Le Minitel fait de la résistance

Par Delphine SOULAS, le 25 janvier 2008 à 06h55 , mis à jour le 02 février 2008 à 18h13

Enquête - A l'heure où plus d'un Français sur deux a accès à Internet, le Minitel n'en génère pas moins un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros en 2007.

minitel © France Telecom

Chez Danièle, la soixantaine, le Minitel sert toujours. Elle a pourtant un ordinateur, connecté à Internet. Mais souvent, lorsqu'elle a besoin de connaître un numéro de téléphone, c'est vers le Minitel qu'elle se tourne. "C'est pratique, c'est plus rapide que d'allumer l'ordinateur", explique-t-elle. Et elle n'est pas la seule. Car si le nombre d'utilisateurs du Minitel a chuté de 90% entre 1996 et 2006, les services télématiques ont généré un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros en 2007. Sur les publicités, les adresses Internet ont pourtant remplacé les quatre chiffres emblématiques de l'ère du Minitel. En octobre dernier, c'est le service de la SNCF qui fermait ses portes. "Les ventes via le Minitel stagnaient depuis des années autour de moins de 1% des ventes totales", explique-t-on au sein de l'entreprise. "Le service est mort naturellement."

  • Le Minitel n'a pas encore dit son dernier mot

    Alors qu'il devait disparaître fin septembre, France Télécom a décidé d'accorder neuf mois de vie supplémentaires au Minitel. Déconnexion prévue le 30 juin 2012, pour le bonheur des nostalgiques.

    Publié le 21/07/2011 Le Minitel n'a pas encore dit son dernier mot
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Le Minitel rose a perdu 38% de son audience en 2006
 
Et l'avenir du Minitel n'est pas rose. Le temps de connexion a en effet baissé de 32% en 2005, et même de 34,9% l'année suivante. Aucun secteur n'est épargné. Et le charme ne fait pas exception, même s'il reste le service le plus consulté derrière ceux destinés aux professionnels. Alors que les sites Internet interdits aux moins de 18 ans se multiplient, les "messageries conviviales", comme les appelle France Télécom, ont en effet vu leur audience chuter de 38% en 2006. Quant au 3611, l'annuaire sur Minitel de France Télécom, le temps de connexion à ce service a été divisé par quatre entre 2003 et 2007.

Reste que le Minitel est sans doute plus facile à utiliser qu'Internet pour certaines personnes. "Le Minitel va tenir une place de plus en plus réduite dans la vie quotidienne des Français. Néanmoins, certaines personnes, de plus de 50 ans notamment, estiment le Minitel plus simple et plus sûr à utiliser que les outils plus modernes comme le micro-ordinateur connecté à l'Internet", assure une note du ministère de l'Economie. Chez les plus de 70 ans, le taux d'équipement des ménages a même augmenté entre 1996 et 2004. Mais ils restent une exception : moins de 12% des foyers français possèdent encore aujourd'hui un Minitel contre 18% en 1996.

"Le Minitel n'est pas mort"

Résultat : les entreprises sont loin d'avoir complètement abandonné ce moyen de communication. "Le Minitel n'est pas mort car il rapporte encore de l'argent", assure-t-on chez France Télécom. Certes, le nombre de services existants a considérablement chuté ces dix dernières années, passant de 25.000 en 1996 à environ 4000 aujourd'hui. Mais puisque les coûts de maintien de ces services sont faibles pour les entreprises, beaucoup d'entre elles continuent, en plus d'Internet, d'être présentes dans l'univers télématique.

Pour L'Argus, un tiers des recettes hors journal vient du Minitel
 

C'est le cas de la société éditrice de L'Argus de l'automobile, qui vend à ses clients la cote des véhicules d'occasion. "Notre objectif, c'est de permettre au plus grand nombre d'accéder à nos services", explique Jean-Claude Marcantonio, directeur opérationnel du groupe L'Argus. D'où, en plus d'un journal et d'un site Internet, une présence sur Minitel, sur lequel trois millions de personnes se sont connectées en 2007. Car si les recettes générées via ce support baissent de 30% chaque année depuis deux ans, un tiers de l'argent encaissé en dehors de la vente du journal provient encore aujourd'hui du Minitel, contre deux tiers d'Internet. "On arrêtera d'être présent le jour où France Télécom nous dira que ce n'est plus rentable", assure Jean-Claude Marcantonio, qui ajoute que son service télématique fait partie des cinq plus grosses audiences.

La mort du Minitel ne semble donc pas pour 2008. D'autant que France Télécom adapte ce moyen de communication aux nouvelles technologies. Emulateurs pour ordinateur, sites Internet à partir desquels il est possible de se connecter à tous les services télématiques. "Le développement de l'iMinitel est un frein à sa disparition", explique Jean-Claude Marcantonio. Mais même pour France Télécom, la mort du Minitel semble inéluctable à moyen terme, à l'exception peut-être des services aux professionnels. D'ici 2015, soit un peu plus de trente ans après sa création, ce symbole des années 1980 aura sans doute complètement disparu des foyers français. Et qui sait, peut-être qu'un jour les collectionneurs s'arracheront les terminaux à prix d'or. Aux enchères... sur Internet. 

