Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat au développement de l'économie numérique © ReutersSur la forme, pas de doute, il y a du changement. S'il fallait encore s'en convaincre, il suffit d'un petit déjeuner de presse chez Nathalie Kosciusko-Morizet pour avoir un aperçu de cette nouvelle génération politique un peu "à la cool" qu'elle incarne avec Laurent Wauquiez, Rama Yade - ou encore Benoît Hamon dans l'opposition - et qui rompt avec l'austérité de ses aînés.
La nouvelle secrétaire d'Etat au Développement de l'économie numérique, qu'on aura plus vite fait d'appeler NKM, l'acronyme s'étant définitivement imposé, recevait ce mercredi à l'Hôtel de Broglie (7e) une quinzaine de journalistes pour détailler des initiatives du volet numérique du plan de relance, récemment annoncé. Avec elle, le ton est donné, elle insiste d'abord pour que chacun lâche son micro - "il suffit de parler fort" - et, sans se départir d'une certaine élégance, lâche pêle-mêle, au fil de ses explications, quelques "ouais" et même un "bordel" sans offusquer personne. Après tout, elle n'a pas 40 ans et son auditoire est au moins aussi jeune qu'elle. Plus intéressant, celle qui a annoncé sa grossesse sur le réseau social Facebook, multiplie les références au Web 2.0, de Twitter aux blogs, avec l'aisance de celle qui connait son sujet.
Des millions d'euros pour jouer intelligent
La forme est efficace, mais le fond ? NKM est venue avec 50 millions d'euros dans sa besace répartis entre un appel à projets - 30 millions d'euros - et des commandes publiques - 20 millions - à destination du "serious gaming" et du Web 2.0. Explication de texte : le "serious gaming", c'est la réalisation de jeux vidéo "intelligents", qui permettent d'apprendre quelque chose et peuvent être déclinés sur les thèmes de la formation, la santé, l'insertion ou l'environnement. Quant au Web 2.0, il désigne le renouveau d'Internet notamment avec les sites collaboratifs comme YouTube, les blogs et tous ceux qui mêlent vidéo, images et texte, à commencer par les réseaux sociaux comme Facebook et MySpace.
"50 millions, ça reste moins que ce qu'a débloqué la Corée du Sud", pointe un confrère des Echos. Ce n'est pas le montant qui compte, lui répond en substance la ministre qui préfère évoquer les talents dans l'Hexagone "en pointe sur les jeux sur mobile". D'ailleurs, NKM considère que les Français ne sont "souvent pas conscients de leur valeur" dans ces domaines qu'elle souhaite développer. Elle insiste sur le fait que les projets portés par des PME seront encouragés et que l'innovation n'est pas seulement technologique : de nouveaux usages sont à imaginer.
Assemblée Nationale et supermarchés
Et concrètement, à quoi peut-on s'attendre ? "Pas un service pour apprendre à taper sur un ordinateur comme on me l'a suggéré", s'amuse NKM, "ça existe depuis 10 ans !". "J'ai besoin que le monde du Web fasse la démonstration qu'il peut répondre à des objectifs qu'on ne voit pas encore sur Internet", pointe-t-elle, évoquant de "nouveaux services publics" à inventer. "On peut imaginer qu'une entreprise propose à l'Assemblée Nationale une application sur mobile qui permette aux Français de savoir ce qu'a fait et voté leur député", donne NKM en exemple. "Une autre pourrait donner aux Français les prix dans les supermarchés environnants", ajoute un conseiller.
"Et sur, les réseaux sociaux cela va donner quoi ?". Pas le temps de poser la question, NKM se volatilise. Elle a une bonne excuse : le Conseil des ministres commence incessamment. "Nous ne rêvons pas d'un Facebook à la française comme on a pu rêver d'un Google à la française par le passé", répond pour elle à LCI.fr Pierre Bonis, son conseiller. "Bien sur nous n'y serions pas opposés", ajoute-t-il "mais nous pensons plutôt à des API (NDLR : des applications) liées aux réseaux sociaux. On peut par exemple imaginer un système qui s'intercalerait entre Facebook et ses utilisateurs pour leur permettre de mieux gérer leurs données personnelles".
Pour l'appel à projet, les candidatures doivent être déposées d'ici le 6 juillet, avant l'examen des dossiers au cours de l'été, puis l'annonce des acteurs sélectionnés début septembre. Le syndicat national du jeu vidéo (SNJV), qui regroupe les professionnels du secteur, a déjà salué l'initative, estimant que c'était une "opportunité intéressante" pour "renforcer" la filière française, tout en mettant en garde contre "l'effet d'aubaine" : "beaucoup d'acteurs extérieurs à nos métiers pourraient tenter de tirer profit de cette mesure". Et si c'était justement le but?
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