Pascal Nègre : "Je ne cherche pas à attaquer les internautes"

Par , le 27 mai 2008 à 18h22 , mis à jour le 29 mai 2008 à 19h22

Interview - Pour LCI.fr, le PDG d'Universal, Pascal Nègre, défend la prochaine loi contre le piratage et revient sur son image de "grand méchant".

Pascal Nègre, à l'Olympia, le 26 mai 2008Pascal Nègre, à l'Olympia, le 26 mai 2008 © Jeremy Suyker / LCI.fr

Pascal Nègre contre-attaque. Avec la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP), le bouillonnant patron d'Universal publie un sondage selon lequel les Français ne sont pas aussi hostiles qu'on veut bien le croire à la future loi sur le piratage que les majors réclament à cor et à cri.
 
Selon l'enquête de l'Ifop commandée par le SCPP, 88% des Français ayant déjà téléchargé illégalement de la musique ou des films cesseraient même de le faire s'ils recevaient deux messages d'avertissement, ce que prévoit la loi. "Les Français ont bien compris l'esprit de la future loi, qui entend faire en priorité de la pédagogie et limite la répression à de simples suspensions temporaires d'abonnement Internet, réservées de surcroît aux fraudeurs endurcis", s'est déjà enthousiasmée dans la foulée la ministre de la Culture, Christine Albanel, qui portera prochainement le projet à l'Assemblée.
 
Quelques jours après la pétition contre la loi lancée par le mensuel SVM, Pascal Nègre commente ce sondage qu'il juge encourageant. Dans le hall de l'Olympia, le patron d'Universal revient pour LCI.fr sur la controverse autour du texte, son pontentiel contre le piratage, et même sur son image de "grand méchant patron" auprès des internautes. 
 
LCI.fr : Il y a déjà eu de nombreuses offensives contre le piratage en France. Pourquoi pensez-vous que la prochaine loi est "la bonne"?
 
Pascal Nègre, PDG d'Universal : Parce que tout à coup, il y a une sorte d'adéquation entre une filière - celle du disque, du cinéma, de la télévision et mêmes les fournisseurs d'accès - et l'avis des Français. Notre sondage le montre, grosso modo 80% des Français, et même ceux qui téléchargent illégalement,  nous disent : "Eh bien oui, il faut payer les artistes, les auteurs, les compositeurs". 74% nous disent : "Eh bien oui, cette loi, elle n'est pas idiote, vous allez nous envoyer des messages et, effectivement, on arrêtera de télécharger illégalement au bout de deux".  Ce sondage est apaisé : les ayants droit et les Français sont sur la même longueur d'onde. L'idée de la loi est de dire : "Si vous recommencez trois fois, on va vous couper l'accès à Internet".  Pendant une période, une courte période, vous n'aurez plus accès à internet. Comme lorsque vous perdez tous vos points avec votre permis de conduire, vous n'avez plus accès à votre bagnole.
 
LCI.fr : Certains s'y opposent toujours. C'est inévitable?
 
P. N. : Bien sur, il y en a encore 10% qui disent : "Jamais, vous pouvez m'envoyer tous les messages de la terre, je continuerai à pirater, je vous emmerde". Bon, très bien. Mais globalement, il se passe quelque chose de très intéressant.
 
LCI.fr : Des hommes politiques et des spécialistes du Web signent pourtant dans SVM une pétition hostile aux accords Olivennes à la base de la loi. Il y a déjà 10 000 signataires...
 
P. N. : Je n'ai pas dit que 100% des Français étaient derrière cette loi.
 
LCI.fr : C'est donc une "minorité agissante" ?
 
P. N. : Voilà, oui, c'est ce que nous indique le sondage...
 
LCI.fr : Qu'est-ce que vous inspire, malgré tout, cette pétition ?
 
P. N. : Je remarque qu'il n'y a pas beaucoup d'artistes, parce qu'ils sont conscients du fait que cette loi est dédramatisante. Elle permet d'abord d'informer, de sensibiliser, d'envoyer des messages, ce que l'on fait dans les autres pays depuis cinq, six ans... D'ailleurs, c'est sûrement pour ça que le business du téléchargement légal est beaucoup plus développé en Angleterre et en Allemagne qu'en France. Chez eux, il y a déjà eu ces envois massif d'e-mails : "On vous a repéré, vous n'avez pas droit de télécharger illégalement".
 
