Martine Aubry © REUTERSDepuis le 29 avril, les députés ont repris l'examen de ce projet de loi de lutte contre le piratage qui avait été rejeté le 9 avril faute d'un nombre suffisant de députés de la majorité dans l'hémicycle. Mais l'examen de ce texte, qui prévoit une "riposte graduée" pouvant aller jusqu'à la suspension de l'abonnement internet, a pris du retard, l'opposition défendant un à un ses amendements pour modifier un dispositif qu'elle juge "inutile et dangereux". Conséquence : l'Assemblée nationale a reporté mardi le vote d'une semaine. La Conférence des présidents a décidé que le vote solennel sur l'ensemble des articles, initialement prévu pour le 5 ou le 6 mai, aurait lieu le 12. Et la publication dans Le Monde d'une lettre ouverte à Martine Aubry de quatre artistes réputés de gauche critiquant l'opposition pour son hostilité au projet de loi a mis de l'huile sur le feu. Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Pierre Arditi et Michel Piccoli ayant accusé la gauche de se faire dans ce débat "les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes", la Première secrétaire du PS a décidé mardi de les rencontrer.
"Nous leur disons : parlons-en" mais "il ne faut pas avoir la nostalgie par rapport au monde des années 1980", a souligné Benoît Hamon. "Essayons en fonction des révolutions technologiques de penser de nouveaux modèles de développement économique" pour le secteur de la culture. Et il s'est dit heureux que d'autres artistes, notamment les comédiennes Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, se soient prononcés contre ce projet, tout en continuant à dénoncer : "Ce texte de loi, sous prétexte d'organiser le droit d'auteur, est en train d'organiser un système non seulement de tout répressif mais un système parfaitement inefficace".
"Une fausse réponse à un vrai problème"
Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, a réaffirmé pour sa part que le projet de loi apportait une "fausse réponse à un vrai problème". Selon lui, "la réponse que le gouvernement apporte, qui sera sûrement votée, est totalement inefficace pour résoudre le problème du financement de la création culturelle". Elle "ne débouche sur rien mais sur le vide avec pas un euro supplémentaire pour la création".
Mais la main tendue de Martine Aubry et du PS aux artistes pro-Hadopi n'évite pas aux socialistes une nouvelle volée de bois vert venue, cette fois, des producteurs de disques. Le Snep (Syndicat national de l'édition phonographique), le principal syndicat de producteurs, a jugé mardi que le PS se coupe du monde de la culture en s'opposant au projet de loi Création et internet. "Les socialistes nous ont méprisés, snobés, y compris les artistes. Il y a une vraie déception : ce n'est pas normal de ne pas avoir été reçus par Martine Aubry", a souligné Christophe Lameignère, le président du Snep et de la "major" Sony Music France. Selon lui, les socialistes ont "confondu (le fond de) la loi avec le fait que c'était un bon combat contre le gouvernement" et ont "pris en otage la communauté artistique".
D'après agence
| Le marché de la musique continue à s'effondrer |
Le marché de gros des ventes de musique en France, tous supports confondus (physiques et numériques), a poursuivi sa chute avec -16,4% au premier trimestre, a annoncé mardi le principal syndicat de producteurs. Au sein de ce total, les ventes physiques (CD et DVD) ont connu une chute de 18,5%. Depuis le début de la crise du disque il y a sept ans - que les producteurs attribuent au téléchargement pirate - le marché a été divisé par 3 puisque les ventes de CD et de DVD représentaient 305 millions d'euros au premier trimestre 2002. A 17,6 millions d'euros au premier trimestre, le marché numérique a connu pour sa part une baisse de 1% par rapport à la même période de 2008. Cela est essentiellement dû à une diminution sensible des téléchargements à l'acte (chansons, sonneries...) sur téléphones mobiles (-46%, 5,3 millions d'euros). A l'inverse, les revenus issus des formules par abonnement et du streaming (écoute gratuite financée par la publicité, comme sur le site Deezer) ont été multipliés par 4,7. Malgré cette forte progression, ces revenus restent relativement réduits avec 4,3 millions d'euros, 3,1 venant des abonnements et 1,2 du streaming. |
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