Polémique : quand Wikipedia punit Sciences Po

Par , le 12 juillet 2008 à 15h51 , mis à jour le 18 juillet 2007 à 17h53

En réaction à une enquête de ses étudiants, l'encyclopédie en ligne a coupé pendant plusieurs heures l'accès à son site à l'école de journalisme de Sciences Po.

La polémique entre Wikipedia et Sciences PoLa polémique entre Wikipedia et Sciences Po © LCI/DR

Lorsque Béatrice Roman-Ammat, étudiante à Sciences Po, découvre que l'accès à Wikipédia de son école de journalisme a été coupé, elle peine à y croire. Elle vient d'achever avec une poignée d'étudiants de l'école  de journalisme de Sciences Po - sous la responsabilité de l'écrivain Pierre Assouline - une enquête critique sur la célèbre encyclopédie en ligne (Voir notre article sur le contenu de leur enquête).
 
La veille, Libération y avait consacré une page. Sous un titre à charge : Wikipedia se trompe à tous vents. Cela n'a pas manqué de déclencher la colère des contributeurs de l'encyclopédie toujours prompts à défendre le travail collaboratif qui leur est cher sur leur forum.
 
L'encyclopédie en ligne n'a pourtant jamais prétendu avoir la science infuse. Elle avertit même les internautes sur son site et les invite à traquer les erreurs : "Wikipédia est un wiki, ce qui implique que chacun peut modifier les articles. Si vous rencontrez une erreur ou n'êtes pas d'accord avec un contenu, vous pouvez  modifier la page en respectant à tout moment les règles de neutralité de point de vue".

"Piratage sur Wikipedia"
 
Pour tester la méthode, les étudiants de Sciences Po ont pris le parti de glisser quelques erreurs dans Wikipedia. Dans la biographie de leur directeur d'enquête, par exemple, en prétendant que Pierre Assouline est champion du jeu de paume. Ou, plus sérieux, en attribuant à Tony Blair - qui est Anglican (Voir notre article) - la confession catholique.
 
Contacté par LCI.fr, David Monniaux, chercheur en informatique et administrateur de Wikipedia reconnaît le blocage de l'adresse IP de Sciences Po dans les collaborateurs de Wikipedia mais rejette l'idée d'une mesure de rétorsion. "Ça n'est pas un problème de vengeance. L'école de Sciences Po a vu ses adresses IP bloquées car Sciences Po est un établissement universitaire qui se connecte - via le réseau Renater - pour faire du piratage sur Wikipedia" se justifie-t-il. Il fait le parallèle avec des étudiants en sécurité des réseaux qui s'amuseraient à pirater des sites internet.
 
Celui qui est également membre du Conseil d'administration de WikiMédia, une entité qui promeut en France les différents projets de la fondation Wikipédia, reconnaît volontiers la vulnérabilité de l'encyclopédie en ligne: "Il est assez facile de faire passer des choses bizarres sur des sujets qui n'intéressent pas grand monde. La biographie de Pierre Assouline, par exemple". L'intéressé appreciera.
 
"Pas d'enquête à charge"
 
En réaction à ce test, David Monniaux prend lui-même l'initiative de supprimer l'accès à Wikipedia à l'école de journalisme en bloquant l'adresse IP qui les identifie sur le réseau. Ce blocage a fait l'objet d'un débat entre les administrateurs qui ont finalement rétabli l'accès à l'école de journalisme de Sciences Po.
 
Agnès Chauveau, directrice exécutive de l'école s'étonne de la méthode auprès de LCI.fr. "Nos étudiants n'ont pas saboté l'encyclopédie mais simplement effectué des tests dans le cadre d'une enquête en introduisant des erreurs. L'objectif n'était pas de les laisser en ligne". Elle ajoute que "leur document de 67 pages n'est pas une enquête à charge".
 
