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Par , le 12 juillet 2007 à 18h49 , mis à jour le 13 juillet 2007 à 11h27

Dans un mémoire sur "La révolution Wikipedia", des étudiants de Sciences Po décortiquent et critiquent le fonctionnement de la célèbre encyclopédie en ligne.

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Qu'est ce qui a bien pu provoquer la polémique entre Wikipedia et Sciences Po (Voir notre article)? Une simple enquête d'étudiants de l'école de journalisme de l'institut. Dans ce travail collectif intitulé La révolution Wikipedia, ils reviennent sur le fonctionnement de l'encyclopédie en ligne et donnent des conseils pour devenir "wiki-intelligent", c'est-à-dire bien utiliser Wikipedia.
 
Mais ce qui a provoqué la colère des défenseurs et collaborateurs de la plus grande encyclopédie en ligne est le ton critique de ce travail. En introduction de leur enquête, les étudiants reviennent sur une enquête de la très sérieuse revue britannique Nature qui, en 2005, a donné ses lettres de noblesse à Wikipedia en la jugeant presque aussi exacte que la vénérable encyclopédie Brittanica. Ils la contestent sur la base des articles et des erreurs retenus.
 
Avec leur responsable d'enquête, l'écrivain Pierre Assouline, ils s'inquiètent aussi de ces collégiens, lycéens, et étudiants qui recopient allégrement les articles de l'encyclopédie - et leurs erreurs - dans leurs travaux. Et en concluent que le monde de l'éducation en est "ébranlé". Dans leur analyse du fonctionnement de l'encyclopédie en ligne il pointent ensuite la facilité d'introduire des erreurs dans Wikipedia, facilité par ailleurs admise par ses fondateurs. Pour joindre l'exemple au constat, ils ont aussi fait l'expérience d'introduire sciemment des erreurs dans certains articles. Ce qui provoque la colère des administrateurs (Voir notre article et l'encadré en bas de page) qui iront jusqu'à bloquer à l'école l'accès à leur site.
 
Erreurs partisanes
 
Avant de s'être essayé à caser des erreurs manifestes dans les arcanes de Wikipedia, ces étudiants en ont répertoriées quelques unes qui révèlent les enjeux de pouvoir sur la science distillée dans les articles de Wikipedia. Les exemples sont nombreux. Des partisans de Nicolas Sarkozy qui modifient l'article sur le réacteur nucléaire EPR - après le débat qui l'oppose à et Ségolène Royal- pour donner raison à leur champion, un article sur le mouvement anti-mormon manifestement écrit par un "pro-mormon" où le fondateur de Wikipédia lui-même qui goûte peu les allusions à son passé, disons, pas très catholique - doit on parler d'indexation de photos érotiques ou pornographiques? - dans sa biographie en ligne. Un malheureux journaliste américain à la retraite s'est même vu prêter une participation appuyée par un passage en Union Soviétique tout aussi imaginaire.
 
Wikipedia ajoute à ces réjouissances les "trolls" et autres farceurs qui goûtent au petit jeu de la désinformation par pur plaisir. Bien malin en effet celui qui pourra introduire un article bidon dans la respectée Brittanica alors que, par principe, le wiki rend tout cela très facile.
 
Ile imaginaire
 
Mais n'est-ce pas justement ce qui fait le charme de Wikipedia. Où ailleurs aurait pu naître le concept très dadaïste de Porchesia? Cette île imaginaire au large du Liban dont l'article créé par un farceur génial a survécu aux correcteurs de l'encyclopédie... jusqu'au 30 septembre dernier. Peut-être a-t-il été inspiré par l'écrivain argentin Jorge Luis Borges, qui, dans sa nouvelle Tlön, Uqbar, Orbis, Tertius, décrit une conspiration d'intellectuels pour créer un monde imaginaire (J'ai vérifié la référence sur Wikipedia...).
 
Peut-on alors se baser uniquement sur une encyclopédie qui contient des erreurs? Pire, des impostures? Certainement pas. Mais Wikipedia a des mérites qui doivent dissuader de la jeter avec l'eau du bain. Une rapidité de mise à jour déconcertante, une gratuité qui la rend accessible à tous, un concept de collaboration, de partage, d'émulation collective, d'infini débat qui en font un outil éminemment sympathique. Et peut-être  la plus belle réussite du web collaboratif.
 
Une règle, une seule, donc, pour bien utiliser Wikipedia. Celle que l'on enseigne dans les écoles de journalisme : multiplier, croiser, les sources et garder en mémoire qu'elle peuvent être "orientées" voire de l'intox pure et simple. La "wiki-intelligence" n'est rien d'autre que cela.