Le 3615 ULLA n'est pas mort

Contrairement à ce que nous avons initiallement écrit dans cet article, le service de minitel rose 3615 ULLA n'a pas disparu. Bruno Bernier, directeur éditorial d'AGL, assure même que son entreprise réalise encore près de 30% de son chiffre d'affaires sur divers services télématiques. Veuillez nous excuser de cette erreur.

Par Delphine SOULAS le 25 janvier 2008 à 06:55
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10 Commentaires

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  • Alex. B, le 30/05/2009 à 09h14

    Nous avons eu un service similaire chez nous au Québec, l'ALEXTEL distribué par BELL Canada, qui détenait alors le monopole dans les télécommunications par téléphone, ça revenait assez cher, près de 25cents la minute (genre 3-4 francs chez vous), le problème avec ce système c'est sa centralisation, Internet c'est un réseau décentralisé qui permet (à bas coûts) d'échanger rapidement de l'information. L'ALEXTEL a été essayé seulement dans la région de Montréal mais il n'a jamais connu de succès, premièrement à cause de son coût et deuxièmement par qu'Internet est arrivé peu de temps après (2-3 ans). Si l'ALEXTEL aurait été lançé au début des années 80 comme en France, il aurait peut-être connu un certain élan de popularité.

  • Jean Luc, le 26/01/2008 à 11h26

    A l'attention de Cyril . Sur internet le site de la cpam c'est ameli.fr et c'est gratuit .

  • PACO, le 26/01/2008 à 09h44

    L'internet n'est pas si gratuit que ça : cout de l'ordinateur plus abonnement obligatoire

  • JC L, le 25/01/2008 à 23h38

    Il ne faut pas oublier que c'est à cause de lui qu'on s'est pris 10 ans de retard sur Internet. Heureusement que l'ouverture à la concurrence a permis à des acteurs comme Neuf ou Free de nous faire accèder à des techno modernes à cout ZERO

  • Useldinger, le 25/01/2008 à 17h37

    Je suis ravie que vous ayez abordé ce sujet. Le minitel est un outil facile, rapide, très clair. J'ai un ordinateur depuis très longtemps, j'ai toujours trouvé le minitel plus clair et plus rapide. Quant à sa chûte en termes de connexion, n'est-ce-pas dû au fait que France Télecom l'a soudainement rendu payant ?

  • Philippe, le 25/01/2008 à 13h44

    Le minitel, c'etait Internet avant l'heure, un fleuron et une fierte de la technologie francaise. Puis la politique s'en est melee, taxant et surtaxant les minutes d'utilisation, louant l'ordi qui servait de support au minitel le tout gerer par une compagnie nationalisee qui vendait la minute de connection 3,60F!!! qui pouvait se payer ca??? ...bref ca s'appelait le socialisme et ca ressemblait au communisme....En quelques annees, le systeme internet tel qu'il a ete commercialise par les americains a deferle sur le monde, les prix ont ete ouvert a la concurrence, l'internet est devenu DEMOCRATIQUE et aujourd'hui on ne peut que se retourner sur notre glorieux passe et se dire qu'une fois de plus on a failli exporter un outil francais et la langue francaise a travers le monde!

  • Chongtak, le 25/01/2008 à 10h09

    C'est normal que ca génére un tel chiffre d'affaire quand on voit les tarifs! France telecom nous prend vraiment pour des vaches a lait.

  • Cyril, le 25/01/2008 à 09h03

    S'il fait de la résistance, c'est grâce à la sécu et sa carte vitale...Faudrait évoluer ! Celà coûte hors de prix à tous les utilisateurs qui veulent communiquer avec la CPAM.

  • Tom, le 25/01/2008 à 08h02

    La raison de la survie du minitel est simple : la facturation du service est effectuée en fonction du temps passé, automatiquement, sur la facture de téléphone. Pour faire un micropaiement sur internet, il faut appeler un numéro surtaxé, noter un, voir plusieurs codes, et les recopier dans un formulaire. L'autre solution est de donner son numéro de carte bleue.... peu encourageant pour les petites transactions style annuaire inversé... le minitel à l'avantage de la simplicité.

  • JCVD, le 25/01/2008 à 07h33

    Le minitel n'a plus rien pour lui, je ne comprends pas pourquoi il existe encore. Je sais qu'il est maintenu artificiellement en vie car pour s'inscrire dans certaines études supérieures il faut le faire par minitel en payant 5 ou 10? de communicaton là pour l'internet est gratuit... Et qui paye au final???

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