Reste la maladresse de ne pas avoir publié leur enquête avant de la mettre à la disposition de la presse, qui a agacé les défenseurs de Wikipédia. Béatrice Roman-Ammat, dit "comprendre" cet argument. "Mais nous sommes en négociation avec une maison d'édition pour la publier et nous ne pouvons donc pas mettre l'intégralité du texte à la disposition des internautes" se justifie-t-elle. "J'ai été contacté par un média avant même d'avoir eu accès à cette enquête" dénonce, de son côté, David Monniaux. Une charge suffisante pour sanctionner Sciences Po?

Précision de la rédaction

Delphine Soulas, l'une des étudiantes du Master en journalisme qui a réalisé cette enquête sur Wikipedia à Sciences Po, effectue actuellement un stage au sein de la rédaction de LCI.fr. Nous précisons à l'attention de nos lecteurs qu'elle n'a absolument pas participé à la couverture rédactionnelle de ce sujet par notre rédaction, en l'occurence par Olivier Levard. Par souci d'honnêteté, nous avons par ailleurs sollicité les réactions d'un autre co-auteur de l'enquête, c'est pourquoi le nom de Delphine Soulas n'apparaît pas dans nos articles sur le sujet.   Pascal Emond, rédacteur en chef

Par Olivier Levard le 12 juillet 2008 à 15:51
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48 Commentaires

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  • Gilles, le 18/07/2007 à 11h34

    Ce n'est que du réchauffé, d'autre l'on fait avant : Une journaliste du Vrai Journal de C+ l'avait déja fait sur l'article de Elvis Presley . Tout le monde connait les limites des Wiki, c'est le fait que ce soit ouvert a tous, et c'est ce qui fait ça force. Je trouve anormal que les étudiant, en journalisme , aient fournit a la presse en premier. Quel étaient leur souhait ? Démontrer ce que n'importe qui peut comprendre en quelque minute ? ( que n'importe qui peut modifier un article .) Faire un coup de pub ? ( et oui des étudiants en journalisme qui livrent un dossier a la presse... ) En tout cas il ne semble pas que leurs volonté était d'aider, ou d'améliorer wikipédia, car si tel était le cas, pourquoi ne pas avoir fourni une copie du rapport aux administrateurs, en leur demandant de ne pas le diffuser ? Tout ce que s'attire ces étudiants c'est la critique des utilisateur du web 2.0.

  • Kad, le 18/07/2007 à 04h52

    Incroyable ! Ils introduisent des erreurs dans le wiki, sans en avertir les modos et interferent ainsi avec les utilisateurs non avertis qui ont accede wikipedia a ce moment la. Les modos prennent des sanctions logiques et ils viennent chialer apres ? Je pense qu'ils auraient du bannir les ips pour un bon mois, wikipedia n'est pas le terrain de jeu de science po, merci de laisser l'encyclopedie libre tranquille, d'ailleurs que se passerait il si tout un chacun se mettait a faire des pseudo "experiences" stupides du meme accabit ?

  • Matt, le 17/07/2007 à 16h41

    Je déplore le ton de cet article, qui veut faire passer Science Po pour une victime.

  • Raphael, le 17/07/2007 à 14h40

    C est sûr que glisser des fausses infos aussi capitales que les hobbies de Pierre Assoualine ou encore la religion de T Blair, c est vraiment remettre en cause WIKIPEDIA! au leiu de ça, plutôt que de faire une histoire à grand bruit sur pas grand chose, ils auraient mieux fait de mettre à profit leurs acquis de SC PO pour aider WIKIPEDIA à se perfectionner sur ses faiblesses... en plus maintenant ça va donner des mauvaises idées à des tas d abrutis qui vont s amuser à pirater ce puits de savoir en ligne... longue vie à WIKI! merci de me publier

  • Nox, le 16/07/2007 à 23h17

    C'est sur que des journaliste qui introduisent des erreurs dans un projet de diffusion de culture, sous couvert d'un "test", c'est d'une normalite somme toute banale. Et suivront il va de soi, comme précisé dans l'article, l'école d'ingénieur en sécurité internet piratant les sites de la défense, mais juste pour montrer les failles, hein?, pas pour faire suer les webmestres. C'est déprimant de voir de telles actions. Depuis le temps que l'on nous rabat les oreilles avec ce probleme de "vulnérabilité", je ne vois dans cette action qu'un acte de cyber-délinquants. Apres tout, le gamin au coin de ma rue qui crame ma poubelle veut juste prouver qu'elle a une vulnérabilité face aux flammes, non?