LCI.fr : Selon un extrait de la pétition, "La surveillance sans pareille des activités des internautes que ces mesures impliquent n'est pas digne d'une société dans laquelle nous aimerions vivre". Qu'en pensez-vous?
 
P. N. : Mais il n'y aura aucune surveillance des internautes ! Ce que l'on va surveiller ce sont les œuvres. Cela existe déjà, cela a été approuvé par la CNIL. Elle avait dit non dans un premier temps et cela avait été cassé par le Conseil d'Etat. Si on lui demande son avis sur le projet de loi, elle va probablement dire qu'elle est contre, mais c'est simplement le même mec qui va dire la même chose. Ce système existe pourtant partout en Europe où ce sont directement les opérateurs privés qui envoient les e-mails d'avertissements. Ici, cela va passer par une haute autorité qui protége l'internaute, plus qu'à l'étranger.

Pacal Nègre, à l'Olympia, le 26 mai 2008

LCI.fr : Le combat autour de cette loi se résume donc à une bataille  "lobby contre lobby"?
 
P. N. : Pas du tout. On nous dit qu'on appartient au passé, qu'on est rétrogrades, mais c'est simplement une attaque politicienne de députés de gauche qui pensent qu'en termes d'image, c'est chic et branché de dire que les jeunes ont raison. En même temps, les jeunes nous disent maintenant eux-mêmes : "Eh bien oui, sifflez la fin de la récré!".
 
LCI.fr : L'idée d'une licence globale qui aurait permis à chacun d'accéder sans limite à la culture n'a jamais vu le jour. Quelle alternative proposent les majors?
 
P. N. : Donner l'accès aux catalogues,  c'est une idée que l'on partage. Notre réponse à la licence globale, c'est l'abonnement. Simplement, on n'est pas pour la licence globale qui est une forme de taxe. Vous pouvez maintenant choisir un abonnement à un prix déterminé avec ceux qui le proposent.
 
LCI.fr : Universal s'en sort globalement beaucoup mieux que ses concurrents qui ont parfois annoncé plusieurs plans sociaux. Comment l'expliquez vous?
 
P. N. : Sûrement parce qu'on est plus agressifs sur tout ce qui se fait sur Internet. Universal est souvent le premier sur les nouveaux modèles qui émergent. La première plateforme de téléchargement  légal, c'est nous. On a aussi été très actifs sur la téléphonie, avec Universal Music Mobile, en 2001 ou les forfaits de titres. Nous sommes aussi les premiers à proposer nos catalogues avec un fournisseur d'accès, Neuf Cegetel, ou encore à avoir signé avec Dailymotion il y a bientôt un an et demi. Nous venons aussi de lancer la carte SoMusic avec la Société Générale (Voir notre article). A terme, le but c'est que l'ensemble des catalogues, pas seulement ceux d'Universal, soient présents sur l'ensemble des offres.
 
LCI.fr : Vous n'avez pas apprécié un article publié récemment sur notre site. Vous niez avoir "mangé votre chapeau" dans l'affaire Deezer comme nous l'écrivions....
 
P. N. : C'est en effet faux, je n'acceptais simplement pas qu'on mette en ligne notre catalogue sans signer de contrat. Si on a mis du temps a signer avec Deezer, c'est qu'on était absolument pas d'accord avec la technologie qu'ils utilisaient au départ car c'était une machine à pirater.  Aujourd'hui, vous ne pouvez plus y télécharger les fichiers ou vous connecter à partir de n'importe quel pays. On a donc été les premiers à signer pour une quarantaine de pays car, technologiquement, on était rassurés.
 
LCI.fr : Vous êtes devenu un symbole de la lutte contre le piratage. Comment l'expliquez-vous?
 
