Le logo de WikipédiaQu'est ce qui a bien pu provoquer la polémique entre Wikipedia et Sciences Po (Voir notre article)? Une simple enquête d'étudiants de l'école de journalisme de l'institut. Dans ce travail collectif intitulé La révolution Wikipedia, ils reviennent sur le fonctionnement de l'encyclopédie en ligne et donnent des conseils pour devenir "wiki-intelligent", c'est-à-dire bien utiliser Wikipedia.
Mais ce qui a provoqué la colère des défenseurs et collaborateurs de la plus grande encyclopédie en ligne est le ton critique de ce travail. En introduction de leur enquête, les étudiants reviennent sur une enquête de la très sérieuse revue britannique Nature qui, en 2005, a donné ses lettres de noblesse à Wikipedia en la jugeant presque aussi exacte que la vénérable encyclopédie Brittanica. Ils la contestent sur la base des articles et des erreurs retenus.
Avec leur responsable d'enquête, l'écrivain Pierre Assouline, ils s'inquiètent aussi de ces collégiens, lycéens, et étudiants qui recopient allégrement les articles de l'encyclopédie - et leurs erreurs - dans leurs travaux. Et en concluent que le monde de l'éducation en est "ébranlé". Dans leur analyse du fonctionnement de l'encyclopédie en ligne il pointent ensuite la facilité d'introduire des erreurs dans Wikipedia, facilité par ailleurs admise par ses fondateurs. Pour joindre l'exemple au constat, ils ont aussi fait l'expérience d'introduire sciemment des erreurs dans certains articles. Ce qui provoque la colère des administrateurs (Voir notre article et l'encadré en bas de page) qui iront jusqu'à bloquer à l'école l'accès à leur site.
Erreurs partisanes
Avant de s'être essayé à caser des erreurs manifestes dans les arcanes de Wikipedia, ces étudiants en ont répertoriées quelques unes qui révèlent les enjeux de pouvoir sur la science distillée dans les articles de Wikipedia. Les exemples sont nombreux. Des partisans de Nicolas Sarkozy qui modifient l'article sur le réacteur nucléaire EPR - après le débat qui l'oppose à et Ségolène Royal- pour donner raison à leur champion, un article sur le mouvement anti-mormon manifestement écrit par un "pro-mormon" où le fondateur de Wikipédia lui-même qui goûte peu les allusions à son passé, disons, pas très catholique - doit on parler d'indexation de photos érotiques ou pornographiques? - dans sa biographie en ligne. Un malheureux journaliste américain à la retraite s'est même vu prêter une participation appuyée par un passage en Union Soviétique tout aussi imaginaire.
Wikipedia ajoute à ces réjouissances les "trolls" et autres farceurs qui goûtent au petit jeu de la désinformation par pur plaisir. Bien malin en effet celui qui pourra introduire un article bidon dans la respectée Brittanica alors que, par principe, le wiki rend tout cela très facile.
Ile imaginaire
Mais n'est-ce pas justement ce qui fait le charme de Wikipedia. Où ailleurs aurait pu naître le concept très dadaïste de Porchesia? Cette île imaginaire au large du Liban dont l'article créé par un farceur génial a survécu aux correcteurs de l'encyclopédie... jusqu'au 30 septembre dernier. Peut-être a-t-il été inspiré par l'écrivain argentin Jorge Luis Borges, qui, dans sa nouvelle Tlön, Uqbar, Orbis, Tertius, décrit une conspiration d'intellectuels pour créer un monde imaginaire (J'ai vérifié la référence sur Wikipedia...).
Peut-on alors se baser uniquement sur une encyclopédie qui contient des erreurs? Pire, des impostures? Certainement pas. Mais Wikipedia a des mérites qui doivent dissuader de la jeter avec l'eau du bain. Une rapidité de mise à jour déconcertante, une gratuité qui la rend accessible à tous, un concept de collaboration, de partage, d'émulation collective, d'infini débat qui en font un outil éminemment sympathique. Et peut-être la plus belle réussite du web collaboratif.
Une règle, une seule, donc, pour bien utiliser Wikipedia. Celle que l'on enseigne dans les écoles de journalisme : multiplier, croiser, les sources et garder en mémoire qu'elle peuvent être "orientées" voire de l'intox pure et simple. La "wiki-intelligence" n'est rien d'autre que cela.
Précision de la rédaction
Delphine Soulas, l'une des étudiantes du Master en journalisme qui a réalisé cette enquête sur Wikipedia à Sciences Po, effectue actuellement un stage au sein de la rédaction de LCI.fr. Nous précisons à l'attention de nos lecteurs qu'elle n'a absolument pas participé à la couverture rédactionnelle de ce sujet par notre rédaction, en l'occurence par Olivier Levard. Par souci d'honnêteté, nous avons par ailleurs sollicité les réactions d'un autre co-auteur de l'enquête, c'est pourquoi le nom de Delphine Soulas n'apparaît pas dans nos articles sur le sujet. Pascal Emond, rédacteur en chef
| Document - Les critiques de Wikipedia |
Voici un Résumé des critiques faites à l'enquête des étudiants de l'école de journalisme de Sciences Po sur le site de WikiMedia. Vous pouvez retrouver le document complet à cette adresse. "Vous avez commis quelques contresens et autres erreurs de fait. Il est, par exemple, cocasse que vous insistiez tant sur une erreur de Wikipédia sur le rôle des Jésuites dans une rébellion de l'époque d'Edo, alors que vous prétendez que l'HTML est un langage de programmation, qu'une adresse IP est une signature électronique, ou qu'une vente liée relève de la concurrence loyale (cela pourrait aller dans une liste de « perles »). Vous abusez des références vagues et des affirmations péremptoires mais non étayées. De la même façon que les « de tout temps » font sourire les professeurs d'histoire, vos prétentions à connaître l'opinion de la « majorité » des « intellectuels » sont suspectes : tout d'abord, on ne sait pas très bien ce que le terme d'intellectuel recouvre (s'il s'agit de toutes les personnes ayant un doctorat en France, par exemple) ; ensuite, on se demande par quel miracle vous les avez tous interrogés, et mesuré la majorité. Vous abusez des comparaisons péjoratives : score d'élection « stalinien », « inquisiteurs », « milice », etc. Ce style, que l'on pourrait qualifier de « journalistique », de façon toute aussi péjorative, ne masque pas la pauvreté des faits et de l'analyse. De ce point de vue, ce travail ne peut pas être présenté comme une étude. L'appareil critique est faible, voire inexistant. Aucune bibliographie, vingt-sept notes pour un travail de 68 pages (et manquant de précision, la note 25 en page 45 indique un vague Source : Médiadico, sans mention de l'éditeur, de l'année, de l'url s'il s'agit d'une ressource en ligne). Les raisonnement est souvent indigent. L'ensemble a toutefois des qualités - par exemple, la distinction entre sources primaires et secondaires, les problèmes du modèle Wikipédia et les tentatives pour y répondre sont rappelés. Il est regrettable que ces points précis ne soient pas examinés à la lumière de faits objectifs, avec rigueur, et que l'ensemble relève finalement de la banalité (pas d'apport original sur ces questions". |
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