprendre de chez eux, à toute heure, et de revenir en arrière lorsqu'ils n'ont pas compris. Nous avons donc lancé en février notre propre site : nextlevelguitar.com. C'est maintenant un job à plein temps : nous avons des centaines d'abonnés dans le monde entier qui viennent y prendre des leçons. Aux Etats-Unis, mais aussi en Angleterre, en France, à Dubai, en Italie, au Brésil... C'est incroyable !
 
LCI.fr : C'est aussi le début des ennuis...
 
D. T. : Nous avions 120 vidéos sur notre chaîne YouTube et des millions de connections. La maison de disques des Rolling Stones ABKCO s'est alors plainte auprès du site de mon interprétation de la chanson Brown Sugar et a demandé qu'ils la retirent. En réaction, YouTube a supprimé notre chaîne entière. Sans nous prévenir.
 
LCI.fr : C'était une première ?
 
D. T. : Pas vraiment. La loi sur le copyright est un peu nébuleuse mais nous nous sommes pliés à toutes les requêtes des ayant-droits. Trois mois auparavant, la maison de disques de Keith Urban, un rocker country, s'était également plaint d'une de nos vidéos. Nous l'avons retirée. Cette fois, YouTube ne nous a rien transmis et a simplement supprimé toutes nos vidéos !
 
LCI.fr : Vous en voulez à YouTube ou simplement aux maisons de disques ?  

"Je n'ai rien contre YouTube"

David Taub 

D. T. : Je n'ai rien contre YouTube, ça n'est pas leur faute. Leur service est génial pour mettre des vidéos en ligne. Mais cela aurait été sympa de simplement nous demander de retirer la vidéo. Nous l'aurions fait.
 
LCI.fr : La réaction de la maison de disques des Stones est-elle aussi démesurée à vos yeux?
 
D. T. : C'est une question difficile. Nous enseignons simplement la guitare. La plupart de nos vidéos reprennent juste des extraits de chansons pour apprendre des techniques de jeu : "Jouez cette corde, grattez-la ainsi...". Le titre est juste un support.
 
LCI.fr : Vous ne leur devez donc rien ?
 
D. T. : Nous pensons même que c'est bon pour toute l'industrie musicale ! Car si une chanson plait, les gens vont ensuite la télécharger sur iTunes, Il vont acheter de meilleures guitares, des amplis, des places de concert... J'ai de nombreux exemples parmi mes étudiants.
 
LCI.fr : Avez-vous trouvé une solution pour vos vidéos gratuites ? 

"Le soutien a été incroyable"

David Taub 

D. T. : Nous continuons à fournir des vidéos gratuites car tout le monde ne peut pas se payer un abonnement, même modeste. Nous avons donc ouvert une nouvelle chaîne sur YouTube : "Rock on good people" et nous mettons toujours des vidéos en ligne mais sans titres connus. Je donne à la place des cours de composition, de technique. Apprendre à jouer dans le style d'un guitariste connu. Comme Slash, par exemple. Ceux qui en veulent plus peuvent ensuite se rendre sur notre site et prendre des leçons pour tous les niveaux.
 
LCI.fr : Les internautes vous ont suivis ?

D. T. : Le soutien a été incroyable. 20.000 personnes sur Youtube nous ont déjà rejoints. Ils nous remercient pour notre aide et nous demandent de nous battre, de remettre les vidéos.
 
LCI.fr : Pourquoi alors n'êtes-vous pas allés à l'affrontement ?
 
D. T. : Nous sommes juste deux petits gars californiens qui voulons apprendre aux gens du monde entier à jouer de la guitare, leur donner du bonheur. Nous ne voulons pas aller au conflit et passer notre temps dans des batailles juridiques. Ils ne veulent pas que nous jouions leurs titres ? D'accord !

Samantha, le chien de David Taub
Samantha

LCI.fr : L'autre star du site, c'est Samantha, votre golden retriever...
 
D. T. : Tout le monde connaît Sam car lorsqu'elle s'approche de la caméra, je la présente aux internautes. Il arrive même qu'elle cherche à manger mon médiator... Les gens y sont attachés : ils demandent de ses nouvelles et m'envoient même des photos de leur chien!
 
LCI.fr : Le jeu vidéo Guitar Hero et sa guitare en plastique cartonnent dans le monde entier. C'est devenu un moyen de recrutement ?
 
D. T. : C'est drôle que vous en parliez car mon associé s'est justement mis à la guitare grâce à ce jeu. Beaucoup de personnes me disent que, en effet, Guitar Hero leur a donné l'envie de jouer. C'est top !

 

Par Olivier Levard le 24 juillet 2007 à 18:10
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12 Commentaires

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  • Seb, le 27/07/2007 à 13h38

    A Jean de Paris, petit copier/coller de ce que j'ai posté dans un autre article, histoire de te montrer qu'il n'y a 'peut-être' pas que les 'pirates' en cause. Le 19/07, le Nouvel Observateur nous informait que pendant que l'industrie du disque continuait de couler soit disant à cause des pirates et qu'en conséquence en 2 ans 20% des salarié Warner Music et la moitié de leurs artistes ont été remerciés, les groupes privés qui ont investi dans Warner Music s'en sont mis plein les fouilles (2.3 milliards d'euros en un peu plus d'un an). De toute façon, lorsqu'une industrie se plaint d'un manque à gagner supérieur au PIB mondial (rapide calcul d'après leur comm sur le nombre de titres piratés et les dédommagements demandés en justice), elle n'est plus crédible.