P. N. : Il se trouve que j'ai été le premier à être convaincu qu'a partir du moment où vous pouvez télécharger un titre gratuitement, vous le faites. Tant qu'on ne transforme pas la "musique gratuite" en "musique gratuite mais risquée", vous allez continuer, ça me parait normal. Cela fait maintenant 14 ans que je dirige Polygram, devenu Universal, je suis donc aussi le PDG qui est là depuis le plus longtemps pour parler de piratage. Vous connaissez les journalistes : à partir du moment où vous appelez une fois quelqu'un pour parler de piraterie, la prochaine fois, vous appellerez le même. Donc à partir d'un moment, Pascal Negre, c'est grosso modo la piraterie et la Star Academy....
 
LCI.fr : Vous avez tout de même un coté grande gueule, vous faites souvent des déclarations assez fracassantes....
 
P. N. : Pas fracassantes, je ne fais que dire que je ne crois pas au modèle unique de la gratuité. Bien sur, si vous regardez un clip sur M6 c'est gratuit, il y a une pub avant, mais je ne pense pas que c'est ce système-là qui financera l'ensemble de la production. Pour moi, Internet est une révolution formidable, à la fois pour détecter des talents et pour créer des buzz sur les artistes, c'est un outil de médiatisation et de marketing... Nous l'utilisons évidemment, et de plus en plus.
 
LCI.fr : Cela n'est jamais difficile d'être "détesté"par tant de gens?
 
P. N. : C'est vrai si vous tapez "Pascal Nègre" sur Google... Mais je m'en fous : si vous venez avec moi dans la rue, les gens sont très sympas. Et quand je vois des internautes qui disent "de toute façon, il ne vend que de la soupe", c'est tellement faux ! Si produire Bashung, Grand Corps Malade, Duffy, Amy Winehouse ou Portishead, c'est vendre de la soupe alors, dans ce cas, c'est la soupe que j'aime, que j'écoute et que je revendique... D'ailleurs, je ne cherche pas à "attaquer" les internautes. Je suis juste viscéralement convaincu qu'on doit défendre la création française parce qu'on a réussi avec les artistes quelque chose de magique. Avec le Japon, on est un des deux pays au monde ou la proportion des disques vendus par des artistes nationaux est la plus forte : 70% sont des disques de chanson française. De la techno au rap en passant par le R'n'B ou le rock, la nouvelle chanson française et même la Starac', il y a une vrai création française. C'est unique.

Par Olivier Levard le 27 mai 2008 à 18:22
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28 Commentaires

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  • Vince, le 29/05/2008 à 11h30

    C est de la pure et simple manipulation d opinion et les gens ne sont pas dupes . ca laisse tout de meme une desagreable impression de mepris de la part des politiques a l egard de l opinion du peuple . le seul vrai decideur se revele encore et toujours l argent . 20euro le cd et 1 euro pour l artiste et les 19 qui restent ? dans la poche de mr Negre la pauvre victime des telechargements illegaux . merci de me publier cette fois on est encore en democratie meme si ca semble de moins en moins evident

  • Boris, le 28/05/2008 à 17h31

    Dire que la plupart des clampin achetent maintenant leur ordi avec la licence vista, qu'ils doivent faire eux meme leur sauvegarde de vista sur un dvd qu'ils achetent et sur lesquels ils payent une taxe pour remunerer les possesseurs de copyright dont crosoft, la je me marre

  • Miguel, le 28/05/2008 à 17h09

    Dans le genre coup d'épée dans l'eau on tient la plus grandiose de l'année car premièrement ceux qui sont des "pros" du piratage ont surement trouvé une parade, deuxièmement la loi Hadopi ne cible que les réseaux de partage P2P alors que le piratage passe par bien d'autres canaux. Pour avoir écrit un mémoire sur le sujet, je sais qu'il existe bien d'autres manières de pirater, et ce, en toute impunité car la loi s'est acharné uniquement sur le P2P. Troisièmement, avec les couacs essuyés par le gouvernement ces temps ci, des amendements pourront peut être modifier le projet de loi. Quatrièmement, le point le plus important : la loi sera peut être inapplicable si des associations de défense portent le sujet devant la justice européenne, étant donné que l'europe a donné un avis négatif sur cette loi. Donc voici bel et bien un coup d'épée dans l'eau, et un gros...

