Dania Fava, président de l'AFA © DRDans le cadre de la mission contre le piratage, son président, Denis Olivennes a demandé à tous les acteurs du marché de l'aider à lutter contre le téléchargement illégal.
Les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) ont joué le jeu. Daniel Fava, dirigeant chez Telecom Italia (Alice) et président de de l'AFA (Association des Fournisseurs d'Accès et de services Internet) revient pour LCI.fr sur leurs propositions. Outre Alice, l'AFA réunit Orange, Neuf, Numericable et même Darty.
LCI.fr : Avant tout, est-ce vraiment la mission des FAI de lutter contre le piratage?
Daniel FAVA, président de l'AFA : Notre mission n'est pas de faire la police, ni de verbaliser ou même "suivre" les gens qui sont dans l'illégalité. En revanche, à partir du moment où une autorité indépendante est mise en place, ça peut être notre mission de donner les informations sur les personnes qui "se cachent" derrière leur adresse IP (l'identifiant d'un utilisateur sur Internet).
LCI.fr : Quelles propositions a donc faites l'AFA à la mission contre le piratage?
D. F. : Nous avons d'abord proposé la mise en place d'une offre légale qui soit riche et abondante dans des niveaux économiques, à un niveau de prix, compatibles avec notre marché. Nous pensons que le meilleur moyen de lutter contre le piratage, c'est d'offrir des conditions économiques attractives pour que quelqu'un qui cherche un contenu se dise "j'ai plutôt intérêt à rester dans la légalité pour un faible coût que d'aller m'exposer à des sanctions lourdes dans l'illégalité".
LCI.fr : Et pour combattre directement le piratage?
D. F. : Nous proposons la mise en place de "radars de surveillance" en extrémité de réseaux qui soient gérés par une nouvelle autorité indépendante qui pourrait dépendre des forces de police ou de gendarmerie. Cela permettrait d'avoir des la première infraction une riposte graduée.
LCI.fr : Concrètement, cela fonctionnerait comment?
D. F. : C'est comme sur la route, en voiture, il y a des contrôles à certains points stratégiques du réseau, qui permettent de savoir si les internautes se rendent sur des sites "illégaux" ou s'ils téléchargent des contenus piratés. Cela générerait des messages d'alerte signalant aux internautes qu'ils commettent une infraction et leur demandant de changer d'attitude. A la deuxième ou troisième récidive, faute de réaction, il pourrait y avoir une sanction à travers une contravention, un PV.
LCI.fr : Vous renoncez à éradiquer les contenus "pirates " directement?
D. F. : Le filtrage du contenu, ce serait compliqué. C'est d'abord peu efficace car il est possible de le contourner par divers moyens. C'est ensuite une contrainte très lourde, très chère, et qui génère une baisse des débits. Nous n'y sommes donc pas favorables.
LCI.fr : Quelles sont les revendications des FAI? Demandez vous une contrepartie à ces efforts?
D. F. : Pour une offre la plus large possible, deux contraintes nous posent problème. D'abord les fameux DRM - les mesures techniques de protections des fichiers musicaux - font que les offres légales ne sont pas aujourd'hui compatibles entre elles, leurs fichiers pas transférables d'un appareil à un autre. Au contraire, les offres illégales, sans DRM, sont transférables très simplement entre tous les appareils, lecteurs MP3, PC, téléphones mobiles... Nous voulons donc soit une suppression, soit une harmonisation des DRM.
LCI.fr : Et la deuxième contrainte?
D. F. : Elle porte sur toutes les séries télévisées et les films en offre de la demande (VOD) qui se développent beaucoup chez les FAI. Nous avons un problème de chronologie. Aujourd'hui, ces contenus sont disponibles six mois après leur diffusion en DVD et seulement après sept mois et demi en VOD. On voudrait tout simplement que cela soit ramené au niveau du DVD.
LCI.fr : On sait combien les maisons de disque tiennent aux DRM (Voir notre interview de Pascal Nègre, le patron d'Universal). La commission va-t-elle pouvoir trouver un accord?
D. F. : De toute façon, il faudra trouver un accord! La situation d'aujourd'hui vient justement du fait qu'il n'y a pas eu de consensus. Le mérite de cette commission est de chercher à le faire. La solution pourrait être de supprimer ou d'harmoniser les DRM sur les œuvres françaises. Elles représentent, selon certaines études, 60% des contenus musicaux échangés.
LCI.fr : En quinze jours, c'est possible?
D. F. : Oui, à partir du moment où les FAI sont conscients qu'il faut améliorer les choses pour avoir de bonnes offres et que les artistes doivent être rémunérés pour leur travail. Les ayants droit ont aussi compris que lutter contre Internet n'était pas efficace. Dans l'intérêt de tous, il faut trouver un accord où tout le monde s'y retrouve. L'avantage, c'est que Denis Olivennes a un point de vue très mesuré, et c'est une bonne base pour pouvoir avancer.
LCI.fr : Free est le seul gros fournisseur d'accès à ne pas être membre de l'AFA. C'est un problème dans la mesure où c'est le FAI qui est le plus souvent accusé de favoriser le piratage?
D. F. : C'est plutôt un avantage car l'AFA est une association de FAI "légalistes"qui ont le souci de respecter les règles. Free est toujours limite et joue toujours un peu avec la loi. Le fait qu'il ne soit pas des nôtres nous facilite la tâche.
LCI.fr : L'AFA, c'est donc l'association des FAI "bien élevés" !?
D. F. : En tout cas, nous pensons qu'à partir du moment où on met en ligne du contenu pour développer nos offres, il est normal que l'on rémunère ce contenu à sa juste valeur. C'est assez sain...
LCI.fr : Qu avez-vous pensé de la déclaration de Christine Albanel, la ministre de la Culture, qui demandait à Free de se ranger, de lutter contre le piratage, avant d'avoir accès au marché des licences 3G (Voir notre article)?
D. F. : Je ne comprends pas que ce soit une condition pour l'acquisition d'une licence 3G. Maintenant, que tous les FAI respectent les règles, ça me semble être une bonne chose!
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