Précision de la rédaction

Delphine Soulas, l'une des étudiantes du Master en journalisme qui a réalisé cette enquête sur Wikipedia à Sciences Po, effectue actuellement un stage au sein de la rédaction de LCI.fr. Nous précisons à l'attention de nos lecteurs qu'elle n'a absolument pas participé à la couverture rédactionnelle de ce sujet par notre rédaction, en l'occurence par Olivier Levard. Par souci d'honnêteté, nous avons par ailleurs sollicité les réactions d'un autre co-auteur de l'enquête, c'est pourquoi le nom de Delphine Soulas n'apparaît pas dans nos articles sur le sujet.   Pascal Emond, rédacteur en chef

Document - Les critiques de Wikipedia

Voici un Résumé des critiques faites à l'enquête des étudiants de l'école de journalisme de Sciences Po sur le site de WikiMedia. Vous pouvez retrouver le document complet à cette adresse.

"Vous avez commis quelques contresens et autres erreurs de fait. Il est, par exemple, cocasse que vous insistiez tant sur une erreur de Wikipédia sur le rôle des Jésuites dans une rébellion de l'époque d'Edo, alors que vous prétendez que l'HTML est un langage de programmation, qu'une adresse IP est une signature électronique, ou qu'une vente liée relève de la concurrence loyale (cela pourrait aller dans une liste de « perles »).

Vous abusez des références vagues et des affirmations péremptoires mais non étayées. De la même façon que les « de tout temps » font sourire les professeurs d'histoire, vos prétentions à connaître l'opinion de la « majorité » des « intellectuels » sont suspectes : tout d'abord, on ne sait pas très bien ce que le terme d'intellectuel recouvre (s'il s'agit de toutes les personnes ayant un doctorat en France, par exemple) ; ensuite, on se demande par quel miracle vous les avez tous interrogés, et mesuré la majorité.

Vous abusez des comparaisons péjoratives : score d'élection « stalinien », « inquisiteurs », « milice », etc. Ce style, que l'on pourrait qualifier de « journalistique », de façon toute aussi péjorative, ne masque pas la pauvreté des faits et de l'analyse. De ce point de vue, ce travail ne peut pas être présenté comme une étude.

L'appareil critique est faible, voire inexistant. Aucune bibliographie, vingt-sept notes pour un travail de 68 pages (et manquant de précision, la note 25 en page 45 indique un vague Source : Médiadico, sans mention de l'éditeur, de l'année, de l'url s'il s'agit d'une ressource en ligne). Les raisonnement est souvent indigent.

L'ensemble a toutefois des qualités - par exemple, la distinction entre sources primaires et secondaires, les problèmes du modèle Wikipédia et les tentatives pour y répondre sont rappelés. Il est regrettable que ces points précis ne soient pas examinés à la lumière de faits objectifs, avec rigueur, et que l'ensemble relève finalement de la banalité (pas d'apport original sur ces questions".


 

Par Olivier Levard le 12 juillet 2007 à 18:49
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10 Commentaires

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  • Emmanuel Deloget, le 16/07/2007 à 20h13

    Je ne voudrais pas paraitre bête et méchant, mais j'ai la nette sensation que dans cet article et dans l'autre, vous êtes d'un parti pris assez peu honnête. Mais je commence à comprendre pourquoi. Visiblement, le clan journalistique dans son ensemble a été ébranlé par cette affaire...

  • Benjamin, le 15/07/2007 à 20h40

    Le Wikipedia français est pourri par des administrateurs qui abusent de leur pouvoir pour imposer leur propre vision de l'Histoire dans les articles, et pour bannir ceux qui ôsent ne pas être d'accord avec eux. Le Wikipedia anglais est déjà mieux, et les admins y sont saints d'esprits et ne se sont pas chopé la grosse tête contrairement aux français. Mais vraiment, le wiki francophone est devenu un vivier de crâneurs et de révisionistes qui passent leur temps à s'écouter parler et à s'approprier les articles.

  • Enzo, le 15/07/2007 à 11h20

    Rien à faire de ces étudiants à 2 francs venant d'une école qui a perdu énormement de prestige, si un jour elle en a eu... qu'ils travaillent un peu plus et qu'ils arretent juste,ent de vouloir faire les "intellectuels". Bravo Wikipedia pour être gratuit et interessant pas comme ces étudiants et professeurs d'une école aussi ennuyante qu'eux...