  • Florent, le 27/07/2007 à 01h22

    Mais bon sang, quand ces artistes (ou plutot leurs maisons de disques toujours prètes à grapiller le moindre sou) cesseront-ils d'enquiquiner les gens ? Les vrais artistes au 21ème siècle et toute la technologie disponible n'ont plus besoins de ces "relais" pour toucher le grand public... et figurez vous que le musique libre et gratuite existe par ces moyens, même gratuite la culture ne meurt pas, elle n'en est d'ailleurs que plus vivace ! le vrai art c'est de la musique fait par des passionnées pour des passionnés ! Seulement voila, la pub pour les soi-disant plus grands chanteurs eclipsera toujours les petits artistes sans moyens...

  • Gfpn7, le 26/07/2007 à 14h54

    Complétement Hallucinant! Ce que les maisons de disques n'ont pas compris, c'est que grâce à cette démocratisation, ce sont, peut être, de futurs talents qui regardent, apprennent, et font leurs armes en applicant ces méthodes pour apprendre. La preuve par l'exemple est toujours plus parlante, quel que soit le domaine. Qu'est-ce qui motive, c'est de pouvoir se dire qu'en praticant telle ou telle méthode, on ressemble un peu à ceux qui nous donne l'envie... Sachant que 3 accords ne représente pas l'oeuvre entière. C'est vriament un combat d'arrière garde.

  • Jean, le 26/07/2007 à 13h48

    Musicien, je tenais juste à informer que les maisons de disques ont due depuis quelques années licenciés un tiers de leur personnel et qu'il devient quasiemment impossible de signer de nouveau artiste. C'est sur, le marché doit se réorganiser mais les amateurs de musique devraient parfois se rendre compte du travail qu'il y a derrière chaque oeuvre musicale produite. et ce n'est pas les stones que l'ont pénalise en se prenant pour un pirate. c'est tous les autres artistes en développement....

  • Seb, le 26/07/2007 à 12h04

    C'est vrai, la musique n'est plus libre. Elle n'est plus le 4e Art, mais une industrie (comme la fabrication de conserve ou de lessive). Juste pour info, la création musicale se portait très bien avant que n'apparaisse la notion de droit d'auteur. Si la musique était libre, il n'y aurait pas moins de créativité (la preuve dans le passé). Il y aurait peut-être plutôt moins de parasites essayant de profiter du système en sortant best-of sur reprise (reprendre les vieux trucs, c'est pas particulièrement créatif).

  • Julien, le 26/07/2007 à 09h32

    @Albert de Paris de l'art qui se vend, ce n'est plus de l'Art mais de la prostitution l'Art est gratuit, le reste c'est du commerce. quand a dire qu'on ne creerait plus, linux (et consorts) sont libre et on cree, plus que jamais... comme quoi les idees recues...

  • Régis, le 26/07/2007 à 02h14

    Albert de Paris, ne commetez pas l'erreur de croire que la musique c'est pareil que des biens meubles. Vous faite un très gros amalgame. Ce que l'on voit ou ce que l'on entend ce n'est pas comme ce que l'on peut toucher. La musique n'importe qui peut la fredonner dans la rue ou chez soi. Mais les grands majors ont eu vite fait de protéger et interdire tout ce qui ressemble l'utilisation des musiques sur lesquelles ils détiennent les droits, mêmes les exploitations non-commerciales... c'est devenu une petite "dictature", on vous attaque pour avoir dit ou chanté des trucs interdits ou vu et entendu des choses que vous auriez du payer pour voir... lamentable. Merci de me publier.

  • Michael, le 26/07/2007 à 01h11

    Pour Albert , certes , la musique n'est pas gratuite , mais suivant ce raisonnement , un prof du guitare electrique par exemple , qui achète le dernier album d'ACDC et qui joue les morceaux devant ses elèves devrait payer la SACEM , mais ou allons-nous ??? alors , j'imagine la tete de la SACEM si elle savait que toutes les musiques jouées sur l'ordinateur de mon pote lors de son mariage étaient des MP3 récupérés sur Emule ^^ un particulier n'a pas le droit de faire une réunion publique et de faire écouter de la musique sans payer la SACEM , à ce compte là , le kéké de base qui met un CD et ouvre ses fenetres pour que ses voisins en profitent devrait alerter la SACEM et payer des droits d'auteur aussi réveillez vous un peu s'il vous plait

  • Albert, le 25/07/2007 à 14h33

    A Bruno de Saint Jean d'Angely, depuis quand la musique est libre ? Si je rentre chez vous et que je prend tout, j'ai pas le droit, car ça vous appartient. Avec la musique c'est pareil. Si la musique était libre, elle serait surtout morte car personne ne créerait plus rien.

  • Une musicienne, le 25/07/2007 à 13h49

    100% d'acc avec Bruno et le guitariste de Lyon!!Rien à ajouter, tout a été dit.Il faut que les maisons de disques s'adaptent au changement!!

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