  • Esteban, le 28/05/2008 à 14h31

    Attention, la question posée par Ipsos commence par un préambule qui rappelle que "aujourd'hui, un internaute qui télécharge illégalement de la musique sur Internet risque une condamnation pénale pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende". donc monsieur pascal vous détournez le vrai sens de la question.

  • Yann, le 28/05/2008 à 14h28

    Tout ceci est bidon. les internautes ne cesseront pas de télécharger pour autant, ils passeront vers des systèmes sécurisés et anonymes, qui prennent de l'ampleur face aux anciens systèmes.

  • Antoine, le 28/05/2008 à 13h48

    Toujours la même chose : taxer les gens. Si on empechait les majors de pratiquer des marges affolantes sur tous les DVD, CD et autres produits, les prix seraient moins élevés, et on pourrait en acheter plus. LE problème du piratage, c'est pas que ça ne rémunère pas les artistes, ça les lobby s'en fichent, le problème, c'est qu'elles ne peuvent plus gagner des milliards de marge !! Mais l'idée n'est pas (jamais) de protéger le consommateur, l'idée est de permettre à ses firmes de gagner toujours et encore plus. Je télécharge occasionnellement. SI les prix étaient moins élevés, je ne le ferais plus. PS : il m'est arrivé d'acheter, comme beaucoup, des films en DVD parce que je les avaittéléchargé et qu'ils m'ont plu, alors que je ne les aurais jamais acheté sans les avoir vus !! Merci de publier

  • Mr Chipoteur, le 28/05/2008 à 13h09

    1. concernant ce sondage, la "peur du gendarme" qui ferait s'arrêter de pirater 88% des Français n'a rien à voir avec le fait de soutenir la loi. 2. que le téléchargement légal soit plus développé en Grande Bretagne est lié au fait que - en plus de la variété consensuelle (généralement de bas étage), les majors continuent à y développer des artiste originaux (et exportables) et restent attractives pour les fanatiques de musiques (les + gros consommateurs), à la différence des majors françaises (cf Universal : les artistes de qualités sont soit dans la maison depuis 15 ans, soit importés) - majors et distribution n'y ont pas mené une politique de prix aberrante comme cela a été le cas en france de 1998 à 2005 environ. en rendant le disque trop cher, ils se sont aliénés les gros consommateurs (qui sont passés directement au piratage) pour faire plus de profit sur la masse qui achète deux CDs par an (Britney, Johnny, Bruel, Zazie...). - ils se sont peut-être mieux débrouillés pour distribuer le téléchargement légal que les majors françaises incapables de mettre en place une plateforme commune ou une politique de prix logique (pendant longtemps, le coût d'un album immatériel était le même que celui d'un CD avec un packaging = marge plus forte pour la maison de disque, mais volume de téléchargements ridicule). Seuls Itunes et la Fnac nous ont sortis de la panade. J'aimerais voir une plateforme de téléchargement développée par la Sacem, mais elle se devrait de fonctionner sur des bases plus égalitaires entre artistes et entre maisons de disques, ce n'est donc pas prêt d'arriver. 3. "Notre réponse à la licence globale, c'est l'abonnement." Oui mais acheter un album pour une durée limitée ou sans pouvoir le lire sur d'autres plateformes que son PC/iPod, ça ne marchera jamais, surtout si le catalogue représente une fraction infime du back catalogue de la maison de disque.

  • Un internaute en colere, le 28/05/2008 à 12h54

    Bonjour, l'intitulé du sondage était "préfériez-vous risquer 300 000 euros d'amendes et 3 ans de prison ou alors la riposte gradué" normal que 74 % des gens ont choisis la seconde solution. Vive la manipulation de l'opinion publique à des fins mercantiles. Merci à LCI de me publier pour que les gens est une information objective, chose qu'il n'y avait pas dans cet article.

  • JF, le 28/05/2008 à 12h50

    Une taxe sur sur les droits d'auteur pour le DVD vierge sur lequel je vais faire la sauvegarde de mon système d'exploitation ... Il est là !! le véritable piratage

  • Vivec, le 28/05/2008 à 12h26

    Vu la formulation de la question aux sondés (etes vous pour une peine de prison ou pour la riposte graduée?), ça ne m'étonne guère qu'ils soient ok pour la rispote... On peut faire dire ce qu'on veut a des sondages...

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