  • Vercingetorix, le 15/07/2007 à 10h09

    Ah bon ,les journalistes apprennent à "croiser leurs sources" ??? Alors, bon nombre ont du oublier leurs cours ou faire l'école buissoniére !!! C'est à celui qui "tirera le plus vite" pour écrire des énormités et qui bien sur ne se corrige jamais à postériori pour rectifier eventuellement les erreurs. C'est bien pour cela que la profession de journaliste est méprisée . Alors ,pour ce qui est dit de Wikipedia ,ces braves petits éléves journalistes auraient mieux fait de lancer un sujet de réflexion sur leur future profession et sur eux memes

  • Markus, le 13/07/2007 à 15h56

    Ils proposent le Citizendium (en.citizendium.org). Le truc est lance par un createur de la Wikipedia a cause de problemes avec celle derniere. Dans le Citizendium, les modifications ne sont plus anonymes et des experts verifient le contenu.

  • Bruno, le 13/07/2007 à 14h29

    La critique est facile ! Et ils proposent quand de mieux et de gratuit les charmants intelectuels ?

  • Guérin, le 13/07/2007 à 12h48

    Les vandalismes ou "tests" des étudiants ont été effectué depuis une IP partagée de Sciences Po; or cela avait été remarqué et des avertissements avaient été lancé, seulement personne n'a osé bloquer cette adresse car il s'agissait de Science Po, établissement prestigieux. Si cela avait été réalisé depuis une IP d'un simple utilisateur, celle-ci aurait été bloqué depuis longtemps. Ce en quoi cet enquête est partiellement biaisé, car les étudiants ont bénéficié du prestige et de la protection de l'école pour faire leur "tests".

  • Chris, le 13/07/2007 à 12h13

    Wikipedia est le symbole meme de la naissance d'une nouvelle economie, appelee Wikinomics, totalement ouverte. Ce terme est d'ailleurs le titre d'un livre qui a ete publie cette annee et qui devrait etre lu par toutes les personnes interessees par ce sujet. C'est deja un best seller. Cela derange, parce que cela force les entreprises, mais aussi les institutions academiques, et finalement les humains, a ouvrir leurs territoires prives. On y parle d'intelligence collective, de reservoir d'idees venant de partout, de collaboration et d'echanges dans des communautes virtuelles. Bien entendu, il y a des erreurs. Mais des erreurs, il y en a partout, y compris dans les sacro-saintes theories. Cependant, la valeur ajoutee de cette approche est telle que le bilan en est fort positif. Il y aura toujours des gens qui resisteront au changement. Mais a voir le nombre des gens dans le monde, et pas seulement en France, qui s'investissent dans ces nouvelles plateformes ouvertes et qui les utilisent est incroyable. C'est un phenomene incontournable, n'en deplaise a ceux et a celles qui veulent tout "controler" et, en particulier, le savoir. Il etait inevitable que les plus conservateurs d'entre nous soient contre ce systeme ouvert. Personnnellement, je crois en l'intelligence collective et je n'ai pas peur de le dire. Je l'applique dans ma vie professionnelle. Et mon statut professionnel n'en a pas souffert, au contraire. J'ai donc le regret de dire que je regarde cette affaire "Science Po" comme une manifestation peu etayee et surtout, (mal) orientee. Cette institution d'enseignement ne risque pas de se moderniser et d'aller de l'avant en faisant parler d'elle de la sorte. C'est dommage pour elle. D'autres institutions, plus tournees vers le futur, ont bien compris l'ampleur du phenomene "Wiki" et vont de l'avant!

  • Lucien, le 13/07/2007 à 11h34

    Quand Jimmy Wales a créé Wikipedia, beaucoup d'internautes, moi le premier, ont salué cette initiative créative, gratuite et généreuse ... Depuis Jimmy Wales, écoeuré par les dérives, souvent sectaires - dérives survolées avec beaucoup de complaisance, d'ailleurs, dans votre article - a abandonné Wikipedia et a créé une nouvelle aventure. Wikipedia est devenu un "machin" où les contributeurs rivalisent souvent dans la désinformation et s'est transgformé en "poubelle en ligne". Je plains les élèves et étudiants qui recopient, in extenso, les entrées de Wikipedia ... L'inétérêt d'Internet n'est justement pas une source unique d'informations; c'est la possibilité dse faire une opinion à partir d'une revue de presse qui va de Al Jezzira à Fox news ...

  • Aigle, le 13/07/2007 à 11h24

    Nous asssitons exactement au même phénomène que le fameux "Vu à la télé", comme si le fait de passer à la télé ne pouvait représenter que l'expression de la plus profonde vérité. On sait ce qu'il en est réellement. Maintenant c'est "Vu sur internet", mais c'est exactement la même chose, sinon pire. Wikipedia est très bien, mais les journalistes ont raison de mettre en garde et de proposer des solutions : multiplier et croiser les sources. Et surtout garder son esprit critique et son libre arbitre, car tout le monde peut dire n'importe quoi dans Wikipedia.

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