  • Emmanuel Deloget, le 16/07/2007 à 19h34

    > Une charge suffisante pour sanctionner Sciences Po? Oui. Et la raison en est simple: il est aisé de faire la critique d'un système ouvert, en le sabotant volontairement. La critique en elle même est intéressante, mais le sabotage est d'un tout autre ordre - il est cynique et dangereux, et mérite réaction. Ensuite, ce n'était même pas nécessaire. Quel en était le but ? Mesurer la réactivité des internautes ? Et si les pages qu'ils ont vandalisées sont principalement mises à jour par quelqu'un de très pris ? Quel délire contractuel oblige une personne à corriger les erreurs que d'autres ont intentionnellement placé dans les pages dont ils assument la responsabilité ? Quel autre but alors : vérifier la validité des connaissances de internautes ? On appréciera le cynisme. Quand à Monsieur Assouline, il est peut être un Grand dans le monde fermé du Haut Journalisme, mais vous me permettrez d'admetter que jusqu'à la lecture de son nom, j'ignorais même son existence. Je suis convaincu qu'il en est de même pour un bon nombre de personnes, et que ceux qui sont interessés par la biographie du sus-cité sont, en comparaison, bien moins nombreux. Alors le sieur Assouline peut très bien ne pas apprécier la remarque faite à propos de l'importance de sa biographie, mais pour ma part (que l'égo de cette illustre personne me pardonne) elle me semble parfaitement justifiée. Vous pouvez remplacer le nom Pierre Assouline par Andrei Alexandrescu si vous le souhaitez - non pas que la page concernant cette personne ait été vandalisée (enfin, pas à ma connaissance). On a beau être une sommité dans son domaine, celà ne veut pas dire que l'on est pour autant ce qui fait l'intérêt d'une encyclopédie comme Wikipedia. Cordialement, -- Emmanuel

  • Nicolas, le 16/07/2007 à 14h00

    à Becuwe de Dunkerque : L'accès de Science-Po n'a pas été coupé, l'article présente une information erronée (qu'il serait bon d'enfin modifier ^^). Seule la possibilité de modifier les articles a été supprimée (comme souvent pour des erreurs introduites volontairement). Science-Po pouvait toujours consulter Wikipédia.

  • Becuwe, le 15/07/2007 à 19h34

    Mauvais principe de la part de wikipedia de punir sciences po

  • FRANCHOUILLARD, le 15/07/2007 à 15h56

    Comme d'habitude en France, on critique à outrance tout ce qui est etranger, surtout americain. Il eut mieux valu faire une enquete montrant les avantages et les inconvenients mais pour cela il ne faut pas d'etroitesse d'esprit. Les chiens aboient et la caravane passe... Prochaine étape critique acerbe d'internet sans doute ? Laurent

  • Roland, le 14/07/2007 à 15h17

    Voilà ce qui s'appelle du journalisme de haut vol : prouver à la terre de France qu'il est possible d'insérer des anneries sur wikipédia. Bravo. Félicitations. A quand l'interview vérité de Mlle Hilton? Décidemment, je trouve que le contre pouvoir journalistique se montre de moins en moins digne de la place d'honneur qui lui est accordée dans notre pays. Quand je compare l'énorme progrès que constitue cette encyclopédie en ligne majoritairement ignorée des français et le thème de l'enquête que lui consacre les journalistes de "sciences po", j'ai la nausée. Mais peut être ne supportent-ils pas la concurence du net ?

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