Cet article a été réalisé grâce à des témoignages de nos internautes
Que ceux qui ne connaissent pas Facebook lèvent le doigt. C'est toute la puissance du phénomène de mode, qui s'impose avec la force de l'évidence : Facebook s'est hissé en un temps record au rang de géant mondial dans le créneau des sites de socialisation. C'est donc le lieu du Net où il faut être. On s'y montre, on s'y retrouve, on s'y rencontre. Toute une palette d'outils est mise à la disposition du nouvel arrivant pour favoriser les échanges, depuis les listes "d'amis" que l'on peut piocher sur Facebook jusqu'aux connexions sur votre profil signalées directement par mail, en passant par les messages laissés par les visiteurs sur votre page personnelle... Autant d'outils, autant de codes - et autant de risques de surprises quand les relations virtuelles côtoient d'un peu trop près le réel.
Qui dit "socialisation"... dit rencontres, et plus si affinités. Céline* a rencontré son compagnon sur Facebook. Mais ensuite, a-t-elle confié lors de notre appel à témoins, "je me suis attendue à ce qu'il désactive son compte, ce qu'il n'a pas fait. Au contraire, il a continué à ajouter des filles à sa liste, chose qui m'a fait douter de lui. J'ai ensuite tout fait pour accéder à son compte et j'ai réussi, et c'est là que j'ai découvert comment la drague peut être facile sur Facebook ! Aujourd'hui, je sais que tant que mon partenaire n'a pas désactivé son compte, je ne pourrai pas lui faire confiance, mais je n'ose pas le lui dire".
Vraies rencontres et contresens
"On est très imprudent dans ce monde virtuel", souligne l'anthropologue et sociologue Philippe Breton (1). "Ça conduit à des heureux hasards, mais aussi à beaucoup de contresens, de rencontres qui ont l'air de se faire mais ne se font pas". Et il pointe les effets de la désinhibition souvent constatée dans les relations qui se tissent sur les sites de socialisation : "elle n'est pas forcément un atout pour la communication. Il vaut mieux parfois être plus inhibé, c'est-à-dire plus prudent, réfléchir à ce que l'on fait, garder une certaine distance. C'est en soi une qualité sociale".
Cette appréciation de la "distance" à garder peut déjà créer des tensions. Ainsi pour Arnaud*, "avant Facebook, tout allait bien". Vint l'idée de s'inscrire et tout changea. "Bientôt, nous avons découvert que l'on pouvait préciser la personne avec qui l'on était en relation. Une chose toute bête, mais ceci fut objet de quelques disputes, moi souhaitant que cela apparaisse, et elle ne le souhaitant pas". Des relations a priori virtuelles peuvent même dégénérer en jalousie bien réelle. Une jalousie qui n'épargne pas les relations d'amitié : Julien* évoque le cas de cet ami "super vexé, et qui menaçait de rompre tout lien avec moi, simplement parce que j'avais mis certains de ses amis en "ami" sur mon profil". Dans son cas, l'explication a permis d'éviter la rupture.
"Elle m'a oublié ; puis elle m'a quitté"
Grégory*, en revanche, en est persuadé : Facebook a signé l'arrêt de mort de sa relation. "La fille que j'aimais a retrouvé ses amis de fac, raconte-t-il ; après elle m'a oublié ; puis elle m'a quitté". François*, qui affirme ne s'être jamais inscrit, s'est en revanche vite irrité du jeu de séduction mené sur Facebook par sa compagne du moment. "Je me rappelle quand elle me disait : "Mais ce n'est qu'un site web, de quoi as-tu peur ?" Seulement, via Facebook, l'effet Damoclès est que "retrouver ses amis" peut signifier "retrouver ses ex-petits amis". Sur sa page Facebook, ses ex-petits amis ont mis des photos de leur ancienne relation". Grégory n'a pas supporté. Résultat : là encore, une rupture.
"C'est un phénomène récent, relativise Philippe Breton. On n'a pas la culture qui permettrait l'appropriation de ces outils. On a pu voir les mêmes problèmes lors des débuts de l'art épistolaire... à l'époque de la Renaissance. Puis, on a fait l'apprentissage nécessaire". Mais l'apprentissage peut être douloureux, surtout lorsque les outils sont aussi nombreux et complets que sur Facebook. Avec parfois comme conséquence des quiproquos inextricables. "Une amie m'avait inscrite sur ce site sans que je le sache, témoigne Chloé*. Il est vrai que je n'ai jamais trop apprécié ce genre de chose. Elle m'en a parlé par la suite, mais je n'avais pas utilisé mon profil. Un jour, je reçois un mail de Facebook me disant que j'avais eu des connexions sur mon profil, qu'il s'agissait de garçons... Ce n'est pas moi qui ai lu ce mail, mais mon ami. Au début, il ne m'en a pas parlé. Puis j'ai reçu la photo d'un gars complètement "allumé" qui me demandait si j'étais célibataire et si j'étais prête à rencontrer quelqu'un. Je n'ai jamais répondu, mais dès lors j'ai un mail tout les jours. C'était peut-être une blague de la part de ce jeune homme, mais ce n'est pas lui qui a subi la jalousie de mon ami... que je ne connaissais pas jusqu'alors".
(1) L'anthropologue et sociologue Philippe Breton est chercheur au CNRS (Laboratoire Cultures et sociétés en Europe). Il vient de publier "Convaincre sans manipuler", aux éditions La Découverte.
* Les prénoms des personnes ayant accepté de témoigner ont été modifiés pour préserver leur anonymat.








