Il n'a ni couteau entre les dents, ni bandeau sur l'oeil : aujourd'hui, en France, le pirate a pris les traits de monsieur Tout-le-monde. C'est votre collègue, votre voisin de palier. Il se présente sous les traits d'un homme jeune, majoritairement salarié (à moins qu'il n'ait perdu son emploi), surfant régulièrement sur la Toile, plutôt diplômé, plutôt de gauche. Tel est le portrait-robot de celui que les maisons de disques accusent de faire chuter leurs ventes, et auquel le projet de loi Création et Internet menace de couper l'accès au web.
Par "pirate", bien sûr, il faut entendre ici : adepte du téléchargement illégal. Et son portrait a été tracé à travers un sondage TNS Sofres/Logica pour Metro, alors même que l'Assemblée nationale s'apprête à examiner le projet de loi Création et Internet. Un texte toujours aussi controversé, puisque parallèlement à cet examen en France, l'eurodéputé Catherine Trautmann a réintroduit son amendement anti-riposte graduée dans le Paquet Télécom en cours de discussion au niveau européen. Dans la lutte contre les "pirates", la fin justifie-t-elle les moyens ? Y a-t-il au contraire un "noyau dur" de libertés à protéger envers et contre tout sur internet ? L'étude TNS Sofres/Logica, intitulée "Les Français et le téléchargement illégal", éclaire le débat d'un jour nouveau en révélant, d'une part, l'ampleur du phénomène, et d'autre part, à quel point il est lié à la "fracture numérique" et aux habitudes prises par la "génération internet".
Le téléchargement illégal tente plutôt les hommes
Pour les besoins de l'enquête, un millier de personnes ont été interrogées en face à face sur leurs pratiques sur le web. L'étude reflète donc, non la réalité objective du téléchargement illégal, mais les habitudes que les intéressés ont reconnues à travers leurs déclarations. Ainsi, 20% de l'ensemble des sondés admettent avoir déjà téléchargé des contenus de manière illégale. Mais la proportion monte à 36% chez ceux qui surfent quotidiennement sur internet. Il faut y ajouter ceux qui n'ont jamais téléchargé illégalement mais ont déjà utilisé des contenus téléchargés illégalement : ils sont 6% de l'ensemble des Français, et 9% des internautes ayant une pratique quotidienne du web. Les contenus illégaux privilégiés : de la musique (c'est le cas pour 18% des sondés, et pour 33% des internautes quotidiens), et des films (13% pour les premiers, 24% pour les seconds).
Directement liée à la pratique d'internet, la proportion des adeptes du téléchargement illégal est aussi d'autant plus importante que les sondés sont jeunes : 57% des sondés âgés de 18 à 24 ans avouent avoir succombé à la tentation, une proportion qui décroît au fil de l'âge : elle représente 40% des 25 à 34 ans, 21% des 35 à 49 ans, jusqu'à tomber à 1% tout juste chez les plus de 65 ans. Ces "pirates" que vise le projet de loi sur lequel doivent se pencher les députés sont, par ailleurs, majoritairement des hommes : sur l'ensemble des sondés, ceux qui ont répondu positivement à la première question sur le téléchargement illégal étaient à un peu plus de 24% des hommes, contre un peu moins de 16% de femmes.
Plus on est diplômé, plus on télécharge illégalement
Concernant les situations socio-professionnelles, on apprend que les plus tentés par le téléchargement illégal sont les chômeurs (plus de 37%), talonnés par les salariés du secteur privé (plus de 29%), ceux du secteur public les suivant eux-mêmes de près à 24% de réponses positives. Par type de métier, les plus enclins à "pirater" sont les cadres, les professions intellectuelles (29%), les professions intermédiaires (30%) et les employés (31%). Enfin, par niveau de diplôme, on constate que plus les sondés ont fait des études longues, plus ils sont adeptes du téléchargement illégal. Si chez ceux qui n'ont aucun diplôme, ou seulement le certificat d'études, la proportion n'atteint que 5%, elle monte à 17% chez les titulaires d'un BEPC, d'un CAP ou d'un BEP ; à 27% chez les bacheliers ; et à 30% chez ceux ayant fait des études supérieures.
Sur le plan politique enfin, la coupure entre partisans et adversaires du projet de loi Création et Internet se retrouve globalement dans les pratiques des uns et des autres : ceux qui avouent le plus aisément leur propension à télécharger illégalement sont les sympathisants de l'extrême-gauche (31%). Ils sont suivis de près par ceux du MoDem (25%), le Parti socialiste venant ensuite (21%), suivi de l'UMP, dont les sympathisants sont tout de même 17% à avouer qu'ils ont déjà fait acte de piraterie sur la Toile...
Sondage réalisé les 27 février et 2 mars 2009, auprès d'un échantillon national de 1000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile par le réseau des enquêteurs de TNS Sofres. Méthode des quotas.
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